Dans le dernier épisode du podcast Triple Click, le journaliste d’investigation Jason Schreier a lâché une bombe qui confirme ce que de nombreux observateurs critiques répètent depuis des années : au plus haut niveau de la hiérarchie Xbox, le Xbox Game Pass n’est pas seulement remis en question, il est franchement honni. Selon Schreier, « il y a beaucoup de gens en poste de direction au sein de Xbox qui détestent le Xbox Game Pass et pensent qu’il a détruit la valeur de leurs jeux, qu’il a retiré de la valeur à tous les jeux en général et qu’il a été préjudiciable pour l’industrie du jeu vidéo, de leur point de vue, en raison de la façon dont il dévalue les jeux ».
Cette déclaration, relayée notamment par l’analyste eXtas1s, intervient dans un contexte de restructuration profonde orchestrée par Asha Sharma, la nouvelle patronne de Xbox. Le « reset » massif – avec des milliers de suppressions d’emplois, la cession ou la fermeture de studios, et un recentrage brutal sur la rentabilité – met en lumière les fractures internes qui gangrènent la division depuis l’ère Phil Spencer. Schreier précise même que le Game Pass pourrait s’éloigner à l’avenir du modèle « Day One » qui avait fait sa marque de fabrique, signe que la stratégie d’inondation du catalogue par des exclusivités en accès anticipé commence à être sérieusement remise en cause en interne.
Ces propos ne sortent pas de nulle part. Ils s’inscrivent dans une série de révélations concordantes. Des rapports de Bloomberg et des témoignages d’anciens cadres Xbox ont déjà mis en lumière les tensions créées par le service d’abonnement : cannibalisation des ventes au détail, pression sur les studios pour produire du contenu « Game Pass friendly » plutôt que des blockbusters rentables, et une culture où les objectifs de profit ont été relégués au second plan pendant des années au profit de la croissance des abonnés. Pete Hines, ex-patron de Bethesda, avait lui aussi évoqué publiquement ces « tensions internes » liées au Xbox Game Pass. Plus récemment, Asha Sharma elle-même a reconnu que la stratégie multiplateforme et centrée sur l’abonnement n’avait pas produit les résultats escomptés, entraînant une « faiblesse du cœur de métier » et des pertes de valeur significatives.
Ce que révèle Schreier est pourtant d’une violence particulière : ce ne sont pas seulement des analystes externes ou des fans déçus qui critiquent le modèle, mais des décideurs au sein même de l’organisation. Pour ces cadres, le Game Pass n’est pas un levier de croissance vertueux, mais un mécanisme qui dévalorise le travail créatif, érode les revenus potentiels et affaiblit l’ensemble de l’écosystème. En rendant les jeux « gratuits » ou quasi-accessibles via un abonnement, le service a encouragé une consommation sans achat, privant les studios et l’éditeur de la manne des ventes unitaires qui finançaient traditionnellement les développements ambitieux.
Cette réalité, que je répète depuis des années sur mon site, continue pourtant d’être niée avec virulence par une partie des fans Xbox les plus fervents. Plutôt que d’admettre que le modèle d’abonnement a contribué à affaiblir leur marque préférée – en décourageant les achats directs et en créant une dépendance malsaine à une croissance des abonnés qui s’essouffle – beaucoup préfèrent continuer à « ne pas acheter » les jeux, à défendre bec et ongles un système qui saigne à blanc les studios first-party, et à s’en prendre à ceux qui osent pointer les dysfonctionnements. C’est un déni confortable, mais de plus en plus difficile à maintenir face aux faits : licenciements massifs, studios en péril, projets annulés par dizaines et une reconnaissance interne que Game Pass a fait plus de mal que de bien à la valorisation des jeux.
Le podcast Triple Click et les analyses de Jason Schreier ne font que confirmer ce que les chiffres et les témoignages accumulent depuis des mois : le Game Pass, dans sa forme actuelle, est perçu par une partie significative de la direction comme un boulet stratégique plutôt que comme un atout. Que ce constat vienne de l’intérieur de la maison Microsoft rend le déni des supporters encore plus criant. L’avenir d’Xbox passera-t-il par une réforme profonde, voire une remise en cause radicale de ce modèle ? Les signaux envoyés par Asha Sharma et les confidences relayées par Schreier suggèrent que la page du « tout Game Pass, tout de suite » est en train d’être tournée. Reste à savoir si les fans les plus zélés accepteront enfin d’ouvrir les yeux sur ce que la direction elle-même semble désormais admettre en coulisses.

















