Review

Annoncé en grande pompe par un  David Cage au top de son charisme lors de l’E3 2012, Beyond Two Souls aurait dû être la continuité logique de Heavy Rain, à savoir un thriller cinématique aux multiples fins, à la réalisation irréprochable et au scénario incroyablement prenant. Optant cette fois pour le milieu du paranormal, le patron de Quantic Dream nous a promis monts et merveilles pour son nouveau bébé: une interaction plus poussée entre les personnages, de réels choix à faire ayant des incidences énormes sur le déroulement de l’histoire, des QTE plus intuitifs et une immersion de chaque instant. Et vous savez quoi? On aurait presque fini par le croire…

Je vois des gens qui sont MORTS! (Le Sixième Sens)

Jodie est liée à l’univers paranormal depuis sa naissance

Jodie Holmes n’est pas une fille comme les autres, c’est une certitude. Liée depuis sa naissance à une entité invisible du nom d’Aiden, la demoiselle a vécu la majorité de sa jeunesse enfermée dans un centre d’études américain. Après des années passées à scruter ses moindres faits et gestes, à lui faire subir des batteries de tests, la vérité éclate enfin aux yeux de Nathan Dawkins, le scientifique chargé d’étudier la demoiselle: Aiden est une créature issue de l’inframonde, une réalité parallèle où se mêlent les âmes des défunts, mais également des êtres horrifiques qui ne veulent que notre extermination. Devant la persistance du gouvernement américain à vouloir percer à tout prix les secrets de cet univers tapi dans l’ombre, Jodie va devoir agir et empêcher l’innommable de se produire.

Vous allez donc vous glisser dans la peau de cette petite fille, abandonnée par ses parents en raison de ses pouvoirs qu’elle ne contrôle pas, rejetée par les jeunes de son âge, à chaque étape de sa vie, en raison de ce que d’aucuns considèrent comme un don, mais qu’elle perçoit comme une malédiction. Le tout pour arriver à un recrutement par la C.I.A., une trahison, une chasse à l’homme et un final tout bonnement épique! Et oui, dans Beyond, on est happé par une histoire qui va à 200 à l’heure et qui, de fait, risque de ne laisser que très peu de place au « jeu » à proprement parler. Explications.

Devinette: « Pourquoi Jodie traverse la rue? ». Ah non, elle ne peut pas…

Le soft est encore plus prenant scénaristiquement que Heavy Rain

Les aventures de Jodie pourraient aisément ressembler à un copié-collé d’Heavy Rain ou de Farenheit, deux autres productions du studio Quantic Dream. On dirige le personnage principal avec le stick de gauche dans des environnements 3D, en vue à la troisième personne. Mais là où les deux titres précités proposaient un canevas typé « enquête policière » avec recherche d’indices et conclusions à tirer, cette fois David Cage a décidé de rendre son jeu encore plus dirigiste. Exit la récolte d’objets, l’analyse d’éléments, place à une histoire scriptée comme jamais, n’autorisant que quelques rares déviations qui vous ramèneront, quoiqu’il arrive, toujours dans le rail scénaristique principal. Bien que l’une de deux grosses innovations voulues par Cage soit l’implantation du stick de droite comme moyen de faire interagir Jodie et son environnement (ouvrir une porte, regarder un élément, etc…), le tout est loin d’être aussi jouissif et naturel qu’attendu.

En effet, un point blanc désigne systématiquement qu’une action est possible avec tel ou tel objet, et il vous suffit de vous en approcher et de fléchir le stick dans la bonne direction pour que Jodie réalise automatiquement l’interaction voulue. Pas de quart de cercle pour mimer l’usage d’une poignée de porte, par exemple. Pour l’immersion, on repassera. Idem pour les combats ou les séquences d‘action, qui utilisent les quatre directions du stick précité sur lesquelles  il faut appuyer en fonction du coup que l’on nous porte, de l’emplacement de l’objet à prendre… ou du danger à esquiver. Pour vous permettre d’anticiper ce qui déboule, le jeu vous offre un ralenti de deux secondes, très beau mais forcément trop pratique. Quoiqu’il arrive, seule une direction est envisageable, pour toute situation. Rassurez-vous, si vous vous plantez, pas de game over en vue, juste une cinématique différente avant de vous retrouver à nouveau bien calé dans le chemin imposé par les développeurs.

Le gameplay d’Aiden est trop limité

Un élément important aurait du contrebalancer cet enfermement permanent au sein du « couloir de jouabilité » caractéristique de ce Beyond : Aiden ! Cette entité, reliée à Jodie par une sorte de cordon ombilical éthéré, a la capacité de se mouvoir dans toutes les directions spatiales, de posséder les corps, de pousser les objets, voire même d’étrangler les ennemis ! Et là, on se dit : « Ouah, ça c’est de liberté d’action ! Je vais pouvoir m’en donner à cœur joie en flottant d’un côté à l’autre du niveau, en traversant les murs, en foutant une trouille bleue au premier quidam qui passe… JE SUIS TOUT PUISSANT !!! ». Oui… et bien arrêtez de suite vos rêves mégalomaniaques car encore une fois, TOUT EST SCRIPTE ! Là où la démo nous démontrait assez bien les nombreuses possibilités de gameplay offertes par Aiden, le reste du soft n’est qu’une succession de murs infranchissables pour l’esprit, d’interdiction de s’éloigner de Jodie (une fois on est bloqué à 2 mètres d’elle, une fois à 15 mètres… ne cherchez pas, c’est dans le script bon sang !) et d’un nombre ridicule d’objets ou de personnages avec lesquels l’interaction est possible… Frustrant au possible, même si certains vous diront que de la sorte, le récit ne subit aucun temps mort (normal, l’exploration est quasi absente), ou encore que le jeu ouvre de nouvelles portes sur notre média. Peut-être, mais il en comporte tellement de fermées dans son gameplay pour les vrais joueurs, ceux qui aiment « découvrir » un univers en le parcourant comme ils l’entendent, qu’il va forcément susciter la polémique.

Une PlayStation 4 avant l’heure ?

Après toutes ces critiques, places aux éloges ! En effet, s’il y a bien un point sur lequel Beyond : Two Souls est inattaquable, c’est sa réalisation. C’est bien simple, entre une modélisation des visages absolument parfaites, les prestations offertes par Ellen Page et Willem Dafoe au summum de leur art, les effets de lumières qui renvoient toute la concurrence au tapis et une animation criante de vérité, le bébé de David Cage n’est ni plus ni moins que le plus beau jeu sorti à ce jour sur cette génération de console. Visuellement incroyable, le soft nous fait entrer de plein pied dans un voyage surnaturel dont on ne ressort pas indemne tant on y croit. Et c’est là l’une des conditions nécessaires à l’immersion scénaristique voulue par Quantic Dream : donner au titre un côté si réaliste que l’on se demande souvent si l’on n’est pas en train de regarder un film. Un tel degré de symbiose entre le monde réel et ce qui apparaît sur notre écran ne peut que nous prendre aux tripes, nous faire vivre intérieurement les sentiments si forts ressentis par Jodie, nous attacher irrémédiablement à elle, et nous pousser à aller toujours un peu plus loin, même si le gameplay nous fait pester un peu trop souvent.

Jodie va se révéler intérieurement tout au long du jeu

Et que dire de la bande-son absolument divine, bénéficiant des compositions du maître Hans Zimmer, donnant à Beyond un cachet de superproduction hollywoodienne qui fera frémir vos enceintes 5.1 comme jamais. Il y a tellement d’émotion qui transparaît des nappes sonores de ce jeu que même les plus blasés se retrouveront transportés. Le tout est sublimé par un doublage français bénéficiant des véritables doubleurs d’Ellen Page et Willem Dafoe, qui reste toujours dans le ton et se surpasse même lors des séquences où Jodie souffre, pleure, hurle, bref se sent vivre, à l’inverse d’Aiden, son fardeau la tirant sans cesse un peu plus vers le monde des morts. Epique, tout simplement.

« Au-delà » de notre compréhension ?

Tester Beyond : Two Souls est sans doute l’une des choses les plus difficiles qu’il m’ait été donné de faire dans ma vie de gamer. Fan des précédentes productions de Quantic Dream, j’attendais énormément du nouveau bébé de David Cage, croyant toutes ses merveilleuses promesses de liberté, de scénario à tiroirs, de jeu qui marque au fer rouge l’existence vidéoludique. Hélas, malgré une réalisation absolument phénoménale, une émotion omniprésente et une histoire qui vous happe pour ne plus vous lâcher, le titre souffre d’énormes tares de gameplay, justifiées ou non, et se montre terriblement frustrant pour le joueur adepte d’exploration en résumant l’interactivité à sa plus simple expression. Un incroyable voyage au cœur de l’âme humaine, mais un titre qui aurait tout aussi bien pu être un film tant il est scripté et prend le joueur pour un simple spectateur. Heureusement que la séquence finale est tout bonnement bluffante et vient clore cette aventure adepte du « je t’aime/je te déteste » d’une façon éblouissante.

Le vidéo-test par Neoanderson

Réalisation: 19/20

On ne va pas y aller par quatre chemins : Beyond est tout bonnement le soft le plus impressionnant visuellement de sa génération. Le genre de titre qui nous fait dire que les consoles next gen ne le sont pas tant que ça, et qui permet une identification totale aux souffrances de Jodie grâce à un jeu d’acteur incroyable, des expressions faciales criantes de vérité, des effets de lumière qui explosent la rétine et une animation totalement réaliste (même si, du coup, elle rend le contrôle du personnage parfois un peu rigide). Petit bémols pour quelques freezes agaçants (on sent que la console souffre sur ce coup).

Gameplay/Scénario: 11/20

Bon sang que le gameplay de Beyond est basique ! La plupart du temps, on vous demandera juste d’appuyer sur le stick de droite d’une seule façon possible, pour interagir avec le seul élément disponible dans une pièce pourtant bourrée de détails. Aiden aurait dû contrebalancer tout ça grâce à ses pouvoirs surnaturels et sa capacité à traverser les murs, mais les scripts de David Cage ont raison de cette fausse bonne idée, tout comme le jeu à deux, anecdotique. Heureusement, il y a le scénar : grisant, incroyable, qui va crescendo jusqu’à une apothéose ultime ! Il y a cet attachement à Jodie, cette envie de toujours en voir plus même si on est plus spectateur qu’acteur ! Certes, l’histoire est moins ouverte que Heavy Rain, mais plus immersive et avec moins d’incohérence… n’empêche, la recette risque de rebuter même les fans les plus accrocs à la formule de Quantic Dream qui offre, au fil des ses productions, de moins en moins de gameplay…

Bande-Son: 18/20

Les compositions de Hans Zimmer sont magistrales et vont inonder vos oreilles d’émotions. Le jeu des acteurs, qui sont entièrement doublés en français par les voix officielles, est saisissant de réalisme et les bruitages tout bonnement bluffants. Une réussite artistique et un cachet hollywoodien omniprésent.

Durée de vie: 13/20

Comptez sept à huit heures de jeu pour boucler une première fois le périple et « rester sur le cul » face à une fin tout bonnement saisissante. Le titre en compte une trentaine, ce qui aurait pu être un bon argument de vente, si l’accès à ces dernières ne se jouait pas dans les deux dernières heures du soft. Histoire de rappeler que Beyond est encore un jeu vidéo, les développeurs ont cru bon de nous donner quelques rares bonus à ramasser dans le monde éthéré, mais rien de très folichon.

Note Globale N-Gamz.com: 14/20

D’un côté, il y a une histoire terriblement prenante, une réalisation dantesque qui vous ferait presque regretter d’avoir précommandé votre PlayStation 4, une bande-son tout simplement sublime et un voyage qui promet des heures d’émotions. De l’autre, une frustration trop présente, la faute à un gameplay ultra dirigiste, scripté au possible, et à une interaction avec l’environnement proche du néant, même en utilisant Aiden. Au final, on se retrouve avec Beyond : Two Souls, un soft bourré de promesses, une vision d’auteur, mais qui se révèle inférieur en termes de possibilité de jeu à son aîné spirituel, Heavy Rain, et qui n’aurait sans doute pas du sortir sur notre média préféré, le septième art lui convenant bien mieux. 



About the Author

Neoanderson
Hardcore gamer dans l'âme, la trentaine, Je suis le rédacteur en chef de ce site. Amoureux des RPG nourri aux Final Fantasy VII, Chrono Trigger, Xenogears, et consorts, je suis également fan de survival/horror. Niveau japanim, je suis axé shonen comme Ruroni Kenshin, Ga-Rei, Asebi et autres, mais j'apprécie aussi les seinen, Sprite en tête. Enfin, je suis un cinéphile averti, orienté science-fiction, fantastique et horreur, mes films cultes étant Star Wars, Matrix, Sucker Punch et Inception. N'hésitez pas à me suivre via mon Facebook (NeoAnderson N-Gamz), mon Twitter (@neo_ngamz) et mon Instagram (neoandersonngamz)!