Review

Après nous avoir offert l’excellent Moonlight Mile, Yasuo Otagaki s’allie avec C.H.Line au dessin pour nous dépeindre les horreurs d’une guerre futuriste dans toute son atrocité, inspirée du jeu vidéo éponyme: Front Mission (Squaresoft). La vie des reporters de conflits est mise en évidence pour un résultat qui ne peut que faire réfléchir les plus blasés d’entre vous, nourris au Modern Warfare et autres Battelfield. Attention, âmes sensibles s’abstenir car dans moins d’une centaine d’années, on règlera nos différents via d’énormes exosquelettes suréquipés: les wanzers! Autant vous dire que niveau dégâts de masse, on ne va pas faire dans la dentelle!

Les Wanzers sont l'arme de guerre ultime du conflit USN-OCE, et la marque de fabrique des Front Mission

Tokyo, 2090. Le reporter Akira Matsuda reçoit un ordre d’affectation de la chaîne NNTV pour remplacer la belle Leona Kurihara, envoyée spéciale dépêchée sur l’île d’Huffman. Il devait s’agir d’une relève de routine, sur une île qui connaît un cessez-le-feu depuis une vingtaine d’années. En effet, depuis l’émergence d’Huffman de l’océan pacifique, au XXème siècle, deux super-puissances se battent pour son contrôle: l’USN, qui réunit tout les pays du continent américain, et l’OCU, qui représente le bloc océanique. Pourquoi? Pour la richesse minérale naturelle de l’endroit, véritable corne d’abondance ayant permis l’essor des plus grandes industries de chacun des camps. Il y a vingt ans, un premier conflit a éclaté entre ces deux mastodontes, résultant en des milliers de victimes et une séparation nette de l’île en deux parties, Est et Ouest, via une frontière barbelée. Ça rappelle étrangement la Corée ou Chypre, non? Toujours est-il qu’à peine arrivé sur Huffman, côté OCU, et après avoir fait la connaissance de Leona et du photographe freelance Kenichi Inuzuka, notre reporter remplaçant se retrouve en plein cœur d’un nouveau conflit. La guerre s’amorce dans toute son horreur, et l’instinct de survie devra reprendre le dessus, dans tout ce que cela peut impliquer…

Ce condensé d’infos et d’émotions nous est livré de main de maître par une narration qui ne s’essouffle aucunement

Front Mission Dog Life & Dog Style, nous présente avec une précision chirurgicale les monstruosités d’un conflit armé. Les morts par dizaines, le désespoir des survivants, la drogue pour tenir le coup, la perfidie du corps armé de chaque puissance et les tribulations politiques qui n’ont que faire des vies humaines en jeu. Ce condensé d’infos et d’émotions nous est livré de main de maître par une narration qui ne s’essouffle aucunement, et parvient à ne jamais lasser le lecteur par un trop plein de texte. Tout est savamment orchestré pour qu’on s’attache aux protagonistes, traités ici de façon réaliste, que ce soit dans leur psyché et dans le style de dessin très loin de l’archétype manga habituel. Idem pour les décors ultra détaillés et les quelques séquences chocs qui risquent de vous remuer les tripes. Mais la principale réussite de ce premier tome est sans conteste le personnage de Kenichi Inuzuka, véritable fantôme des champs de bataille, parvenant à s’infiltrer au coeur du conflit pour rapporter des photos empreintes d’horreur et de souffrance. Attiré par la guerre comme un papillon de nuit par la lumière, Inuzuka est l’individu central autour duquel se noue l’histoire, le point de vue. Intriguant, dérangeant, attachant, notre photographe de l’extrême est une vraie perle pour les fans de psychologie.

Les atrocités de la guerre sont dépeintes avec un réalisme terrifiant!

Doté d’une première partie accrocheuse, empreinte à la fois d’humanité et d’atrocité, ce Front Mission pêche néanmoins par une seconde partie (limitée au dernier quart du tome) qui nous dépeint la jeunesse et la mort au combat de soldats de l’OCU. Trop court pour qu’on s’éprenne réellement pour les individus qu’il met en scène, ce mini-récit conserve les qualités visuelles de la première histoire, mais n’en atteint pas le génie, et nous fait poser une question indéniable: vers quoi va s’orienter le second volume? Irons-nous vers une succession de mini-récits avec comme point central Inuzuka, ou aura-t-on droit à un récit plus centralisateur? La première optique risque de cantonner la série au rang du concept sympathique mais qui montre vite ses limites, tandis que la seconde pourrait vraiment donner une expérience unique au lecteur. Ne reste plus qu’à attendre fébrilement l’arrivée du deuxième tome pour savoir si Front Mission Dog Life & Dog Style est une série culte ou juste une bonne surprise qui va s’essouffler. En attendant, ne boudez pas votre plaisir, ce premier tome est un must du seinen guerrier contemporain, et il ne faut pas avoir joué au jeu pour en cerner toutes les subtilités. Pourquoi hésiter? ^^

Note Globale N-Gamz: 4/5



About the Author

Neoanderson
Hardcore gamer dans l'âme, la trentaine, Je suis le rédacteur en chef de ce site. Amoureux des RPG nourri aux Final Fantasy VII, Chrono Trigger, Xenogears, et consorts, je suis également fan de survival/horror. Niveau japanim, je suis axé shonen comme Ruroni Kenshin, Ga-Rei, Asebi et autres, mais j'apprécie aussi les seinen, Sprite en tête. Enfin, je suis un cinéphile averti, orienté science-fiction, fantastique et horreur, mes films cultes étant Star Wars, Matrix, Sucker Punch et Inception. N'hésitez pas à me suivre via mon Facebook (NeoAnderson N-Gamz), mon Twitter (@neo_ngamz) et mon Instagram (neoandersonngamz)!