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Quatre ans après la sortie du très controversé Resident Evil 6, le 7ème opus voit enfin le jour, après une remarquable campagne publicitaire et une démo qui aura passionné les foules. Il faut dire que Capcom change radicalement son shotgun d’épaule pour le coup, puisqu’il opte pour un survival à la première personne censé nous filer une frousse bleue en renouant avec les racines de la saga. Le développeur va-t-il réussir son pari de mettre à nouveau tout le monde d’accord au sujet de sa franchise phare ? Sortez vos herbes vertes et venez le découvrir avec nous dans ce test !

Toute ma jeunesse et… mes cauchemars !

« La famille Baker vous invite à goûter la bonne cuisine de maman… »

Mon histoire d’amour avec la série des Resident Evil remonte à mon enfance, à l’époque où un Zombie tout polygoné suffisait à me filer une frousse d’enfer. Je n’avais jamais rien connu de tel auparavant. Les sentiments d’isolement et d’impuissance que le tout premier titre de la saga me faisait ressentir, à moi mais aussi à des millions d’autres joueurs de par le monde, ont quasi instantanément propulsé le soft parmi les classiques vidéoludiques. Suivirent bien entendu Resident Evil 2, considéré par beaucoup de fans comme étant le meilleur volet de la série, puis Resident Evil 3, lequel venait clôturer avec maestria la trilogie sur Playstation One.

Cela-dit, même un fan invétéré comme moi n’a pu s’empêcher de grincer des dents face aux derniers volets numérotés, j’ai nommé Resident 5 et 6. Ces deux jeux ont marqué un changement de style flagrant, lorgnant plus du côté d’un Call of Duty ultra scripté ou d’un Gears of War bardé de testostérone en lieu et place d’un vrai survival horror comme ceux qui nous faisaient tellement vibrer par le passé. Alors autant vous le dire honnêtement : j’avais totalement perdu la foi qu’un jour Capcom revienne aux racines de la franchise. Et pourtant…

Un mec lambda contre… une armée de monstres !

Resident Evil 7 suit le périple d’Ethan Winters, personnage principal assez banal, cherchant sa femme Mia qu’il pensait morte depuis trois ans. Ethan a en effet reçu un mail de cette dernière, lui disant d’aller la chercher en Louisiane, dans la ferme des Baker. Notre héros ne se doute alors pas de l’enfer qui l’attend lorsque il arrive dans la petite ville de Dulvey, en quête de réponses…

« Coucou! Ce beau-gosse fait partie du bestiaire qui vous pourchassera… »

Si ce scénario n’est pas sans rappeler un certain Silent Hill 2, nous ne sommes pas non plus trop loin de ce qui a fait la célébrité du premier Resident Evil. En effet, on en sait peu, très peu sur le récit lorsque l’on commence le jeu. Tout au plus se raccroche-t-on à un objectif assez vague mais pour le reste, c’est le saut complet dans l’inconnu, que vous soyez fans de la saga ou non. Bien-entendu, au fur et à mesure, la trame narrative se forme inexorablement, mais la chose est savamment amenée par des fichiers et autres clichés trouvés un peu partout dans la résidence des Baker, tout comme au travers de quelques indices évasifs durant les dialogues et autres cinématiques. Tendez l’oreille !

Le plus beau avec ce récit entièrement « nouveau », c’est que même ceux n’ayant jamais touché à un Resident Evil de leur vie n’auront aucun mal à s’investir dans l’aventure du soft et à tout comprendre. Alors oui, ResidentEvil 7 fait partie de la continuité canonique de la licence, et beaucoup d’éléments le relient à ses prédécesseurs, mais il réussit le tour de force de nous conter une histoire qui tient debout toute seule au final. De fait les personnages, surtout les excentriques Bakers, sont très intéressants et vous feront transpirer à grosses gouttes bon nombre de fois. Il faut aussi noter que, à l’instar du tout premier jeu, plusieurs fins sont possibles pour une bonne replay value… à vous de ne pas finir en pâture au « Bad Ending » donc !

Faire du neuf avec du vieux

« Une bâtisse qui rappellera forcément le Manoir Spencer »

L’action de Resident Evil 7 prend place dans une énorme résidence, un manoir aux allures de villa Spencer, au beau milieu du bayou de la Louisiane. Une bonne partie du jeu consistera donc à explorer ce lieu gigantesque, parsemé de pièges et de mystérieux mécanismes. Enfin, « explorer » est peut-être un mot un peu faible puisque vous vous rendrez vite compte de la nécessite d’apprendre par cœur chaque infime recoin de la maison. En effet, les ressources et autres munitions y sont vicieusement cachées, et il vous faudra impérativement retenir la disposition des pièces pour planifier une échappatoire en cas de danger. Au bout de quelques heures, vous connaîtrez ainsi la bâtisse comme votre propre demeure! Et c’est là, quand vous penserez finalement que vous maîtrisez votre environnement… que le jeu vous mettra des bâtons dans les roues en vous emmenant dans une zone totalement nouvelle !

C’est justement dans cet aspect que Resident Evil 7 réussit avec brio là où ses deux prédécesseurs ont lamentablement échoué. Vous allez vous sentir fréquemment complètement dépassé et le sol n’arrêtera pas de se dérober sous vos pieds. Il faut dire qu’Ethan est loin d’être un combattant né. Il ne fait pas partie d’une force spéciale d’élite et n’est pas un policier surdoué non plus. Il s’agit juste d’un gars comme tant d’autres, obligé de suivre son instinct de survie pour ne pas finir en bouillie. De fait, quand les Baker seront à vos trousses ou que d’autres menaces se dresseront contre vous, la meilleure solution restera très souvent de prendre vos jambes à votre cou ! C’est là que la mémorisation de la carte de la plantation vous sera utile car si vous ne savez pas comment éviter les ennemis, vous tomberez vite à court de précieuses munitions et d’objets de soin. Et croyez-moi, c’est la dernière chose que vous voulez !

Un revolver oui, mais pas de FPS en vue !

 » Parmi la pléthore d’armes, le bon vieux shotgun! »

Oui, vous avez bien lu. Il y a des munitions dans Resident Evil car vous aurez… des flingues. Le combat reste en effet une option viable dans certaines situations. A noter que chaque arme que vous vous procurerez dans le soft disposera de sa maniabilité particulière. Par exemple, le pistolet, bien que peu puissant, vous proposera une visée plus juste, vous permettant de démembrer les monstres plus vite. Le fusil à pompe, quant à lui, sera plus utile si plusieurs adversaires s’agglutinent autour de vous, etc…

Visuellement les impacts de balle sont plus que satisfaisants, notamment lorsque vous réussissez des headshot, ce qui est presque obligatoire pour tuer une majorité des ennemis. Vous serez ainsi récompensé par un éclat bien gore qui sonnera presque comme une mélodie de la victoire à vos yeux ! Mais ne vous y trompez pas, nous ne sommes pas dans un FPS pur et dur et ce style de gameplay est totalement inspiré de Resident Evil premier du nom. Vous serez ainsi confronté à un nombre limité de combats, mais dont la difficulté sera souvent très corsée et vous placera dans des situations où votre mobilité sera diminuée à cause de la géométrie des lieux. Le but est simple : même armé, vous devez vous sentir « fragile ».

Chut, c’était quoi ce bruit ? Je ne vois… RIEN !

« La Louisiane, si paisible… quoique… »

Si jusqu’à présent ce septième volet était bien parti pour faire un sans faute, il souffre néanmoins d’une certaine controverse à cause de sa représentation à la première personne. En effet, beaucoup de fans accusent Capcom de vouloir suivre une mode actuelle, s’inspirant un peu trop d’Outlast ou encore de P.T (repose en paix). Si on ne peut pas totalement démentir ces accusations et que l’on se doute que Capcom a profité de l’annulation de Silent Hills pour se lancer avec plus d’assurance sur le même créneau, on doit bien avouer que la vue à la première personne nous rapproche encore plus de ce qui nous faisait si peur dans la trilogie Resident Evil : la limitation de perspective !

Vous vous souvenez quand vous aviez peur d’avancer dans le manoir du tout premier jeu car la camera fixe dissimulait volontairement certains coins du décor ? Qu’est-ce qui pouvait se cacher là, juste devant vous, mais que vous ne pouviez pas voir ? Comment éviter ce que l’on ne pouvait pas savoir ? Et c’était encore pire lorsque vous pouviez entendre les gémissements des zombies, dans la même pièce que vous ! Et bien Resident Evil 7 limite cette perspective encore d’avantage, car vous aurez rarement une vue d’ensemble des endroits que vous visiterez. Les mouvements de votre personnage sont de plus relativement lents, ce qui ajoute une couche de tension, de la même manière que les commandes façon « tank » des premiers Resident Evil qui vous obligeaient à planifier vos esquives très prudemment. Après tout, vous ne savez jamais quand un monstre pourrait se glisser dans votre dos…

L’horreur qui se cache en vous

« La modélisation des visages nous laisse bouche bée! Terrifiant! »

Graphiquement, il n’y a absolument rien à redire. Resident Evil 7 est l’un des plus beaux titres du moment sur PS4 et Xbox One. Les environnements sont extrêmement riches et vivants, remplis de détails et de petites choses qui rendront l’exploration excitante. Cependant, qui dit richesse dit… chargement ! Banco puisque les loadings sont parfois très longs, notamment lorsque vous voudrez regarder une VHS. De même, certaines textures ont parfois du mal à se charger, nous laissant voir leur modèle ultra-pixélisé pendant quelques secondes. C’est un petit bémol certes, mais ce dernier peut occasionnellement vous sortir de l’immersion. Heureusement, tout le reste est d’une grande beauté, allant des modèles des personnages, avec une mention honorable pour les expressions faciales, jusqu’aux animations très réalistes qui vous donneront l’impression de regarder un film. Ajoutez à cela le fait que vous serez éblouis, sans jeu-de-mots, par les effets d’éclairage et de lumières, tandis que les ombres figurent parmi les plus réussies que j’aie jamais vues dans un jeu vidéo, et vous comprendrez que le nouveau moteur 3D mis au point par Capcom pour concrétiser sa vision a de beaux jours devant lui.

Mais toute cette maîtrise visuelle ne serait rien sans un bon accompagnement audio, car Resident Evil 7 c’est avant tout une ambiance et une tension qui ne vous lâcheront à aucun moment du jeu. La maison des Baker est constamment en train de craqueler, remplie qu’elle est de bruits étranges aussi soudains qu’énigmatiques. A plusieurs reprises, ces derniers m’ont même dissuadé d’entrer tout de suite dans une pièce, de peur d’y trouver la source du bruit en question. C’est une façon d’inviter la crainte à notre aventure de manière très efficace, et elle sera utilisée de manière créative jusqu’au bout. Enfin, histoire de garder l’immersion constante tout au long du cauchemar, le doublage a été réalisé en plusieurs langues, dont une version française très soignée et convaincante à souhait !

« Des effets de lumière et d’ombre tout bonnement sublimes! »

Mais malgré tous ces éloges, le jeu n’est pas parfait et le soft n’évite pas quelques écueils issus directement de ses grands frères. Ainsi, ResidentEvil 7 propose d’affronter une poignée de boss, et autant vous dire que ces séquences sont clairement la partie la moins intéressante de l’ensemble. Elles brisent la tension pour vous lancer dans des confrontations bourrines et « presque » épiques que vous verrez arriver de loin, vu qu’avant chacune de ces rencontres, on vous abreuvera littéralement dans de véritables fontaines à boss ! Des munitions par dizaine, des kits de soin à ne plus savoir qu’en faire, … tout ça pour pouvoir battre l’opposant du moment. Vous vous retrouverez donc à vider des chargeurs sur ces adversaires jusqu’à ce qu’ils tombent, sans réelle stratégie à suivre (excepté pour l’un des boss en particulier). Heureusement, hormis ces petits cafouillages, les éléments « d’infiltration » et le côté survival sont parfaitement balancés. Vous aurez ainsi toujours le choix dans votre manière d’avancer… Mais gardez un œil sur vos ressources !

Le renouveau du cauchemar ?

Resident Evil 7 emmène la série dans une direction surprenante, et on aime ça ! Comprenez-moi bien… Resident Evil est une franchise vieille de 20 ans et elle a bien entendu vécu des changements qui étaient logiques selon l’époque, mais pas forcément cohérents avec le matériau de base. Aujourd’hui, le bouleversement s’opère d’une façon plutôt intelligente, un peu comme si vous mettiez un robot dans une machine à remonter le temps à destination du Moyen-âge. Resident Evil 7 se présente donc ainsi comme un jeu très old-school mais avec des codes nouveaux, plus contemporains. La vue à la première personne va sans doute en rebuter plus d’un, mais c’est une évolution qui est complètement en accord avec le monde que l’on nous présente. On espère donc vivement que la série va continuer dans ce sens, car je suis totalement conquis par ce retour aux sources en tant que fan… mais aussi en tant que joueur tout court !

La bande-annonce

Réalisation: 18/20

Graphismes somptueux, décors riches, vivants, et modèles de personnages très réalistes, Resident Evil 7 est confectionné avec brio! Un retour en force du savoir-faire made in Capcom qui est quand même, rappelons-le, une firme légendaire. Certes, parfois les textures prennent du temps à s’afficher et les chargements sont, par moments, affreusement longs, mais si l’on met de côté ces bévues, on se retrouve avec un soft soigné jusqu’au plus infime détail. Pour ne rien gâcher, l’animation est fluide à souhait pour ne jamais briser l’immersion en plein cœur… du cauchemar.

Gameplay/Scénario: 18/20

Que ce soit pour le gameplay ou pour le scénario, ces deux éléments s’offrent un petit voyage temporel et nous ramènent à une époque où les Survival Horror nous filaient la frousse ! Bien sûr, quand le tout est emballé dans un contexte next-gen, le plaisir en est décuplé. L’histoire est ainsi mystérieuse à souhait et vous devrez en comprendre les subtilités par vous-même. Côté gameplay, c’est simple et efficace à la fois. Tout est conçu pour mettre en emphase le fait que vous ne jouez pas un militaire vétéran et bourrin, mais un gars ordinaire, sans véritable expérience du combat. Et ça, c’est magique.

Bande-Son: 18/20

Sans être toujours présente, la bande-son du jeu est très sombre et orchestrale, comme il se doit. Je me passe d’ailleurs souvent le thème de la salle de sauvegarde, relaxant à souhait et offrant un moment de répit dans l’horreur qui vous attend… Côté doublage, la version française est plus qu’efficace mais je vous conseille tout de même la version anglaise sous-titrée pour une première partie, histoire d’avoir le rendu sonore et émotionnel voulu par les créateurs du jeu avant tout !

Durée de vie: 17/20

Vous commencerez le jeu avec un choix de difficulté : facile ou normal. Une fois le soft fini dans ce dernier mode, vous débloquerez la difficulté « Survivant » qui promet d’être encore plus corsée ! Il y a énormément à faire dans le jeu : des pièces à collectionner qui vous permettront de débloquer armes et améliorations, des « Monsieur Partout » à exploser pour bénéficier d’une « surprise », sans parler des trophées variés qui vous feront notamment passer par l’épreuve du speedrun en vous demandant de terminer l’aventure en moins de 4 heures ! Ajoutez à cela deux fins possibles et vous obtenez une durée de vie plus que convenable en sachant qu’à l’époque, un Resident Evil moyen se terminait facilement en 6 ou 7 heures. Ici, il m’en a fallu 10 lors de ma première partie !

Note Globale N-Gamz.com: 18/20

Après de nombreuses années à attendre le retour du messie de l’horreur, Resident Evil nous revient drapé de sa plus belle robe de Survival Horror ! La vue à la première personne fait ainsi des merveilles pour l’immersion, et il s’en dégage un feeling très frais pour la saga, tout en restant délicieusement old-school dans ses conventions. De plus, les changements continuels de rythme entre action et horreur pure rendent le titre mémorable et émotionnellement profond à jouer. Alors est-ce qu’il s’agit du meilleur Resident Evil de tous les temps ? Non, bien sûr, mais c’est sans l’ombre d’un doute l’un des plus excellents !



About the Author

Snakethoot
Snakethoot

Je baigne dans la culture vidéoludique depuis ma plus tendre enfance, elle m’a façonné, elle m’a donné le goût pour les passions qui m’animent aujourd’hui. J’accorde la plus grande importance à chaque détail, aussi infime soit-il, pour être certain de saisir tout l’arôme que l’expérience d’un jeu-vidéo peut m’amener (Appelez-moi le romantique virtuel…). Cosplayeur à mes heures perdues, mon dévolu se jette aussi sur le septième art, les comics et la musique. Les passions comme les avis sont faits pour se partager et se discuter, ne soyez pas timides!