Review

Kickstarter, et les plateformes de financement participatif de manière générale, ont permis à de nombreuses œuvres indépendantes, de qualité diverse, de voir le jour malgré les ressources plus ou moins limitées de leurs géniteurs. Mais il est parfois difficile de se faire une place parmi la masse grouillante de prétendants. Que faire, en cas d’échec cuisant ? La développeuse (et figure publique du projet) Ana Ribeiro, elle, a tenu bon, malgré un flop total (€14 597 récoltés… sur un objectif de 45 566 €), et nous livre son Pixel Ripped 1989, 3 ans après cette déconvenue. L’acharnement en valait-il la peine ?

Dot, un point c’est tout

« Pas facile, la vie d’élève fan de gaming ! »

Dans Pixel Ripped 1989, vous ferez la connaissance de Dot, petite héroïne toute de pixels vêtue, évoluant dans un jeu de plateforme monochrome évoquant les grandes heures du genre. Quand son ennemi juré, le diabolique gobelin Cyblin Lord, décide d’abolir la frontière entre le monde du jeu et le monde réel en 3D avec de vrais gens dedans, une seule solution: s’allier à Nicola, gameuse assidue…et accessoirement gamine bloquée sur les bancs de l’école. La brave Nicola saura-t-elle conjuguer cours interminables et sauvetage du monde ?

Le concept du « jeu dans le jeu » n’est pas inédit, mais se prête parfaitement à cette expérience en réalité virtuelle. Dans la peau de Nicola, vous devrez à la fois gérer votre petite vie d’écolière et votre soif de gaming. Votre pad se manifestera donc à l’écran en tant que Gear Kid, console portable typée GameBoy, et libre à vous de soit observer votre environnement, soit vous focaliser sur « Pixel Ripped », le jeu dont Dot est l’héroïne. Et attention, vos ennemis ne seront pas que virtuels…

Mega Dot

« Les séquences faisant s’entrechoquer réel et virtuel sont un régal. »

« Pixel Ripped », le jeu dans le jeu, est un sympathique jeu de plateforme/action dans la droite lignée d’un Mega Man. Parfaitement maniable, classique au possible mais diablement efficace, cette couche du gameplay ravira les mordus du genre, sans pour autant tirer son épingle du jeu des meilleurs exemples neo-retro récents (coucou Shovel Knight).

Ce qui fait la force de Pixel Ripped 1989, c’est cette dualité entre ce monde virtuel et la réalité dans laquelle évolue Nicola. Bloquée sur son siège, forcée d’écouter jacasser son insupportable institutrice, elle devra faire de son mieux pour jouer discrètement, sans attirer l’attention de la mégère. A vous, le casque vissé sur la tête, de bien observer que la voie est libre avant de vous concentrer sur les aventures de Dot; pour vous aider, vous pourrez utiliser une sarbacane afin de tirer sur des éléments du décor pour perturber le cours et profiter de courts instants de répit.

Cette situation est un bel exemple des idées ingénieuses dont a fait preuve le studio Arvore, tirant au maximum parti de la réalité virtuelle pour proposer des situations sortant de l’ordinaire. On évitera de trop en dire, mais on saluera particulièrement ces scènes ahurissantes où les mondes de Dot et Nicola s’entrechoquent, pour un résultat singulier et mémorable.

T’as pas une gueule de porte-bonheur

« Quel dommage que la réalisation 3D soit aussi sommaire… »

Si le choc des deux mondes est particulièrement bien rendu, on ne peut pas en dire autant de l’univers dans lequel évolue Nicola, en tant que tel: disons-le tout net, c’est laid. Très laid. Les décors, grossiers, donnent le change aux modèles des personnages, qu’on croirait issus d’un jeu PS2 de fin de génération (soyons gentils). Le contraste est d’autant plus cruel que le jeu dans le jeu joue parfaitement la carte du petit clone de Mega Man bien réalisé et efficacement mis en musique, chiptune pêchue à l’appui. De la même manière, les bruitages et les répliques des camarades de la fillette, répétées ad nauseam, font pâle figure en comparaison du monde pixellisé hébergé par le Gear Kid. De quoi comprendre le désir de Nicola de s’évader, à tout prix, de ce triste monde.

Cruelle désillusion également quand, au bout d’à peine deux heures et d’un combat de boss dantesque, on se retrouve face à face avec un fâcheux cliffhanger ponctué du classique « To be continued » (le jeu n’est pas traduit en français, au passage). Un goût amer en bouche, on risque alors de ne jamais replonger dans l’aventure, malgré les cartouches secrètes disséminées dans chaque niveau. Dot et Nicola méritaient mieux que ça.

La Bande-Annonce

Réalisation: 12/20

« Pixel Ripped », le jeu dans le jeu, affiche une réalisation monochrome typée GameBoy du plus bel effet. A l’opposé, on retrouve le monde « réaliste » dans lequel évolue la jeune Nicola, d’une tristesse visuelle absolue (ces visages, bon sang…). Constat en demi-teinte donc, et c’est peu dire.

Gameplay/Scénario: 14/20

Le mélange de jeu de plateforme-action à la Megaman et d’expérience VR inventive fonction à plein régime. Les développeurs ont utilisé leur medium de manière habile et ont tout misé sur l’immersion, globalement remarquable. Le scénario est simpliste mais efficace, mais les personnages auraient gagné à être moins bavards.

Bande-Son: 14/20

Même constat que pour la réalisation: d’un côté, l’univers pixelisé de Dot propose des sonorités retro du plus bel effet apportant un certain punch à l’action. Du côté de Nicola, en revanche, bruitages cheap et répliques répétées en boucle briseront de temps à autre l’immersion.

Durée de vie: 12/20

Deux petites heures, un peu plus si vous êtes une buse aux jeux de plateforme (ou si vous souhaitez récolter toutes les cartouches cachées), c’est tout ce dont vous aurez besoin pour mener Dot jusqu’à la fin de son périple…Enfin, « fin » est un bien grand mot, étant donné que le tout s’achève sur un cliffhanger bien frustrant. « To be continued », oui, mais quand ?

Note Globale N-Gamz.com: 14/20

Attachant, malin dans son traitement de la réalité virtuelle, Pixel Ripped 1989 provoque surtout une intense frustration après coup, liée à son final ô combien décevant et à un potentiel bien plus grand que l’œuvre finalement assez mineure qui nous est proposée. « To be continued » ? On croise les doigts, en tout cas…



About the Author

Guib
Guib
Accro (mais sainement ; et oui, amis journalistes, c’est possible) aux jeux vidéo depuis le jour où j’ai reçu ma Super Nintendo accompagnée de Super Mario All Stars à l’âge de 6 ans, je suis passionné par les jeux de plate-forme, mais pas uniquement. Peu importe le genre, je suis surtout intéressé par les titres qui ont une âme et qui dégagent une réelle personnalité. Quelques-uns de mes jeux cultes : Yoshi’s Island, Beyond Good & Evil, Ico et les jeux Rockstar (oui, ça tranche avec le reste mais ces gars-là m’ont rarement déçu). J’ai aussi une petite faiblesse moins avouable pour les jeux nanars descendus par la plupart des testeurs, mais chut. Etant fan de cinéma fantastique et écrivant depuis quelques mois des critiques de films, j’ai eu envie de me diversifier et de me lancer dans le test de jeux vidéo, et me voilà !