Review

Elle en aura connu des genres, la franchise Pokémon. Du jeu de rôle traditionnel, la poule aux oeufs d’or de Nintendo et Game Freak sera passée par la case dungeon RPG, baston, puzzle game et même par la simulation de photographe (Pokémon Snap sur Nintendo 64, que de souvenirs). Décidément pas farouche au changement et aux expérimentations, le monde des Pokémon se décline cette fois-ci en jeu d’enquêtes grand public, façon Professeur Layton et Phoenix Wright. Ce Détective Pikachu mérite-t-il de devenir notre compagnon attitré ou de pourrir au fond d’une Pokéball ? Verdict.

Pika Pika…ou pas

« Un Pikachu à la voix virile et accro au café ? Nintendo l’a fait! »

Pas question cette fois d’endosser le rôle d’un quelconque gamin esclavagiste atteint de collectionnite aiguë; dans cette aventure, vous serez Tim Goodman. Comme l’indique très subtilement son patronyme, Tim est un bon gars, courageux et malin comme tout. Le jeune homme est de passage dans la métropole de Ryme City afin d’enquêter sur la disparition de son paternel, Harry Goodman, qui s’est mystérieusement évaporé suite à un accident de voiture. Tim fera rapidement la connaissance du partenaire de son détective de père, un Pikachu affublé d’un chapeau, d’un sale caractère…et de parole. Tim étant le seul à pouvoir le comprendre, il n’aura d’autre choix que de former un duo avec ce Sherlock taille mini pour pouvoir, enfin, prétendre à des retrouvailles avec son papa chéri.

Classique, le scénario fonctionne surtout grâce au caractère complémentaire des deux personnages, façon buddy movie. Ne vous attendez pas à retrouver le joyeux Pikachu s’exprimant à coup d’infatigables « Pika Pika »: le spécimen ici présent est de mauvaise foi, accro au café et incapable d’effectuer la moindre attaque éclair. Comble du contre-emploi, il s’exprime cette fois avec une grosse voix bien virile (en anglais sous-titré). Et, très étrangement, cela fonctionne, et pas qu’un peu ! Extrêmement attachant, cet étrange Pikachu est le premier atout de ce jeu d’aventures. Mais peut-on être aussi enthousiastes vis-à-vis du gameplay du titre ?

Questionnez-les tous !

Découpée en neuf chapitres, l’aventure vous verra résoudre des affaires aussi diverses qu’un vol de bijoux ou l’apparition soudaine d’une brume amenant avec elle des Pokémon blessés. On ne vous demandera évidemment pas d’enquêter sur des meurtres, univers familial oblige, mais le jeu évite en grande partie le piège de la niaiserie. Le fil rouge liant les différentes affaires, une substance rendant les Pokémon surpuissants et hors de contrôle, parvient à maintenir l’attention.

« Comme dans un bon vieil épisode de Scooby Doo, chaque enquête se terminera par la révélation du coupable, en présence de tous les suspects. »

Après quelques chapitres un peu trop plats pour réellement convaincre, le titre gagne en intensité et propose de vraies bonnes enquêtes, même s’il se révèle généralement prévisible.

Ce qui découragera sans aucun doute les moins jeunes d’entre vous, c’est la structure ultra-répétitive du soft (proposé au Japon comme jeu épisodique, ceci pouvant expliquer cela). Chaque enquête vous verra interroger des tonnes de témoins, jusqu’à ce que vous possédiez assez d’éléments pour faire jouer votre sens de la logique et établir le lien entre les différents témoignages. Point assez frustrant, il faudra absolument récolter tous les indices avant de pouvoir aller de l’avant, là où, bien souvent, on connaît déjà la réponse depuis de très longues minutes.

Quelques QTE pointent également le bout de leur nez et ne manqueront pas de faire grincer des dents les détracteurs habituels de ce genre de mécaniques. Non punitifs (les louper ne fera que changer très légèrement le déroulement), ils permettent d’injecter un peu de punch dans certaines cinématiques, par ailleurs très réussies. Parce qu’au niveau réalisation, Détective Pikachu a de sacrés arguments à faire valoir.

Une beauté électrique

Au niveau de la réalisation, le studio Creatures ne s’est pas moqué du monde; rarement les Pokémon n’auront autant été mis en valeur. Chaque bestiole rencontrée a droit à son gros plan ainsi que son descriptif et la modélisation est exemplaire. Les animations lors des cinématiques ne sont pas en reste et le jeu revêt parfois des allures de dessin animé interactif, se montrant même plus convaincant par endroits que la série animée.

« Des scènes d’action à base de QTE viendront rythmer l’aventure. »

Le prix à payer pour autant de soin visuel, ce sont, premièrement, de très, très grosses saccades intervenant lors de certains plans trop chargés en détails, faisant souffrir la petite 3DS, à qui l’on en demande beaucoup. Et deuxièmement, un aliasing assez prononcé déconcertant au premier abord, auquel on finit par s’habituer tant bien que mal.

Cela n’empêche pas que cet univers si familier semble plus vivant et réel que jamais, et c’est un plaisir de voir les Pokémon abandonner leur rôle de simples gladiateurs. Votre acolyte Pikachu vous permettant de discuter avec les autres créatures, c’est une autre facette du lien entre humains et Pokémon qui est mise en avant et rend ce petit monde très attachant.

Avec tout le soin apporté à la réalisation et à la trame, quel dommage que le scénario se termine en queue de Magicarpe, en laissant les questions les plus importantes sans aucune réponse. Il ne reste plus qu’à espérer une suite, qui sera sans aucun doute mise en chantier si le succès est au rendez-vous pour l’adaptation au cinéma d’ores et déjà prévue pour 2019. Et, si elle est aussi soignée que son modèle, on a franchement hâte de voir le résultat.

La Bande-Annonce

Réalisation: 15/20

Des Pokémon modélisés avec soin, des animations aux petits oignons lors des cinématiques, des décors variés et détaillés: le travail abattu par le studio Creatures force le respect. Mais tout cela a un prix: entre un aliasing très prononcé et de très grosses saccades, on sent que la 3DS est à bout de force.

Gameplay/Scénario: 15/20

Jeu d’enquêtes taillé sur mesures pour un jeune public, Détective Pikachu n’impressionnera pas les vieux briscards du jeu d’aventure. Les fans de Layton et Phoenix Wright, pour ne citer qu’eux, apprécieront tout de même la formule, convenue mais efficace. Le scénario et les dialogues, très soignés, aboutissent à un final très décevant, laissant en suspens un trop grand nombre de questions. Une suite, vite !

Bande-Son: 14/20

La bande originale, très répétitive, n’a pas grand chose de marquant à offrir. On louera par contre le travail des doubleurs (en anglais sous-titré), en particulier celui donnant son timbre rauque au Pikachu le plus décalé du Pokémonverse. Et peut-être le plus attachant.

Durée de vie: 13/20

Les neuf chapitres se boucleront en douze petites heures, et on aura bien du mal à y revenir, de par l’absence de bonus qui auraient pu allonger la sauce.

Note Globale N-Gamz: 14/20

Peut-être trop simpliste pour les vétérans du genre, Détective Pikachu est, pour les jeunes joueurs, une porte d’entrée idéale vers les jeux d’enquête, bien écrite et utilisant adroitement son univers archi-connu. On le conseillera également aux plus grands désirant découvrir la franchise avec un œil nouveau, à condition de savoir dans quoi ils mettent les pieds.



About the Author

Guib
Guib
Accro (mais sainement ; et oui, amis journalistes, c’est possible) aux jeux vidéo depuis le jour où j’ai reçu ma Super Nintendo accompagnée de Super Mario All Stars à l’âge de 6 ans, je suis passionné par les jeux de plate-forme, mais pas uniquement. Peu importe le genre, je suis surtout intéressé par les titres qui ont une âme et qui dégagent une réelle personnalité. Quelques-uns de mes jeux cultes : Yoshi’s Island, Beyond Good & Evil, Ico et les jeux Rockstar (oui, ça tranche avec le reste mais ces gars-là m’ont rarement déçu). J’ai aussi une petite faiblesse moins avouable pour les jeux nanars descendus par la plupart des testeurs, mais chut. Etant fan de cinéma fantastique et écrivant depuis quelques mois des critiques de films, j’ai eu envie de me diversifier et de me lancer dans le test de jeux vidéo, et me voilà !