Après près de deux décennies d’existence, Midgar Studio, l’un des studios indépendants les plus emblématiques du paysage vidéoludique hexagonal, a officiellement cessé ses activités. Le tribunal de commerce a prononcé la liquidation judiciaire de l’entreprise montpelliéraine, mettant fin à une épopée commencée en 2008 par Jérémy Zeler-Maury. Malgré les efforts répétés pour trouver un repreneur et préserver les équipes, aucune solution viable n’a pu aboutir dans les délais imposés par la procédure. Ce dénouement marque un nouveau chapitre sombre pour l’industrie française, déjà éprouvée par les difficultés financières de Nacon, maison-mère du studio depuis 2022.
Fondé à Nîmes avant de s’installer à Montpellier, Midgar Studio s’est rapidement distingué par son attachement aux JRPG à la française, un genre exigeant qui mêle narration ambitieuse, exploration riche et systèmes de combat profonds. Le studio s’est fait connaître du grand public avec Hover, un titre d’action-exploration futuriste, avant de frapper un grand coup avec Edge of Eternity en 2021. Ce RPG au tour par tour, salué pour son univers fantasy déchiré par une mystérieuse Corrosion, a séduit critiques et joueurs grâce à sa direction artistique soignée et surtout à sa bande-son magistrale signée par Yasunori Mitsuda – le compositeur légendaire derrière les chefs-d’œuvre de Xenogears, Chrono Cross ou encore Shadow Hearts. Avec plus d’un million de joueurs à travers les plateformes, Edge of Eternity est devenu une référence pour les amateurs de JRPG occidentaux inspirés par les classiques japonais.
Le studio travaillait ces derniers mois sur Edge of Memories, la suite spirituelle très attendue. Prévu initialement pour fin 2026 sur Xbox Series, PS5 et PC, ce nouvel opus adoptait un virage vers l’action-RPG tout en approfondissant l’univers d’Aladiss. J’ai eu la chance de le découvrir en avant-première à la Gamescom 2025, manette en main : combats dynamiques, environnements somptueux et une progression narrative prometteuse laissaient entrevoir un potentiel énorme. Malheureusement, l’avenir du projet reste incertain après la liquidation. Nacon n’a pour l’instant communiqué aucun détail sur une éventuelle reprise par une autre équipe ou une annulation pure et simple. Cette incertitude ajoute à la déception des fans qui espéraient une nouvelle pépite made in France.
Cette fermeture intervient dans un contexte particulièrement tendu pour Nacon, qui a déjà vu d’autres studios comme Spiders disparaître après une tentative infructueuse de vente. Midgar Studio employait une vingtaine de collaborateurs passionnés, reconnus pour leur expertise en narration et en systèmes de jeu hybrides. Dans son message émouvant, Jérémy Zeler-Maury a rendu hommage à toute l’équipe, soulignant leur talent et leur engagement malgré les obstacles. Il encourage les studios et éditeurs à s’intéresser à ces profils expérimentés, qui pourraient enrichir d’autres projets. Cette vague de difficultés met en lumière les fragilités du secteur français : concurrence internationale féroce, coûts de développement élevés et pression des marchés financiers. Midgar laisse derrière lui un héritage précieux, celui d’un studio qui a osé porter haut les couleurs du JRPG hexagonal face aux géants japonais ou américains.
La disparition de Midgar Studio n’est pas seulement une perte économique ; elle représente un coup porté à la diversité créative de notre industrie. Les amateurs de RPG narratifs et immersifs perdent un acteur qui savait conjuguer passion japonaise et sensibilité européenne. Espérons que les talents dispersés trouveront rapidement de nouveaux horizons, et que Edge of Memories – si le projet survit – pourra un jour voir le jour pour honorer l’héritage du studio. En attendant, Edge of Eternity reste disponible et mérite plus que jamais d’être (re)découvert, preuve que les rêves de Midgar ont déjà marqué durablement le paysage vidéoludique.

















