Les derniers résultats financiers de Capcom pour le premier trimestre de l’exercice 2027 (clos le 30 juin dernier) jettent une lumière crue sur le décalage grandissant entre le brouhaha des réseaux sociaux avec le mouvement No Disc, No Buy et les comportements d’achat réels des joueurs. Selon le rapport officiel de l’éditeur japonais, 93,3 % de ses jeux vendus (PC et consoles confondus) sont… numériques ! Les ventes physiques ne représentent plus que 6,7 % !
Ces données, largement relayées et commentées, notamment via le post de Genki_JPN qui détaille la répartition — 60,4 % de ventes numériques sur PC, 32,9 % sur consoles et 6,7 % en physique sur consoles — confirment une tendance déjà observée sur l’exercice précédent, où le digital atteignait déjà 93 %. Capcom anticipait même une progression vers 95,4 % pour l’année en cours.
Isolée aux seules consoles, la part du numérique reste écrasante : environ 83,1 %. Le PC, quasi intégralement digital, tire clairement la locomotive. À noter que Capcom comptabilise les Game Key Cards de la Switch 2 comme des ventes numériques, ce qui, loin de fausser le tableau, reflète simplement la réalité du support hybride actuel.
Dans ce contexte, le mouvement « No Disc, No Buy », né principalement en réaction à l’annonce de Sony d’arrêter la production de disques physiques pour les nouveaux titres PlayStation à partir de janvier 2028, apparaît de plus en plus déconnecté. Pétitions amassant des centaines de milliers de signatures, appels au boycott, « blackouts » planifiés en août, avalanches de commentaires indignés sous chaque publication officielle… Les réseaux sociaux amplifient considérablement le volume sonore de cette frange de joueurs attachés au support physique. Pourtant, les chiffres de Capcom, l’un des éditeurs les plus performants de l’industrie (avec des succès récents comme Resident Evil Requiem, Pragmata ou le catalogue Devil May Cry et Monster Hunter), démontrent que la grande majorité des gamers a déjà tranché. Ils votent avec leur portefeuille, et ce vote est massivement numérique.
La commodité, les promotions permanentes, l’accès immédiat au back-catalogue (qui représente près de 89 % des unités Capcom ce trimestre) et la disparition progressive des contraintes logistiques l’emportent largement sur les arguments de collection, de revente ou de préservation pure. Même si le physique conserve une valeur sentimentale et pratique pour une minorité non négligeable (surtout pour les éditions collector ou les titres très attendus), prétendre que cette minorité incarne « la voix des gamers » relève de l’illusion d’optique créée par les algorithmes.
Le ridicule du mouvement ne réside pas dans son attachement légitime à la propriété physique, mais dans sa prétention à incarner une majorité silencieuse alors que les données de marché, trimestre après trimestre, prouvent le contraire. Capcom n’est pas un cas isolé : la transition digitale est structurelle, accélérée par le PC, les promotions et les habitudes de consommation. Tant que les portefeuilles continueront de privilégier le digital, les éditeurs et constructeurs suivront cette réalité économique, quelles que soient les tempêtes virtuelles. La vraie majorité ne gueule pas le plus fort ; elle achète simplement ce qui lui convient.

















