Quelle belle façon de célébrer un lancement triomphal chez Ubisoft puisqu’alors que Assassin’s Creed Black Flag Resynced (dont vous pourrez retrouver notre test et notre vidéo-test complets en cliquant ici), le remake tant attendu du classique pirate de 2013, cartonne avec déjà plus de deux millions d’exemplaires vendus et des critiques élogieuses, la compagnie a trouvé le moyen idéal de marquer le coup : en licenciant 51 salariés du studio de Barcelone, dont une bonne partie avait contribué au succès retentissant du jeu !
Le timing est d’une ironie si savoureuse qu’elle en devient presque comique. Quelques jours à peine après la sortie du soft, saluée pour ses graphismes sublimés, son gameplay naval toujours aussi exaltant et son immersion caribéenne modernisée, les employés d’Ubisoft Barcelona apprennent qu’ils font partie d’une vague de restructuration plus large.
Le studio, qui avait travaillé d’arrache-pied sur ce projet acclamé, se voit privé de nouveau mandat majeur. Place désormais à une focalisation exclusive sur la franchise Rainbow Six, tandis que les propositions de nouveaux projets Assassin’s Creed tombent aux oubliettes. Comme le souligne une employée citée par Insider Gaming, « il n’y aura pas de nouveau mandat pour le studio de Barcelone, malgré les propositions d’équipes pour de nouveaux projets AC ».
Cette décision s’inscrit dans un contexte plus vaste de compression des coûts chez Ubisoft. Après les fermetures des studios de Winnipeg et Belgrade, et d’autres vagues de licenciements (plus de 700 postes supprimés en 2026), le géant français continue sa cure d’amaigrissement. Pourtant, Black Flag Resynced bat des records de précommandes et s’impose comme l’un des titres les mieux notés de l’année. On pourrait penser qu’un tel triomphe commercial et critique mériterait des embauches, des primes ou au moins un minimum de stabilité pour les équipes. Au lieu de cela, c’est l’équivalent d’une fête de lancement remplacée par des lettres de licenciement et une petite collation de consolation. Un employé anonyme parle même d’un « schéma de maltraitance constante » au sein de l’entreprise.
Le sarcasme atteint son paroxysme quand on réalise que ces 51 personnes, souvent des vétérans du studio, ont contribué à redonner vie à un jeu iconique qui continue de séduire des millions de joueurs. Pendant que les fans naviguent joyeusement à bord du Jackdaw revisité, les développeurs se retrouvent sur le marché du travail. Ubisoft, dans sa grande mansuétude, évoque des « raisons structurelles » et une volonté de « simplifier » les opérations. Traduction : même un carton commercial ne protège pas des coupes budgétaires. Le studio barcelonais, qui avait déjà connu des grèves pour défendre ses droits, voit ses espoirs d’un nouveau projet Assassin’s Creed s’évaporer comme la brume matinale sur les îles tropicales du jeu.
Ce cas illustre à merveille les paradoxes de l’industrie vidéoludique contemporaine. D’un côté, les blockbusters se multiplient avec des budgets pharaoniques et des campagnes marketing agressives ; de l’autre, les talents qui les rendent possibles sont traités comme des variables d’ajustement. Black Flag Resynced avait pourtant tout pour réussir : nostalgie, modernité technique et un gameplay naval toujours aussi addictif. Mais pour Ubisoft, le succès se mesure apparemment en économies réalisées plutôt qu’en fidélisation des équipes.
Les employés touchés, dont une QA/QC lead avec sept ans d’ancienneté, expriment à la fois de la gratitude pour les années passées et une profonde amertume face à cette fin abrupte. Des grèves ont été organisées, réclamant une protection des emplois et un nouveau mandat clair. Pendant ce temps, les joueurs continuent d’arpenter les mers virtuelles, ignorant souvent le prix humain derrière les pixels. En définitive, cette affaire révèle les failles d’un modèle où les studios sont sacrifiés sur l’autel de la rentabilité à court terme. Ubisoft promet de « récompenser » les succès, mais semble surtout expert en récompenses amères. Les fans de Black Flag peuvent se consoler : leur jeu chéri navigue toujours, même si une partie de son équipage a été jetée par-dessus bord. Une ironie amère qui en dit long sur l’état actuel de l’industrie.

















