Thomas Mahler, directeur créatif et cofondateur de Moon Studios (à l’origine des acclamés Ori and the Blind Forest et Ori and the Will of the Wisps), a tenu des propos particulièrement acerbes sur le Discord officiel de No Rest for the Wicked. Dans une déclaration sans filtre, il a annoncé que la version Xbox Series X|S du jeu, initialement prévue en même temps que la sortie PS5 et Steam en octobre 2026, est repoussée indéfiniment. La raison invoquée ? L’obligation de garantir une optimisation rigoureuse pour la Xbox Series S, qui « plombe littéralement le développement » du studio indépendant.
« La Series S rend les choses très difficiles », a-t-il expliqué sans détour. Et d’ajouter, dans une pique restée célèbre : « Les specs de la Series S et celles d’un smartphone ne sont pas si éloignées à l’heure actuelle. » Ces mots, repris massivement sur les réseaux sociaux et par les médias spécialisés, ont fait l’effet d’une bombe. Ils interviennent alors que le jeu, déjà acclamé en Early Access sur PC, s’apprête à débarquer sur consoles avec une version PS5 très attendue.
Ce n’est pas la première fois que Mahler critique ouvertement les contraintes imposées par la politique de Microsoft. Dès juillet 2025, il avait évoqué les « conditions de marché » pour justifier une priorisation de la PS5, avant de confirmer que le port Xbox arriverait « plus tard, une fois optimisé comme il se doit ». Aujourd’hui, le ton est plus direct et plus critique : pour un studio de taille modeste comme Moon Studios, l’obligation de faire tourner le jeu de manière satisfaisante sur la Series S (dont la puissance est jugée insuffisante par de nombreux développeurs) représente un frein majeur qui allonge considérablement les délais et augmente les coûts.
Cette déclaration vient nourrir un débat déjà vif sur la stratégie de Phil Spencer et de Microsoft. En imposant la parité technique entre Series X et Series S depuis le lancement de la génération, la firme de Redmond a cherché à démocratiser l’accès au gaming next-gen. Mais de nombreux studios, petits comme moyens, dénoncent aujourd’hui un effet pervers : la Series S, avec ses 4 teraflops et ses 10 Go de mémoire partagée, tire l’ensemble de la génération vers le bas. Des titres ambitieux comme No Rest for the Wicked en font les frais, tout comme d’autres projets indépendants ou AA qui voient leurs portages Xbox retardés ou compromis.
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Sur X et Reddit, la communauté Xbox est divisée entre ceux qui défendent la Series S comme un choix inclusif et ceux qui y voient une entrave au progrès technique. Des insiders et journalistes (VGC, Windows Central, Pure Xbox) soulignent que ce genre de témoignage public renforce l’idée que la politique hardware de Microsoft pénalise les développeurs tiers et contribue à allonger les cycles de développement de toute une génération.
Pour Moon Studios, le choix est clair : privilégier la qualité et le rythme de sortie sur les plateformes les plus performantes (PS5 et Steam dans un premier temps) plutôt que de sacrifier la vision créative sur l’autel de la parité. Thomas Mahler, connu pour son franc-parler, n’a pas hésité à pointer du doigt le vrai problème : une console mid-gen qui, selon lui, n’offre pas un écart de puissance suffisant avec le haut de gamme.
Ce nouvel épisode pose une question de fond : la stratégie de Phil Spencer, qui mise sur l’accessibilité à tout prix, n’est-elle pas en train de coûter cher à l’écosystème Xbox ? Alors que Sony mise sur la puissance brute de la PS5 et que Nintendo innove avec la Switch 2, Microsoft risque de voir ses partenaires tiers se détourner progressivement d’une plateforme perçue comme contraignante. No Rest for the Wicked n’est probablement que la partie visible de l’iceberg.

















