Review
Il y a des films qui se regardent, et d’autres qui s’imposent comme une expérience totale à la façon de The Odyssey, le nouveau bébé de Christopher Nolan sorti le 17 juillet dernier dans toutes les bonnes salles obscures ! Vu par votre humble serviteur en IMAX, format dans lequel le film a été entièrement tourné (une première historique), cette adaptation de l’épopée homérique entend nous laisser une empreinte visuelle et sensorielle difficile à oublier. Nolan, après avoir exploré le temps, la mémoire et les monstres de la science avec Oppenheimer, s’attaque ici au mythe fondateur de l’Occident et signe sans doute l’une de ses œuvres les plus ambitieuses et les plus humaines. Mais The Odyssey mérite-t-il vraimen tout le buzz qu’il engendre sur les réseaux sociaux ? La réponse dans ma critique ciné complète !
Le scénario de The Odyssey reprend la structure non linéaire du poème d’Homère. On découvre d’abord Ithaque, où Pénélope résiste depuis des années aux prétendants qui convoitent son trône et sa main, tandis que son fils Télémaque tente de s’affirmer. Parallèlement, Ulysse, épuisé et presque amnésique après vingt ans d’absence, reconstruit peu à peu le récit de son voyage : la chute de Troie, les Cyclopes, les Sirènes, Circé, Calypso…
Nolan mêle avec une fluidité rare les flashbacks de guerre et les épreuves maritimes. L’histoire n’est pas une simple succession d’aventures ; elle devient une méditation sur le prix de la violence, l’arrogance masculine et le désir désespéré de retrouver un foyer. Le réalisateur reste globalement fidèle à l’esprit du texte tout en y insufflant une tension moderne et une gravité morale qui rappellent ses meilleurs films.
Côté interprétation, Matt Damon incarne un Ulysse d’une densité rare. Son visage marqué, son regard lourd de fatigue et de regrets transmettent une mélancolie qui va bien au-delà du héros d’action. On le sent brisé, presque honteux de ce qu’il a accompli. Anne Hathaway, en Pénélope, offre une performance d’une grande retenue : derrière la dignité royale se cache une vulnérabilité poignante, une femme qui a tenu debout pendant deux décennies. Tom Holland, quant à lui, surprend en Télémaque ; il abandonne son image juvénile habituelle pour un jeune homme tiraillé entre admiration et rancœur envers un père absent.
Robert Pattinson, en Antinoos, glisse dans la peau d’un prétendant cynique et dangereux avec un plaisir presque malicieux. Zendaya (Athéna), Charlize Theron (Calypso) et Lupita Nyong’o (Hélène/Clytemnestre) apportent chacune une présence énigmatique et mémorable, même dans des rôles plus courts. L’ensemble du casting fonctionne à merveille, comme une constellation où chaque étoile trouve sa place. Dommage que certains seconds rôles soient un peu sous exploités comme celui de Circe, incarnée de façon aussi brillante que terrifiante par la talentueuse Samantha Morton (The Serpent Queen).
La réalisation technique est, comme souvent chez Nolan, d’une précision chirurgicale. Hoyte van Hoytema signe une photographie IMAX d’une beauté brute : mers déchaînées, grottes cyclopéennes, nuits illuminées par les feux de Troie… tout paraît tangible. Le film mise massivement sur les effets pratiques plutôt que sur le numérique, ce qui confère aux créatures mythologiques une présence terrifiante et organique.
Le rythme, bien que parfois inégal dans les passages purement narratifs, s’emballe dès que l’action ou l’émotion prennent le dessus. Ludwig Göransson compose une partition qui pulse sous la peau sans jamais écraser les dialogues. En IMAX, l’immersion est totale : on se sent sur le pont du navire, on entend le souffle du Cyclope, on ressent le poids des années d’exil pour une réelle odyssée qui emporte le spectateur avec elle.
The Odyssey : Bande-Annonce
Note N-Gamz : 4,5/5
Non, The Odyssey n’est pas un film « parfait » (et là je sais que je viens de me mettre la moitié d’Internet à dos). En effet, certains pourront trouver le récit trop dense ou quelques digressions un peu longues. Pourtant, il faut bien avouer que l’ensemble impressionne par son ampleur, sa cohérence thématique, la juste de ses acteurs et sa capacité à faire vibrer le mythe grec le plus connu avec une force contemporaine inégalable. Nolan est parvenu à transformer un texte scolaire en une odyssée sensorielle et émotionnelle d’une rare intensité qui vous laissera sans doute sans voix, si tant est que vous vous donniez les moyens de vivre l’expérience dans les meilleurs conditions avec un écran IMAX pour un spectacle que je qualifierai de… tout simplement grandiose !

















