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Backrooms, réalisé par le jeune prodige Kane Parsons dans son premier long métrage, entend transposer avec brio l’univers liminal né d’un creepypasta et popularisé via sa série YouTube puis le monde vidéoludique. Produit notamment par 21 Laps Entertainment (Shawn Levy), A24 et Atomic Monster (James Wan), ce thriller horrifique psychologique espère s’imposer comme une adaptation intelligente et ambitieuse d’un phénomène internet devenu culte. Loin des adaptations paresseuses, le film veut plonger le spectateur dans un cauchemar architectural où l’espace lui-même devient le véritable antagoniste. Avec Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve en tête d’affiche, il explore les recoins les plus sombres de l’esprit humain tout en essayant de rester fidèle à l’esthétique et à l’esprit originel des Backrooms. Y parvient-il ? La réponse dans ma critique ciné !

L’histoire suit Clark (Chiwetel Ejiofor), propriétaire d’un magasin de meubles en difficulté, divorcé et en proie à un alcoolisme destructeur. Alors qu’il tente de réparer un éclairage défectueux dans son sous-sol, il franchit une faille dans la réalité et se retrouve piégé dans les Backrooms : un labyrinthe infini de pièces jaunes monotones, éclairées par des néons vrombissants, jonchées de meubles abandonnés et de moquettes usées. Cherchant désespérément une issue, il croise d’autres âmes perdues et doit affronter les horreurs psychologiques de cet endroit. Sa thérapeute, la docteure Mary Kline (Renate Reinsve), finit par le suivre dans cet univers parallèle.

Le récit tisse habilement drame personnel et terreur existentielle, révélant peu à peu que les Backrooms ne sont pas qu’un simple piège physique, mais une version déformée et amplifiée des traumatismes et des peurs les plus enfouies des personnages. Sans révéler tous les twists, le film propose une progression organique qui mêle enquête, survie et introspection, aboutissant à une conclusion à la fois glaçante et profondément humaine.

Chiwetel Ejiofor incarne Clark avec une intensité bouleversante. Son interprétation capture à merveille les multiples facettes de ce personnage brisé : la colère rentrée du mari rejeté, la vulnérabilité de l’alcoolique en perdition, la détermination farouche du survivant et, progressivement, la folie qui s’insinue en lui au fil de son errance. Ejiofor excelle dans les scènes d’angoisse contenue comme dans les moments de désespoir viscéral, offrant un éventail émotionnel rare qui rend le personnage à la fois pitoyable et terrifiant.

Renate Reinsve, en Dr. Mary Kline, apporte une présence tout aussi marquante. Sa thérapeute, initialement sceptique et professionnelle, révèle des couches de fragilité, d’empathie et de terreur pure lorsqu’elle pénètre à son tour dans les Backrooms. Son jeu nuancé, oscillant entre froideur clinique et panique existentielle, enrichit considérablement le duo central et donne au film une dimension émotionnelle puissante.

Les seconds rôles, notamment Mark Duplass et les interprètes des figures rencontrées dans les limbes, complètent parfaitement cet ensemble en incarnant des personnalités fracturées qui reflètent les facettes sombres de l’humanité. L’ensemble procure des émotions d’une authenticité saisissante, loin des archétypes hollywoodiens habituels.

Kane Parsons signe une mise en scène d’une précision chirurgicale et d’une fidélité exemplaire à l’univers vidéoludique et internet des Backrooms. La photographie, avec son grain VHS dégradé et ses plans souvent en caméra portée, plonge le spectateur dans une atmosphère oppressante dès les premières minutes.

Les décors, construits physiquement sur des milliers de mètres carrés avec une attention maniaque au détail (papier peint jauni, moquette élimée, néons vacillants), recréent à la perfection les salles jaunes emblématiques du Level 0 tout en explorant d’autres zones iconiques de la lore, comme les piscines infinies et désolées des Poolrooms ou les structures villageoises abandonnées et déformées.

Les effets spéciaux, subtils et intégrés, privilégient la théorie de la Vallée de l’Etrange et les distorsions spatiales plutôt que les créatures tape-à-l’œil. Le rythme, maîtrisé avec intelligence, alterne phases de lente errance anxiogène et moments de tension psychologique croissante, évitant tout recours systématique aux jump scares. La bande-son, co-composée par Parsons lui-même, mêle drones industriels, bruits de néons et silences pesants pour amplifier le malaise. Cette réalisation technique ne se contente pas d’imiter : elle transcende le matériau source en en faisant un véritable objet cinématographique.

Backrooms : Bande-Annonce

Note N-Gamz : 5/5

Backrooms est bien plus qu’une simple adaptation d’un mème horrifique : c’est une œuvre mature, inventive et profondément perturbante qui redéfinit les codes du genre. Kane Parsons prouve avec brio que l’horreur peut naître de l’ordinaire rendu extraordinaire et que la véritable peur réside dans la déformation de notre réalité quotidienne et de nos angoisses les plus primitives. En refusant les facilités des jump scares incessants et des monstres conventionnels, le film offre un thriller psychologique d’une intelligence rare, où l’espace lui-même incarne le trauma et l’aliénation. Les performances exceptionnelles, la fidélité visuelle et thématique au matériau d’origine ainsi que la profondeur émotionnelle en font une expérience inoubliable. Mieux encore : Backrooms réussit l’exploit rare d’être à la fois accessible pour le néophyte et profondément original pour le féru de films terrifiants ! Il est terriblement fidèle à son héritage issu d’internet tout en s’élevant au rang de grand cinéma d’horreur psychologique, rien que ça. C’est assurément l’adaptation intelligente par excellence : elle respecte l’essence des Backrooms (cette version tordue de notre monde où les peurs primales prennent forme architecturale) sans jamais tomber dans le piège du film horrifique classique et tape-à-l’œil. Un must-see pour les amateurs de cinéma de genre ambitieux autant que pour les fans de l’univers imaginé sur la toile !



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Neoanderson (Chapitre Sébastien)
Hardcore gamer dans l'âme, la quarantaine depuis peu, je suis le rédacteur en chef autant que le rédacteur de news et le vidéo-testeur de ce site (foncez sur la chaîne YouTube d'ailleurs). Amoureux des RPG nourri aux Final Fantasy, Chrono Trigger, Xenogears et consorts, je suis également fan de survival/horror. Niveau japanim, je voue un culte aux shonens/seinens tels que Ga-Rei, L'Ile de Hozuki, Orphen, Sprite ou encore Asebi. Enfin, je suis un cinéphile averti, orienté science-fiction, fantastique et horreur, mes films cultes étant Star Wars, Matrix, Sucker Punch, Inception et Tenet. N'hésitez pas à me suivre via mon Facebook (NeoAnderson N-Gamz), mon Twitter (@neo_ngamz) et mon Instagram (neoandersonngamz)!