Review

Contrairement à ce qu’en disent les détracteurs du genre, tous les mangas yaoi ne se contentent pas d’une vague intrigue propre à justifier la mise en couple de beaux garçons et les ébats qui s’en suivent. Certains au contraire, créent un véritable univers dans lequel l’histoire d’amour s’inscrit et sert de contrepoint. « Maiden Rose » d’Inariya Fusanosuke appartient clairement à la seconde catégorie.

Taki et Claus, un général et son colonel à la passion troublante

Dans un monde fictif en proie à une guerre générale, le jeune et très aristocratique général Taki Reizen mène ses troupes dans un effort désespéré pour préserver son petit pays. Excellent tacticien et adoré par ses hommes, il est épaulé par son chevalier, le colonel Klaus von Wolfstadt lui-même originaire du camps adverse mais ayant tout abandonné pour devenir la propriété de son ami Taki. Une relation menacée par la violence du conflit et la méfiance de leurs alliés envers celui qu’ils traitent de « chien enragé », aussi bien que par la passion sauvage et exclusive de Klaus envers son maître. 

Voilà un bien beau yaoi, possédant toutes les qualités requises pour conquérir un vaste public, à commencer par un dessin magnifique, aussi attrayant d’un point de vue esthétique que technique. L’auteur ne s’encombre que rarement de décors, préférant clairement gommer cet aspect pour mieux travailler son ambiance et par là-même développer son sujet. Les scènes de bataille sont pesantes et confuses, toutes d’explosions, de mouvements et de fumée, donnant plus un ressenti qu’une description de l’action et fournissant un écrin puissant pour exprimer l’aspect féroce et parfaitement complémentaire des deux protagonistes. Il y a aussi les nombreux jeux de regards/d’expression entre les personnages qui présentent tous une façade granitique à autrui et dont les véritables émotions transparaissent dès lors qu’ils ne se sentent plus observés. Enfin le moment présent est entremêlé de constants flashbacks transformant le récit en une trame complexe mais passionnante. 

Une relation maître/esclave plus qu'ambigüe

Tout ceci ne serait évidemment pas suffisant si les personnages de Taki et Klaus n’étaient pas aussi prenants car ils sont le cœur de l’histoire. D’abord présentés comme deux opposés -le frêle mais superbe et fier Taki et son antithèse Klaus, grand baraqué au visage brutal- réunis par une relation maître/esclave, on comprend vite qu’il ne s’agit que d’une apparence. Car dans l’ombre de l’alcôve la relation s’inverse et Klaus tente d’imposer son amour à Taki par une possession absolue à laquelle celui-ci n’a pas le droit de s’abandonner. Il devient évident que ces sentiments passionnés sont partagés mais muselés par une guerre cruelle qui force chacun à assumer jusqu’au bout ses responsabilités au détriment de ses aspirations profondes. On se laisse alors complètement emporter par la peinture de ces deux destins qui se révèlent petit à petit et par les dilemmes qui les déchirent. 

Si le thème du SM est plus que courant dans le yaoi, rares sont les récits qui tiennent compte du principe même d’une telle relation, à savoir que la situation repose sur le besoin des deux protagonistes et que les places de dominant et de dominé sont bien plus ambigües qu’il n’apparait. « Maiden rose » parvient à jouer sur ce paradoxe, le nourrissant de frustration et de stoïcisme. La dernière page tournée, on se retrouve à attendre le volume 2 de cette série avec impatience. Voici définitivement un manga qui se doit de faire partie de toute « yaoithèque » se respectant!

Note Globale N-Gamz: 5/5



About the Author

Almathea

Recette de l’Almathea. Prenez 30 années à regarder, aimer et défendre la japanimation. Mélangez avec autant d’années de cinéphilie orientée vers le fantastique et l’horreur. Ajoutez une pincée de cosplay, une bonne louche d’attrait pour le yaoi plutôt pas mignon, 200 kilos de mangas et un grand zeste de vampires. Enfin, faites mijoter le tout dans une casserole de regard critique sur le monde pendant au moins 37 ans. Bon appétit :D
Mes opinions ne sont pas universelles, aussi ne serons-nous pas toujours d’accord. Mais je suis toujours partante pour un débat constructif dans la bonne humeur. Alors n’hésitez pas ;)