Aujourd’hui, un rapport de Bloomberg a fait l’effet d’une bombe dans l’industrie du jeu vidéo. Guerrilla Games, studio hollandais derrière la franchise Horizon, procède actuellement à un reboot complet de Horizon Hunters Gathering, le projet live-service annoncé en février dernier. Après des retours catastrophiques lors de playtests privés, les éléments de games-as-a-service sont purement et simplement abandonnés. Le titre bascule vers un multijoueur coopératif classique, doté d’un mode histoire, et d’une envergure nettement réduite.
Cette décision n’est pas un simple ajustement technique : elle constitue la preuve éclatante de l’échec total de la politique menée par Hermen Hulst, à la tête de PlayStation Studios. Depuis 2022, Sony s’était engagé dans une course effrénée aux jeux services, promettant une dizaine de titres d’ici 2026. Le bilan est calamiteux. Concord, le hero-shooter de Firewalk Studios, reste le bide monumental par excellence : sorti en août 2024 après des années de développement et des centaines de millions de dollars investis, il a été retiré des plateformes en deux semaines, avant la fermeture pure et simple du studio.
Plus récemment, Marathon, l’extraction shooter de Bungie, a connu un démarrage en demi-teinte, peinant à fidéliser une base de joueurs solide malgré les assurances de Hulst selon lesquelles les leçons de Concord avaient été tirées. Quant à Destiny 2, fleuron live-service de longue date, Sony a purement et simplement mis fin à son service en 2026, provoquant des licenciements massifs chez Bungie et laissant un goût amer aux communautés.
Dans ce contexte, le sort de Horizon Hunters Gathering apparaît comme le coup de grâce. Annoncé comme une expérience tactique coopérative avec hub social, modes de survie type Machine Incursion et un roguelite baptisé Cauldron Descent, le projet a essuyé un feedback désastreux dès les premiers tests. Depuis juin, Guerrilla travaille à le transformer en un titre plus traditionnel, à l’image d’un Monster Hunter miniature, avec une composante narrative et une équipe drastiquement réduite. De nombreux développeurs ont déjà été réaffectés à d’autres projets, eux-mêmes soumis à évaluation fin décembre.
Le plus ironique reste le sort de la franchise Horizon elle-même. Alors que la quasi-totalité des effectifs de Guerrilla a été mobilisée sur ce spin-off live-service, le prochain opus single-player – la véritable suite de Horizon Forbidden West – n’est confié qu’à une équipe squelettique et demeure « à des années-lumière » de la finalisation. Les fans, qui attendent depuis 2022 un nouvel opus solo digne de ce nom, devront encore patienter longtemps.
Ce reboot illustre parfaitement les errements d’une stratégie qui a dilué l’ADN de PlayStation. Au lieu de capitaliser sur ses forces – les expériences narratives premium et les exclusivités soignées –, Hulst a multiplié les paris risqués sur un modèle économique ultra-compétitif où seuls quelques titres (Helldivers 2 en tête) ont réellement percé. Aujourd’hui, Horizon Hunters Gathering n’est plus qu’un projet amoindri, développé par une équipe réduite, sans date de sortie en vue, et toujours sous la menace d’une annulation pure et simple si les jalons de décembre ne sont pas atteints.
L’histoire de ce reboot n’est pas seulement celle d’un jeu en difficulté : c’est le symbole d’une politique qui a coûté cher en ressources, en studios et en crédibilité. Pendant que les joueurs rêvent encore d’explorer de nouveaux horizons solo avec Aloy, Sony s’empêtre dans les décombres de ses ambitions live-service.

















