Review

1992. La mangaka Naoko Takeuchi accède soudain au panthéon des auteurs de BD à succès avec son nouveau titre Bishoujo senshi Sailor Moon. Ses séries précédentes (Love call, the Cherry project, Miss rain, Prism time ou encore Code name wa sailor V) avaient plu et lui avaient  déjà valu une certaine renommée, mais rien de comparable avec  Sailor Moon. Le succès est immédiat et une série animée est aussitôt mise en chantier, série qui fera littéralement le tour du monde. Au final, Sailor Moon ce sera 5 saisons en manga et autant en animés, 3 films, 4 épisodes spéciaux, une trentaine de comédies musicales, un drama et tout un univers de merchandising. Nous voici à présent en 2014: une nouvelle série animée titrée Sailor Moon Crystal est diffusée au rythme de 2 épisodes par mois, pour le plus grand plaisir des fans restées fidèles à leur héroïne. Qu’en est-il donc ?

Un petit retour en arrière

Pour la nouvelle génération de mangavores, le succès mondial de Sailor Moon peut sembler exagéré. C’est pourquoi il faut retourner en 1992 afin de comprendre les raisons de cet engouement.

Un character design plus adulte et respectueux du manga

A cette époque, un des genres shoujo les plus en vogue sont les « magical girls », ces très jeunes filles investies de pouvoir magiques qu’elles utilisent quotidiennement pour faire le bien autour d’elles.  Quelques exemples en vrac : le Tour du monde de Lydie, Creamy, Vanessa ou la magie des rêves, Emi magique et bien entendu la très célèbre petite Gigi. Des séries très mignonnes mais, il faut bien l’avouer, très enfantines et répétitives au possible. Bref, ce genre s’essouffle. C’est alors qu’apparait Sailor Moon qui va révolutionner le genre en lui donnant un second souffle !

Exit les petites filles et bonjour les adolescentes. Des personnages encore enfantins au début mais qui évoluent et laissent présager des adultes qu’elles deviendront. Des jeunes filles qui ont tous les soucis de leur âge (l’école et les examens, les premières véritables histoires d’amour, les difficultés pour trouver leur place dans le monde, les ambitions pour le futur, le sentiment de solitude et souvent d’incompréhension de leur entourage), mais qui en plus se découvrent des pouvoirs de guerrières et devront porter tout le poids de la survie du monde sur leurs épaules face à des envahisseurs du chaos acharnés à la destruction de toute vie terrestre. Naoko Takeuchi ajoute au tout une pincée de nostalgie avec sa belle et tragique histoire de réincarnation (la notion d’un âge d’or disparu ayant toujours eu énormément d’impact sur la conscience populaire, il suffit de voir le succès jamais démenti des légendes arthuriennes ou atlantes pour s’en convaincre), une louche de romantisme et quelques cuillères d’humour savamment dispersées, le tout largement saupoudré de féminisme.

Et voilà la recette d’un changement radical. Désormais ce sont les adolescentes qui suivent ces nouvelles « magical girls » et non plus les fillettes. Des adolescentes qui s’identifient à l’une ou l’autre des guerrières Sailor (gaffeuse et maladroite ? Usagi. Intelligente et solitaire ? Amy. Difficultés à exprimer ses sentiments sans les laisser exploser ? Rei. Pas assez féminine ? Mako. Cœur d’artichaut ? Minako), permettant ainsi à toute une génération d’y trouver son compte. Au point que 20 ans plus tard, les fans de l’époque sont toujours bien présentes ! Ces adolescentes-là sont devenues des femmes et pourtant Sailor Moon reste leur héroïne, les trading cards continuent de s’échanger avec rage (et le prix de certaines sur Ebay s’approche de celui d’un rein), les gashappons continuent d’être éditées et partent toujours comme des petits pains. Bref, Sailor Moon n’a jamais été oubliée par celles qui ont grandi avec elle.

La nouvelle série : Sailor Moon crystal

Chaque personnage a bénéficié d'une attention particulière pour ce reboot

Le 6 juillet 2012, la Tôei annonce un reboot de la série pour en fêter le vingtième anniversaire. Le titre de ce projet sera Pretty guardian Sailor Moon crystal et l’idée est de rester plus proche du manga original que ne l’était la série  tout en modernisant le cadre (ainsi Amy au séminaire Crystal n’étudie plus sur disquette mais sur CD). Le design est un joli mélange du graphisme de Naoko Takeuchi et de celui de l’anime (d’ailleurs les transformations restent très proches de celles de la précédente série). Et, histoire d’attirer du public, les génériques sont confiés aux idols en vogue Momoiro Clover Z. Initialement prévue pour l’été 2013, la série sera finalement repoussée quelques fois pour être finalement lancée le 5 juillet 2014. La rumeur prétend que cela serait du à de nombreux désaccords entre la mangaka et les producteurs, l’une voulant une adaptation fidèle, les autres désirant édulcorer  l’aspect sombre de l’histoire. Mais quoi qu’il en soit, cette fois l’affaire est lancée !

Il semblerait que Naoko Takeuchi ait eu gain de cause car jusqu’à présent (3 épisodes), la série se révèle extrêmement proche du manga, chaque épisode correspondant à un chapitre. A ce titre, le premier  épisode est un véritable copier-coller en mouvement du manga, n’ajoutant que quelques rares éléments comme les rêves d’Usagi du temps de la lune ou un petit détail touchant lors de sa rencontre avec Mamoru (qui porte bien son smoking en plein journée !) Les deux épisodes suivants – soit l’entrée en scène d’Amy/Mercure et de Rei/Mars)- se permettent quelques différences plus marquées mais restant néanmoins suffisamment proches du manga pour ne pas choquer les adorateurs de la version papier et ne nuisant en rien à la fluidité du récit. On rit des maladresses d’Usagi, on a le cœur qui bat à chaque rencontre avec Mamoru/Tuxedo, on se réjouit à chaque transformation et on savoure le retour aux sources (notamment avec le Freesbee Lunaire qui a la forme qu’il avait originalement dans le manga). Bref on savoure chaque seconde et le temps parait bien long entre les épisodes mis en ligne par la Tôei (avec choix de langue pour les sous-titres) toutes les deux semaines.

Les fans de la première heure semblent pour l’instant enthousiastes et l’on ne peut qu’espérer un succès à la hauteur du résultat –en souhaitant bien évidemment que la qualité reste égale – pour cette nouvelle version , ainsi qu’un nouveau public dans la jeune génération pour notre « vieille héroïne ». La princesse (Sérénité) est de retour, vive la princesse !

Note Globale N-Gamz: 5/5

LA BANDE-ANNONCE



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Almathea

Recette de l’Almathea. Prenez 30 années à regarder, aimer et défendre la japanimation. Mélangez avec autant d’années de cinéphilie orientée vers le fantastique et l’horreur. Ajoutez une pincée de cosplay, une bonne louche d’attrait pour le yaoi plutôt pas mignon, 200 kilos de mangas et un grand zeste de vampires. Enfin, faites mijoter le tout dans une casserole de regard critique sur le monde pendant au moins 37 ans. Bon appétit :D
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