Review

Sorti en 1989 sur Amiga avant d’être porté sur d’innombrables plateformes et de connaître deux suites, Shadow of the Beast a marqué les mémoires pour ses graphismes impressionnants, sa bande originale magnifique et, surtout, une difficulté ahurissante, même pour l’époque. Visiblement tombés amoureux de la franchise, les développeurs du studio Heavy Spectrum nous en livrent une relecture exclusive à la PS4. Un énième reboot d’une vieille licence donc… Pour une vraie bonne surprise ?

Aarbron: la brute et le truand

Enchaîné et prêt à tout détruire... vous allez vite vous rebeller!

Enchaîné et prêt à tout détruire… vous allez vite vous rebeller!

Enlevé tout bébé par le maléfique Maletoth, l’humain Aarbron s’est transformé en créature meurtrière à la solde du mal, bête enchaînée enchaînant les massacres bien malgré lui. Lors d’une de ces virées mortelles, Aarbron trucide sans le savoir son propre père et est pris d’une vision qui lui révèle son passé. Entrant dans une rage folle qui lui permet de rompre ses liens, la bête devra encore une fois semer la mort sur sa route, pour se débarrasser une bonne fois pour toutes de Maletoth.

Beat’em’all brutal saupoudré de plateforme, Shadow Of The Beast rend hommage au jeu original à travers de nombreux détails et éléments à débloquer qui feront plaisir aux fans de l’époque, mais est-ce que le soft de Heavy Spectrum possède suffisamment d’arguments propres pour séduire les néophytes ?

Bête’em’all

En bon monstre sanguinaire, Aarbron ne fera jamais dans la dentelle

En bon monstre sanguinaire, Aarbron ne fera jamais dans la dentelle

Beat’em’all vu de côté, cette nouvelle mouture laisse la part belle aux affrontements bestiaux (généralement en arène fermée) et au scoring. Autant être prévenu: si vous n’êtes pas du genre à vous acharner pour obtenir le score parfait, ce Shadow of the Beast risque de vous laisser sur votre faim. Quelques petites heures vous suffiront à en voir le bout en ligne droite. Pour vraiment en tirer tout le potentiel, il faudra se forcer à maîtriser le système de combat, plutôt bien pensé. En plus des traditionnels combos, Aarbron pourra enclencher une attaque démultipliant son score, remplissant sa barre de vie ou de magie, permettant de déchaîner d’énormes pics embrochant tous les ennemis sur leur chemin. En enchaînant les cadavres, la bête remplira sa barre de sang; une fois chargée, libre à vous d’enclencher une série de QTE de plus en plus difficile à effectuer et tuant instantanément chaque monstre croisant vos griffes dévastatrices. Jouissive mais un poil abusée, cette furie rend les affrontements un peu trop expéditifs pour qui ne cherche pas à la jouer technique. Il le faudra pourtant si l’on souhaite arracher le plus haut rang lors de chaque bataille, rang parfois synonyme d’affrontements cachés; une façon bien vue de motiver encore un peu plus la quête du scoring, décidément au cœur de ce Shadow of the Beast.

Les boss sont bien moins impressionnants à combattre qu'à croiser pour la première fois

Les boss sont bien moins impressionnants à combattre qu’à croiser pour la première fois

Les amateurs de plateforme ne trouveront pas non plus forcément leur compte ici, le soft présentant très peu de challenge et d’originalité de ce côté, l’exploration et les énigmes étant réduites à leur strict minimum, sauf si vous tenez absolument à débloquer tout ce que le jeu a à offrir. Enfin, « offrir », c’est vite dit: ici, tout ou presque s’achète, les points obtenus en fin de niveau se transformant en monnaie d’échange. Des améliorations pour Aarbron, évidemment, mais également une version émulée du jeu d’origine (avec ou sans vies illimitées) et même les sous-titres pour comprendre les différents protagonistes, parlant tous différents dialectes inconnus.

Étonnamment soigné pour un jeu du genre, le scénario ne livrera donc ses secrets qu’à condition de s’investir un minimum, des explications supplémentaires (à débloquer en brisant des orbes cachées dans les niveaux) étant consultables entre deux virées sanglantes. Frustrant, d’autant plus que le titre regorge de cut scenes envahissantes qui ont tendance à fameusement en ralentir le rythme; quitte à être aussi nombreuses, il aurait été préférable qu’elles nous permettent d’y voir immédiatement clair.

La belle est la bête ?

Sans être d'une beauté renversante, le jeu présente des environnements très travaillés

Sans être d’une beauté renversante, le jeu présente des environnements très travaillés

Le jeu s’en sort très honnêtement d’un point de vue visuel, même si l’on sent qu’il a pâti d’un long cycle de développement (annoncé en 2013, il sort enfin cette année après un report de deux mois), synonyme de certaines animations rigides et de graphismes tout sauf à la pointe. Plus que l’aspect technique, on appréciera surtout certains arrière-plans particulièrement soignés et le travail visuel donnant vie à cet univers, qu’il s’agisse du character design ou des décors, univers qui a sans aucun doute fait l’objet d’un grand soin et d’une vraie passion de la part du studio. Gros point noir en revanche en ce qui concerne les temps de chargement, anormalement longs et capables de saper l’envie aux plus acharnés de recommencer immédiatement un niveau pour améliorer son score.

Pour les nostalgiques, la bande-son du jeu original (à débloquer moyennant finances virtuelles, ici encore) pourra bercer vos pérégrinations si vous le désirez. Simple question de goût, la partition moderne, sans être marquante, n’ayant absolument pas à rougir face à son modèle.

Heavy Spectrum aime le vénérable Shadow of the Beast et tenait vraiment à livrer un témoignage moderne et soigné de cet amour. Ça se voit, ça se ressent… mais malheureusement, ça ne suffit pas à en faire un vrai bon titre. Là où on pouvait espérer un jeu de plates-formes sanglant et défoulant, ce qu’il est également dans une certaine mesure, on se retrouve surtout face à une ode au scoring qui ne saura captiver que les plus persévérants, les autres risquant fort de laisser la bête croupir dans sa tanière une fois le (décevant) boss final décimé.

La Bande-Annonce

Réalisation: 14/20

Loin d’être repoussant, le jeu n’en est pas pour autant une vraie réussite technique, mais vaut tout de même le coup d’œil pour certains arrière-plans magnifiques et une direction artistique soignée.

Gameplay/Scénario: 13/20

Beat’em’all plateformesque, Shadow of The Beast plaira surtout aux fans d’action assidus de scoring, le système de combat pouvant sembler trop basique (ce qu’il n’est pas) et répétitif si on n’y consacre pas réellement son attention. Idem du côté du scénario, intéressant mais qui ne livrera ses secrets qu’à condition d’y investir son temps et son argent virtuel, ce qui n’empêche pas les phases de jeu d’être entrecoupées de cut scenes rompant trop régulièrement le rythme

Bande-Son: 14/20

La bande-son de ce nouvel opus, efficace sans être marquante, côtoie les mélodies du soft original, à débloquer pour les plus nostalgiques.

Durée de vie: 11/20

En ligne droite, l’aventure d’Aarbron se plie en à peine quatre heures. Il faudra évidemment en compter un paquet en plus si vous souhaitez tout explorer, débloquer et viser le score parfait. Les temps de chargement, beaucoup trop longs, et le nombre restreint de niveaux risquent hélas d’éloigner pas mal de joueurs une fois le dernier stage bouclé.

Note Globale N-Gamz.com: 11/20

La note pour ce Shadow of the Beast peut paraître sévère, mais en limitant la quête d’Aarbron à une poignée de niveaux et en comptant sur l’acharnement des joueurs pour augmenter la durée de vie, Heavy Spectrum a fini par accoucher d’une déception, qu’on aurait voulu marquante mais qui sera sans doute très vite oubliée, au contraire de son antique modèle.



About the Author

Guib
Accro (mais sainement ; et oui, amis journalistes, c’est possible) aux jeux vidéo depuis le jour où j’ai reçu ma Super Nintendo accompagnée de Super Mario All Stars à l’âge de 6 ans, je suis passionné par les jeux de plate-forme, mais pas uniquement. Peu importe le genre, je suis surtout intéressé par les titres qui ont une âme et qui dégagent une réelle personnalité. Quelques-uns de mes jeux cultes : Yoshi’s Island, Beyond Good & Evil, Ico et les jeux Rockstar (oui, ça tranche avec le reste mais ces gars-là m’ont rarement déçu). J’ai aussi une petite faiblesse moins avouable pour les jeux nanars descendus par la plupart des testeurs, mais chut. Etant fan de cinéma fantastique et écrivant depuis quelques mois des critiques de films, j’ai eu envie de me diversifier et de me lancer dans le test de jeux vidéo, et me voilà !