Review

Il fut un temps où on se contentait tous des RPG héroïques dans lesquels le preux guerrier s’en allait sauver sa belle, une main à l’épée, l’autre sur le cœur. Avouons-le, on a bien évolué depuis et on souhaite sincèrement des jeux avec plus d’audace, si ce n’est plus de noirceur. Haut les cœurs braves gens! Daedalic Entertainment nous a entendu et nous offre le plaisir de parcourir un univers aussi sombre que mesquin.

Un sorcier obsédé sexuel et un nain parano? Bienvenue dans Blackguards !

La mort de la princesse dresse l'ambiance glauque et sombre du titre

Si Daedalic Entertainment est un studio adepte du Point & Click 2D, il a réussi à créer l’effet de surprise en développant un pur Tactical RPG tout en 3D. Mais pas seulement, car en plus de changer de méthode de représentation, il s’attaque également à une grande référence allemande du RPG papier : « L’Oil Noir ». Nul doute que pour les grands connaisseurs, l’univers dépeint par Blackguards ravivera leur âme de joueur (le studio allemand avait par ailleurs déjà créé un point & click sur cette base, intitulé: L’Œil Noir Les Chaînes de Satinav, en test sur N-Gamz). Avec un background pareil, il n’est pas étonnant que Blackguards soit terriblement sinistre.

L’aventure ne commence déjà pas au beau fixe. Ainsi, vous assistez au meurtre de votre amie la princesse, agressée par ce qui ressemble vraisemblablement à un loup. Mais une fois la garde royale sur place, c’est vous et vous seul qui êtes mis en faute et condamné. Emprisonné et torturé par vos anciens amis qui veulent vous faire cracher le nom de votre supposé commanditaire, vous en perdez la raison, au point de douter de vos propres souvenirs et de votre innocence. Par chance, vous parvenez à prendre la fuite aux côtés de deux autres prisonniers dont vous ignorez tout : Zurbaran, un mage aux mots de velours et accessoirement coureur de jupons,  ainsi que Naurim, un nain pyromane, parano et aux intentions tout aussi mystérieuses.

Vous finirez par faire de vos complices d’un soir, vos compagnons de voyage. D’autres personnages aussi ambigus les uns que les autres viendront vous prêter main forte par la suite, tous par vengeance, justice ou sombres desseins, tandis que vous serez vous-même toujours en quête de vérité afin de prouver votre innocence. Vous apprendrez, au fil de l’aventure, que la confiance a un prix, qui est très souvent celui… du sang ! Trahisons et autres roublardises ne seront pas en reste et il vous faudra souvent faire des choix pour le moins compliqués et aux conséquences souvent redoutées. Vos alliés d’un jour pourraient très bien se retourner contre vous et vos ennemis se servir de votre crédulité le temps d’un petit tour de passe-passe. Un régal !

Simple d’accès, mais complexe dans le fond

Un système de roue des pouvoirs simple mais très complet

Comme pour tout RPG papier dont il en reprend le concept, la première étape dans Blackguards est la conception de votre personnage. Deux possibilités s’offrent à vous: une création basique où vous choisissez apparence, sexe, classe (parmi guerrier, archer et mage) et nom. A moins que vous n’optiez pour le mode expert qui vous permet un plus large choix de customisation. En effet, il est désormais possible de personnaliser dès le début du jeu les caractéristiques de base de votre antihéros à l’aide d’une fiche extrêmement poussée. A tel point d’ailleurs que les améliorations de compétences et caractéristiques risquent bien de vous donner du fil à retordre! Le perfectionnement de chaque caractéristique se fait via des PA (Points d’Aventures) que vous cumulerez après chaque combat remporté. Bien entendu, plus une compétence est élevée et plus il vous faudra de points pour la faire évoluer. Pour chaque fiche personnage, on note plusieurs pages. La première, celle des stats de base, vous permet de jouer sur votre force, dextérité, intelligence, agilité, constitution, intuition, courage, et charisme. La seconde est liée aux aptitudes de combat, histoire d’être plus à l’aise avec une arme plutôt qu’une autre. Il vous est également possible d’équilibrer le mode parade et attaque de certaines armes, comme les épées ou les haches. Ensuite, viennent les compétences que l’on pourrait qualifier de “passives” comme votre savoir en faune et flore (afin de remédier aux nuisibles plus efficacement), la conception de bandages dignes de ce nom, la perception des pièges aux alentours, etc… Enfin, la page des sorts ne sera utile qu’aux classes « mages », tandis qu’un ultime écran vous servira à faire évoluer vos capacités spéciales auprès de certains maîtres.

La difficulté est bien présente, ce qui est loin d’être déplaisant

En matière de jouabilité, nous assistons à des combats au tour par tour, où l’ordre de passage est principalement influencé par le courage de chaque personnage. Patienter un tour permet de reprendre la main plus rapidement, et stratégiquement de se positionner dès le départ avant d’autres adversaires ou complices. Il est également parfois plus prudent de laisser son ennemi se rapprocher plutôt que de foncer tête baissée. Les mécanismes de combat sont simplifiés au maximum, tout en restant complets et en offrant de très nombreuses possibilités de coups. Ils sont représentés par une double roue : la première affiche les types d’actions possibles (attaque normale, attaque spéciale, changement d’arme, utilisation d’objets, passer son tour, utiliser un sort, …) tandis que la seconde se développe une fois le type sélectionné. Pour le changement d’armes par exemple, vous pouvez choisir parmi les trois panoplies que vous aurez personnalisées au préalable. L’intérêt des combats vient également de son côté interactif. En effet il vous sera possible de profiter de certains décors, objet ou éléments environnants pour vous protéger, piéger l’ennemi ou passer ses défenses. Rien de tel que de mettre le feu aux barricades derrière lesquelles se cachent vos adversaires pour les forcer à traverser ce torrent de flammes s’ils veulent vous atteindre.

Un gameplay qui fait honneur à sa source d’inspiration

La stratégie dans les combats est primordiale!

Il est à noter que, dans Blackguards, aucun combat n’est identique à un autre. Vous aurez beau recommencer la même rixe une dizaine de fois, vous déplacer aux mêmes endroits ou encore utiliser les mêmes actions, vos ennemis se comporteront toujours différemment et vos coups n’auront jamais les mêmes effets. Les pourcentages de réussite sont les principaux éléments perturbateurs, exactement comme un vrai RPG sur table avec ses dés. Au final, en plus d’être un fin stratège il vous faudra parfois miser sur votre chance. A vous de mesurer les risques. En ce qui concerne les déplacements, ils se font sur une grille d’hexagones. Il vous est possible de créer votre chemin en cliquant sur plusieurs hexagones différents, ce qui vous évitera par exemple de foncer droit dans un piège à cause d’un souci de pathfinding. Lorsque vous sélectionner une attaque avec votre double roue, il vous suffit également de passer votre curseur sur vos cibles potentielles afin de visualiser le pourcentage de réussite. Si celui-ci est trop faible, il est préférable de se décaler un peu, voire d’utiliser une autre technique. Les combats sont en général assez longs et il arrive qu’il faille recommencer plus d’une fois en revoyant l’intégralité de sa stratégie. En sachant qu’il est impossible de sauvegarder en plein affrontement, vous comprendrez que la difficulté est bien présente, ce qui est loin d’être déplaisant.

Si les combats sont la pierre angulaire du jeu, il est tout de même très important de s’y préparer et pour cela le choix de votre équipement est crucial. Sachez que vous serez longtemps en manque d’argent pour vous confectionner une tenue complète (vous pouvez également vous personnaliser trois sets d’armes différents pour les rixes), sans oublier les ceintures de potions, pièges ou bandages à remplir régulièrement. Tout coûte cher, au point où très souvent votre stuff sera composé de celui de vos victimes. C’est là que la « charge » de vos personnages intervient. La force physique de l’équipe n’est pas infinie et il vous faudra bien sûr faire le tri dans ce que vous pouvez transporter ou non. Si vous surchargez trop vos compagnons, vous risquez de les affaiblir et augmenter le pourcentage d’échec de vos actions en combat. Il y a bien sûr moyen de se faire de l’argent, beaucoup d’argent même, mais ces méthodes sont toujours risquées et peuvent très facilement être synonyme de suicide collectif si vous ne savez pas à quoi vous attendre. Bref, le gameplay est complet, travaillé, addictif et clairement pas ciblé pour les débutants… on n’en attendait pas moins d’un soft inspiré de L’Oil Noir !

Daedalic à l’aise avec la 3D ?

Graphiquement, on sent qu’il s’agit du premier jeu du genre pour Daedalic

Pour un studio habitué jusqu’à présent à la 2D, les efforts fournis pour nous offrir un RPG stratégique en 3D ont été importants. Et assez réussis. Certes cette « première » n’est pas à la hauteur en termes de cinématiques ou de modélisation de personnages, mais les combats nous offrent de très belles animations. Les sorts et autres effets spéciaux ainsi que les décors crépusculaires ont été finement travaillés. Un joli coup de cœur pour l’ensemble des effets de lumière, le blur utilisés avec parcimonie et le chara-design des humanoïdes comme des bestioles rampantes, volantes et j’en passe.

Si le doublage français n’a au final pas été implanté à temps dans le soft, ce n’est pas un grand manque. Il est vrai que certains auraient sans aucun doute préféré entendre les voix de leurs personnages dans leur langue natale, mais la VO est suffisamment bonne. Personnellement, je ne regrette pas de rester sur cette version-là. J’aurais même eu peur que la version française retire de son charme à ce sublime jeu et à ses sinistres personnages (je ne digère toujours pas Two Worlds II et ses doubleurs calamiteux…). Rassurez-vous, l’entièreté des sous-titres et textes du jeu est intégralement traduits en français, ce qui suffit largement pour suivre l’histoire. Les musiques du soft, elles, sont très représentatives de l’ambiance générale, tantôt lugubres ou mélancoliques, tantôt pressantes et bien rythmées. Pas de faute de goût à ce niveau.

Rejoins-nous du côté obscur !

Au final on ne pouvait rêver plus sinistre scénario de RPG. Le monde se dégrade au fil des épisodes et sa destinée finit par reposer entre les mains de nos canailles. Les combats sont passionnants et même si les personnages sont tous aussi cinglés les uns que les autres, on s’y attache pour autant très vite. Sans oublier les coups de cœurs pour quelques grands méchants, tout aussi charismatiques. Jouer à Blackguards, c’est chavirer du côté obscur, et avec le plus grand des plaisirs.

La bande-annonce

Réalisation: 13/20

Le studio Daedalic n’ayant pour le moment réalisé que des jeux 2D, je trouve qu’il a largement réussi son pari de passer à la 3D. Ce premier jeu n’est pour autant pas encore à la hauteur de ce qui se fait chez la concurrence, déjà rompue à ce type d’exercice. Les animations sont toutefois réussies et les effets de lumière clairement magnifiques.

Gameplay/Scénario: 16/20

Même s’il s’agit d’un RPG stratégique, on ne perd pas le charme des Point & Click qui caractérisent tant Daedalic Entertainment. Le scénario pourra peut-être sembler facile à prévoir au départ, mais il sera très vite parsemé de rebondissements, trahisons et révélations tous aussi stimulants les uns que les autres. On regrette toutefois qu’il soit un peu trop linéaire et que le joueur ne puisse rien faire de plus que suivre le rythme de l’histoire et les enchaînements de dialogue/combats. Les personnalisations du héros et de sa fiche sont par contre extrêmement poussées, ce qui demande beaucoup de réflexions et ajoute du charme au jeu.

Bande-Son: 16/20

Les musiques sont à l’image du titre. Mélancoliques par moments, puis rythmées et pressantes bien comme il le faut. Hormis dans quelques lieux bien distincts comme les grandes villes, on ne se sent jamais pleinement en sécurité. Les doublages, bien qu’ils ne soient pas en français, restent tout de même plus que corrects.

Durée de vie: 18/20

Il faut bien l’avouer, le jeu est bien plus difficile qu’il n’en a l’air. Vos débuts seront par ailleurs assez mitigés, vous manquerez souvent d’argent pour compléter votre équipement et hésiterez sur les compétences à augmenter. En plus de votre quête principale, de nombreuses quêtes annexes sont accessibles tout au long du jeu: elles offrent d’ailleurs très souvent le double de PA et quelques fois des pièces d’équipement uniques et très utiles. Les combats étant parfois difficiles à bien mener, ils vous demanderont réflexion et persévérance. Un soft qui pourrait se finir entre 30 à 50 heures selon le degré de difficulté choisi en début de partie, ce qui représente une très bonne durée de vie pour ce type de titre.

Note Globale N-Gamz.com: 16/20

Pour un premier jeu du genre, Daedalic Entertainment peut s’avouer satisfait. Les mécanismes de gameplay peuvent faire peur au premier abord, mais on s’y habitue très rapidement, d’autant qu’ils gardent le charme des Point & Click auquel nous a habitué le studio. Les adeptes des mondes ouverts seront néanmoins déçus par le côté un peu linéaire de l’histoire tandis que la difficulté des combats, la noirceur des héros et la personnalisation très poussée des compétences raviront les amateurs de jeu de rôle papier. Un très bon Tactical-RPG certes, mais à ne pas mettre entre toutes les mains.



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Diad
Passionnée de jeux vidéo depuis l’enfance, j’ai grandi avec des titres comme Baldur’s Gate, Dungeon Keeper, Heroes of Magic and Might II ou encore Dune II, sans oublier les licences Pokémon, Zelda, Spyro ou Vandal Hearts sur consoles. Bien que je sois restée très attachée aux périodes retro, je joue également aux jeux plus récents. Mes genres préférés restent les RPG et plates-formes difficiles ainsi que ceux d’action et d’aventure. Plus un jeu demande de jugeote pour être fini et plus il me plaît. Assez garçonne sur mes choix de mangas je lis plutôt du shonen et seinen. Je ne dis pas non à quelques trillers/horreur et à certains « seinen girly » (Pandora Hearts par exemple). Je suis également une très grande fan d’Heroïc-fantasy au point où les œuvres de SF qui me plaisent sont pour le moins rares.