Review

Avec l’incroyable remake/reboot de leur franchise fétiche, Ratchet & Clank, le studio Insomniac Games a déjà sans aucun doute marqué 2016 de son empreinte. Quelques mois plus tard, c’est avec un projet aux antipodes qu’ils nous reviennent déjà: Song of the Deep, ou l’exploration sous-marine vue sous l’angle du Metroidvania. Encore un sans faute pour le studio ou une tentative qui tombe à l’eau ?

À l’eau, le monde

La narration, façon livre de contes, est pleine de charme

La narration, façon livre de contes, est pleine de charme

La petite Merryn et son papa ont beau être sans le sou, ils n’en vivent pas moins heureux tous les deux dans leur petite cabane près de l’océan. Tous les soirs, la fillette écoute les récits de son marin de père, qui parlent de créatures merveilleuses et de civilisations enfouies au plus profond des eaux. Mais quand son paternel disparaît lors d’une expédition à bord de son fidèle bateau, Merryn construit un sous-marin de fortune et se lance à sa recherche, l’occasion pour elle de découvrir que toutes ces histoires n’étaient peut-être pas si fictionnelles que ça…

Song of the Deep est un revirement pour Insomniac, qui nous avait habitués à de grosses productions techniquement impressionnantes. Ici, le titre se veut nettement plus modeste et se présente sous la forme d’un Metroidvania en 2,5D.  Voyons voir si le pari est réussi.

Sous-Merryn

Les énigmes sont beaucoup trop répétitives

Les énigmes sont beaucoup trop répétitives

A bord de son sous-marin, Merryn aura de prime abord l’impression de pouvoir explorer librement l’immensité aquatique qui l’accueille, avant que la réalité « metroidvaniesque » ne la rattrape: là, une colonne de pierre bloque toute progression; ici, un mur de verre. Les connaisseurs du genre l’auront compris: chaque type d’obstacle demandera telle ou telle amélioration pour pouvoir être franchi et ainsi accéder à des zones autrefois inaccessibles. La formule est archi-connue, et ne comptez pas sur Song of the Deep pour la renouveler: on est ici en terrain balisé, sans aucune réelle forme d’audace.

Ainsi, les upgrades débloqués iront des classiques missiles à une tenue de plongée permettant à Merryn de sortir explorer des passages trop étroits pour son véhicule; là encore, difficile de ne pas penser à Metroid et à la fameuse Morph Ball. Comme arme principale, il ne faudra pas compter sur le blaster de Samus mais sur une pince pouvant à la fois exterminer les ennemis se dressant sur votre route et agripper toutes sortes d’objets, notamment pour résoudre divers puzzles.

Routine sous-marine

Malgré des carences techniques, le soft est très agréable visuellement

Malgré des carences techniques, le soft est très agréable visuellement

Mais le soft n’est pas tant handicapé par son classicisme, compensé par une maniabilité agréable et un univers attrayant, que par la routine qu’il impose bien trop vite au joueur. Après nous fait miroiter une aventure principalement basée sur l’exploration, le soft fait volte-face et impose un enchaînement d’énigmes bien trop identiques pour séduire sur la durée. Qu’il s’agisse de reconstituer une statue pour ouvrir une porte ou de diriger des faisceaux lumineux , ces mécaniques sont utilisées beaucoup trop régulièrement, jusqu’à provoquer des soupirs d’ennui et d’exaspération quand ils resurgissent pour la énième fois, là où on pensait enfin en être libéré.

Le jeu se montre heureusement généreux en trésors éparpillés un peu partout (et bien indiqués sur la carte), si  bien qu’on se surprendra régulièrement à ignorer le chemin principal pour partir à la recherche de ces richesses, qui vont d’améliorations de santé à de la monnaie utilisée pour négocier avec un crustacé vous proposant des upgrades d’équipement, moyennant paiement. On appréciera d’ailleurs la possibilité de modifier son personnage comme bon nous semble, que l’on préfère tout miser sur des améliorations de boost (permettant de naviguer à contre-courant) ou sur son armement, amenant une dose bienvenue de personnalisation, pas toujours présente dans ce genre de softs.

Beauty of the Deep

Un conte aquatique charmant mais trop oubliable

Pour compenser son manque d’inspiration au niveau de la progression, Insomniac nous a concocté un univers peu original mais bourré de charme, même si la technique peine parfois à suivre, saccades à l’appui. Il y a énormément d’amour derrière ce Song of The Deep, et il suffit d’observer les baleines se baladant en arrière-plan, les décors grandioses ou les mimiques de Froufrou, une gentille bestiole rencontrée par Merryn, pour se rendre compte qu’il s’agit d’un projet dicté par la passion. La narration soignée et touchante, façon livre de contes animé, en est un autre bel exemple.  Même bilan du côté musical, les compositions aux accents mélancoliques se combinant à merveille avec cet univers aquatique ne demandant qu’à être exploré, guidé par une voix off féminine (en anglais sous-titré) impliquée.

A la fois attachant et décevant, Song of the Deep navigue entre deux eaux: d’un côté, l’invitation à la découverte transporte le joueur mais de l’autre, le classicisme et, surtout, la répétitivité des énigmes le pousse à l’ennui. Résultat ? Un conte aquatique charmant mais trop oubliable, qui ne parvient pas à suffisamment garder la tête hors de l’eau pour véritablement marquer les esprits.

La bande-annonce

Réalisation: 14/20

Techniquement imparfait (quelques sacrées saccades sont au rendez-vous), le jeu brille néanmoins par sa représentation pleine de charme du monde sous-marin, notamment à travers des arrière-plans somptueux et vivants.

Gameplay/Scénario: 13/20

Le soft est un Metroidvania tout ce qu’il y a de plus classique et aurait sans doute mérité de faire preuve de plus d’audace au niveau du gameplay et de la progression, entachée par une trop grande répétitivité des énigmes, qui installe une routine rapidement ennuyeuse. Le scénario est simpliste mais brillamment mis en scène à la façon d’un livre de contes permettant de rendre touchante la quête de Merryn.

Bande-Son: 15/20

L’aspect sonore est une vraie réussite, grâce à une narratrice très présente qui met d’emblée dans l’ambiance et une bande originale mélancolique et de toute beauté.

Durée de vie: 13/20

La quête principale ne demande pas plus de quatre ou cinq heures pour être bouclée, mais l’intérêt réside aussi (voire surtout) dans l’exploration de la map assez vaste et de la chasse aux trésors, très nombreux, qui permet d’allonger la sauce de manière agréable et conséquente.

Note Globale N-Gamz.com: 13/20

Avec plus de créativité au niveau de sa progression et de ses puzzles, Song of the Deep aurait pu être une référence du genre; malheureusement, il n’en restera au final qu’un petit Metroidvania maladroit et classique au possible, malgré son ambiance savoureuse. Les fans du genre auraient toutefois tort de le bouder, et on ose même espérer qu’Insomniac apprendra de ses erreurs et réitèrera l’essai du soft à petite échelle, le talent du studio n’étant cette fois encore pas à remettre en doute.



About the Author

Guib
Guib
Accro (mais sainement ; et oui, amis journalistes, c’est possible) aux jeux vidéo depuis le jour où j’ai reçu ma Super Nintendo accompagnée de Super Mario All Stars à l’âge de 6 ans, je suis passionné par les jeux de plate-forme, mais pas uniquement. Peu importe le genre, je suis surtout intéressé par les titres qui ont une âme et qui dégagent une réelle personnalité. Quelques-uns de mes jeux cultes : Yoshi’s Island, Beyond Good & Evil, Ico et les jeux Rockstar (oui, ça tranche avec le reste mais ces gars-là m’ont rarement déçu). J’ai aussi une petite faiblesse moins avouable pour les jeux nanars descendus par la plupart des testeurs, mais chut. Etant fan de cinéma fantastique et écrivant depuis quelques mois des critiques de films, j’ai eu envie de me diversifier et de me lancer dans le test de jeux vidéo, et me voilà !