Review

Memoria étant sorti depuis peu sur PC, il aurait été dommage de passer à côté de L’oeil Noir : Les chaînes de Satinav, aventure se déroulant avant celle du point & click précité. Inspiré du jeu de rôle papier The Dark Eye, Les chaînes de Satinav nous entraîne dans un périple poétique et mélancolique, malheureusement ponctué de quelques lacunes. 

Une histoire prenante et un scénario bien ficelé

Une grande aventure vous attend

Comme tout point&click qui se respecte, Les chaînes de Satinav nous offre avant tout un récit fort et donc un jeu très scripté. Pour ceux n’aimant pas trop les aventures racontées, autant être honnête tout de suite : passez votre chemin. Pour les autres, restez, il y a encore beaucoup de choses à dire ! Nous voici donc dans la peau de Geron, un jeune oiseleur et bouc émissaire de la ville où il réside : Andergast. Cette dernière est touchée par une prophétie disant que notre jeune héros n’apportera que le malheur sur les autres. Comme tout jeune garçon qui se respecte, Geron tente alors de faire ses preuves lors d’un concours organisé par le roi d’Andergast. De fil en aiguille, le voici embarqué avec Nuri, une jeune fée bien mystérieuse qui l’accompagnera sur la presque totalité de son périple afin de renverser un devin maléfique aux funestes desseins.

Le scénario n’est pas des plus originaux certes, mais il fonctionne et donne envie d’aller au bout du jeu sans hésitation. Le joueur se verra offrir plusieurs choix dans les différents dialogues qu’il devra mener, avec autant de choix moraux (mentir ? dire la vérité ?) que de pirouettes de style pour se sortir de situations parfois compliquées. Il est un peu regrettable que ces choix n’aient pas vraiment d’incidence sur le déroulement de l’histoire, car même après avoir largement menti, il est possible de s’excuser et de rétablir la vérité. Très directif en somme, on se trouve dans le chemin prévu par les développeurs. Cela n’enlève cependant pas le charme du récit dans lequel on avance, qui se veut dynamique, changeant et sans réel moment de platitude.

Une réalisation magnifique mais avec quelques lacunes

Un point & click dans l'univers de L'oeil Noir

Daedalic nous a habitués à des jeux vraiment chiadés et absolument pas bâclés. Les chaînes de Satinav ne fait donc pas exception en termes de réalisation, et on abordera tout d’abord les graphismes. Autant dire que les paysages qui s’offrent aux yeux du joueur sont fantastiques : autant de couleurs chatoyantes que de jeux monochrome/multicolore, de beaux aplats. Du grand art ! Que ce soient les villes, les marécages, le pays des fées… chaque environnement a son style, sa profondeur et donne envie de l’explorer (ce qui restera une grosse frustration, mais il est bon de rappeler que ce n’est certainement pas un monde ouvert). Chaque passage d’un chapitre à l’autre se fait via une narration et des tableaux très graphiques, franchement beaux. Les écrans se succèdent de manière assez fluide, on regrettera cependant l’omniprésent écran noir de chargement entre chaque changement de lieu et à chaque interaction avec un personnage. Le jeu étant daté de 2012 et ne demandant pas des capacités techniques énormes, il aurait été facile d’éviter cela.

Petit point noir : l’animation des personnages. Les labiales ne sont pas du tout synchronisées, les personnages (aussi bien héros que PNJ) semblent « sortir » du décor, comme dans un vieux dessin animé où l’on peut déjà deviner ce qui sera… animé justement. De même pour les objets avec lesquels on pourra interagir : pas difficile de les dénicher de ce fait. D’autres petits soucis comme de l’aliasing ou la sensation d’avoir des personnages « glissants » sur les tableaux peuvent rendre un peu réticents. Mais la beauté générale du jeu passe un peu de pommade sur ces problèmes. On ajoute à ça une ambiance sonore impeccable et collant parfaitement aux divers environnements, ainsi qu’une bande-son vraiment magnifique et puissante. En combinant les tableaux superbes et cette musique, on a là une direction artistique soignée et un vrai point fort du jeu. On se surprendrait presque à arrêter de jouer pour écouter tranquillement le thème sonore qui se déroule derrière. Petit plus : la traduction française est fidèle et pas du tout bâclée. Pour ceux qui ne maîtriseraient pas forcément la langue de Shakespeare, allez-y les yeux fermés.

Difficulté : courageux mais pas téméraire

Dommage que les personnages soient mal intégrés au décor

Que serait un point&click sans ses puzzles et énigmes ? Les chaînes de Satinav ne déroge pas à la règle. Tout d’abord, le jeu propose deux niveaux de difficulté : normal avec l’aide active (qui se déclenche en cliquant sur une icône et qui révèle les interactions possibles avec le décor, les objets et les personnages) et un niveau difficile, où aucune aide ne sera apportée au joueur. Votre dévouée rédactrice a choisi le premier niveau car on entre à présent dans la partie totalement subjective du test : ce jeu est difficile et parfois vicieux. Mais il est important de préciser qu’il a semblé ardu pour quelqu’un qui n’est absolument pas habitué à ce type de soft (enfin, sauf si Adibou et Les Aventures de l’Oncle Ernest sont considérés comme des point&click d’aventure !). Pour un joueur rôdé aux mécanismes, aux énigmes et autres puzzles, ça ne sera pas pour autant du gâteau mais sûrement plus facile à prendre en main.

Le gameplay reste pour autant très simple et efficace, même s’il est au début un peu ardu d’utiliser le pouvoir magique propre à Geron. On a tendance à l’oublier assez vite et quand on se rend compte qu’il fallait l’utiliser pour tout débloquer… il y a de quoi rager un peu. Petit conseil d’explorateur du dimanche : vérifiez tout, épuisez toutes les conversations, tentez plusieurs objets et plusieurs combinaisons (quitte à ce que Geron induise que vous êtes un peu idiot), mais dans les situations les plus délicates, rien de mieux pour se sortir d’une impasse. Malgré ces petits accidents de terrain, le jeu reste assez court. Ici, le test s’est déroulé sur une toute petite dizaine d’heures et quand on s’attend à une fin épique, on est un peu déçu. SPOILER ALERT !! Le titre induit facilement en erreur : si on évoque Satinav et ses chaînes quelques fois, la « révélation » de fin vous fera dire « Quoi ? Tout ça pour ça ? » FIN DU SPOILER. Bref, on reste sur une grosse faim.

Conclusion

Loin d’être parfait, L’oeil Noir : Les chaînes de Satinav reste une aventure correcte et agréable à vive, avec des personnages pas trop superficiels auxquels on s’attachera assez vite. On ne le conseillerait pas forcément à des néophytes, mais il reste pour autant accessible à tous les amoureux du genre. S’il nourrit quelques lacunes, notamment en termes d’animation et peut-être en termes de difficulté (en trois niveaux, cela aurait pu être plus efficace), Les chaînes de Satinav est loin de se ridiculiser, et ce grâce à une direction artistique vraiment magnifique et une bande-son qui ne pourra que vous provoquer un group coup de coeur.

La bande-annonce

Réalisation: 15/20 

Pour le coup, ce sont les tableaux et les designs des personnages qui sauvent les meubles. Les animations seraient à revoir et à sincèrement améliorer, entre ralentissements, aliasing et sensation continuelle de « glissement » des personnages sur un fond totalement inerte. Dommage car le potentiel est bel et bien présent.

Gameplay/Scénario: 15/20  

Le gameplay est simple mais efficace, pas prise de tête et sans mille touches à retenir pour dire de contrôler son personnage. Parfait pour les têtes en l’air qui ne savent pas retenir les contrôles (le cas de votre rédactrice). Le scénario ne mérite pas un Oscar mais reste prenant et dynamique, ce qui amènera sans problème le joueur au bout de l’aventure. Petit froncement de sourcil pour la fin qui laisse vraiment sur une sensation de « vite fini ».

Bande-Son: 20/20   

Aussi bien l’ambiance sonore des tableaux que la bande originale qui ponctue l’aventure, rien à dire, c’est parfait.

Durée de vie: 12/20 

On est certes de plus en plus habitués à des jeux réduits en temps, mais à peine 10h pour boucler cette aventure, c’est bien trop court et presque frustrant !

Note Globale N-Gamz.com: 15,5/20 

Correct dans son scénario, son gameplay et sa direction artistique, parfait pour sa bande-son mais franchement moyen au niveau de ses animations, L’oeil Noir : Les chaînes de Satinav est un bon jeu offrant une aventure riche et dynamique. Malgré ses petites faiblesses, il saura entraîner le joueur jusqu’au bout de son périple à renfort d’énigmes casse-têtes et autres puzzles. Sa difficulté parfois retorse vous forcera à vous accrocher un peu, mais promis, ça en vaut la peine !



About the Author

Delilah

Étudiante en journalisme, je conjugue ma passion avec mon parcours scolaire et professionnel. Vous pouvez aussi me retrouver, dans le cadre de ma formation, chez Jeuxvideo.fr comme rédactrice. J’ai commencé à tâter du pixel très tôt, mon père étant lui-même joueur … Mais mon premier « vrai » jeu a été Pokemon avec qui je continue de vivre une idylle passionnée. J’ai pu m’essayer à plusieurs styles de jeu, mais pour moi, rien ne vaut le RPG, l’action-aventure et … si on sait me convaincre (car je fais un peu la princesse) le FPS. Ne me parlez pas de Survival-Horror, je suis incapable d’y jouer, je prie toujours pour avoir une option générique dès le premier écran car même le menu me fait peur (mon voisin a peu apprécié peu mes hurlements sur Amnesia : The Dark Descent). Mais j’essaye, je retente l’expérience à chaque fois, je persévère !! Mon jeu culte est et restera Red Dead Redemption au point d’avoir un tatouage dédié à John Marston (mais je ne vous dis pas où, muahah), j’ai même arrêté de compter le nombre de fois où je l’ai fini ! Oh et useless fact : j’ai une passion bizarre pour les serial-killers^^.