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Depuis l’avènement des services de téléchargement, nombreux sont les petits développeurs qui ont réussi à se faire un nom en proposant des jeux rafraîchissants à mille lieues de l’étalage de moyens propre aux productions AAA. C’est dans ce contexte qu’entre en scène le studio suédois Might & Delight, fondé par des anciens de feu Grin (Bionic Commando Rearmed, entre autres). Pour leur premier soft, ils nous proposent un jeu de plates-formes/puzzle, genre qui connaît un regain de popularité dernièrement. Alors, y a-t-il de quoi crier Youpid ?

Venez dans le bus magique

C'est l'histoire d'un garçon qui cherche un arrêt de bus…non ce n'est pas une blague!

Peut-être vous êtes-vous déjà endormi dans les transports en commun, pour vous retrouver à un terminus loin de chez vous, un peu déboussolé ? Dites-vous que ce n’est rien comparé à ce qui arrive au petit Kurt. Alors qu’il pique un roupillon à bord du bus-fusée qui le ramène de l’école, le voilà forcé de débarquer sur une planète inconnue. Après avoir discuté avec des autochtones, il apprend que la circulation est en proie à de gros problèmes et que le seul moyen de retourner chez lui est de rejoindre un arrêt de bus à l’autre bout de la ville. Plus facile à dire qu’à faire…

Cette base narrative se verra étoffée au fur et à mesure de rencontres amicales, mais pas seulement. La planète est infestée de vilains robots exerçant une autorité totale. A Kurt de se frayer un chemin jusqu’à un moyen de s’échapper et, qui sait, de venir en aide aux pauvres habitants au passage.

La plate-forme, Kurt en connaît un rayon

La patte graphique de Pid est inoubliable

Pid (pour « Planet in distress ») se présente sous la forme d’un jeu de plate-formes/puzzle en 3D  se déroulant sur un plan 2D (pour les 2 ou 3 incultes du fond, on appelle ça la 2,5D). La principale originalité réside dans l’attirail du jeune héros : très tôt dans l’aventure, Kurt prendra possession d’un orbe permettant de projeter des rayons modifiant la gravité. En créer un sous ses pieds lui permettra de s’élever, tandis qu’en projeter sur un mur lui faisant face le fera flotter horizontalement. Cela lui permet également de défier ses ennemis, par exemple en les projetant contre des piques. Quelques subtilités viendront vite compliquer ces bases : par exemple, les murs et les ennemis bleus ne présentent aucune réaction aux rayons.

Quelques objets (lance-pierre permettant de projeter un rayon dans toutes les directions, bombes, rayons spéciaux lui permettant d’effectuer des sauts vertigineux,…) viendront compléter l’arsenal du garçonnet et lui permettre de franchir des obstacles retors et de résoudre des énigmes, quelques-unes étant particulièrement corsées. En effet, dans Pid, le joueur devra autant faire fonctionner ses réflexes que sa matière grise. Il lui faudra également une bonne dose de sang- froid, mais j’y reviendrai très vite…

Beauté empoisonnée

Pid, c'est surtout une difficulté qui confine à la schizophrénie

Sans pour autant repousser des limites techniques, l’aspect visuel de Pid est une merveille. Doté d’une patte artistique singulière, le jeu est un régal pour les mirettes et expose un univers à la fois surprenant et attachant. Pour ne rien gâcher, le jeu nous gratifie d’une bande-son envoûtante aux accents jazzy qui nous transporte encore un peu plus sur cette planète en proie au chaos, donnant au titre une atmosphère plutôt relaxante.

Mais ne laissez pas cette sensation de tranquillité endormir votre vigilance : Pid est un jeu extrêmement exigeant. Alternant phases de plates-formes demandant un grand sens du timing et énigmes nécessitant un bon sens de l’observation, sans oublier des combats de boss longs et intenses, Pid mettra vos réflexes et votre sang-froid à rude épreuve, quitte à parfois donner l’envoie au joueur de tenter de battre le record du monde de distance en lancer de manette.

Laissant parler leurs pulsions sadiques, les développeurs de Might & Delight ont confondu difficulté et frustration, transformant régulièrement l’aventure de Kurt en véritable calvaire, même pour les habitués de ce genre de softs. Heureusement, les check points bien disposés permettent de limiter (très légèrement) l’exaspération, mais nul doute qu’un grand nombre de joueurs peu préparés auront envie d’abandonner le périple avant d’en apercevoir la fin.

Un jeu réservé aux intréPid

Vous verrez, on est parfois surpris par la créativité verbale que peut nous inspirer la difficulté de Pid

Sous ses airs de puzzle platformer à l’ambiance sereine, Pid est donc un jeu réservé aux joueurs aguerris, ceux pour qui le fait de recommencer 20 fois la même séquence ne représente pas une raison d’abandonner la partie. Et encore, même eux s’adonneront plus d’une fois au lâcher d’insultes (vous verrez, on est parfois surpris par la créativité verbale que peut nous inspirer la difficulté de Pid). Doté d’une ambiance délicieuse, d’un univers dans lequel on a vraiment plaisir à se plonger et d’un contenu conséquent pour un jeu vendu 10 euros, Pid saura peut-être séduire les plus endurcis, mais est fortement déconseillé aux fans de balades de santé. Attention, la crise de nerfs n’est jamais bien loin…

Le Video-Test

Réalisation: 18/20

Avec ses graphismes très plaisants et son univers séduisant, Pid est une incontestable réussite visuelle. Proposant des environnements très variés (on voyage des couloirs d’une usine aux coulisses d’un opéra en passant par une immense cuisine) et un character design original et réussi, il s’offre également le luxe d’être fluide à tout instant.

Gameplay/Scénario: 15/20

Mélangeant la plate-forme et la réflexion, Pid est un jeu exigeant qui demandera une bonne dose de self control. La maniabilité en elle-même est rarement à remettre en cause, mis à part quelques phases où l’on aimerait un peu moins de rigidité de la part du héros (mais peut-être s’agit-il simplement d’un refus d’admettre la défaite?). Quant au scénario, il démarre de manière assez superflue pour finalement aboutir sur une trame intéressante se dévoilant par l’intermédiaire de dialogues bien écrits. Tout juste regrettera-t-on une fin plutôt bâclée, laissant un arrière-goût assez amer en bouche après tant d’efforts fournis pour y assister.

Bande-Son: 19/20

Composée par le groupe Retro Family, la bande originale de Pid est un plaisir de tous les instants et l’un des grands points forts du jeu. Regroupant plusieurs influences, principalement jazzy, elle donnera à plus d’un joueur l’envie de se la procurer de toute urgence. On ne trouvera également rien à redire du côté des effets sonores, discrets et efficaces.

Durée de vie: 15/20 si vous ne jetez pas votre manette de rage avant, autrement 5/20

Si vous accrochez à sa difficulté machiavélique, le jeu vous tiendra en haleine une petite dizaine d’heures, cette durée variant fortement selon votre dextérité au pad et votre propension à explorer chaque environnement pour y dénicher des objets cachés. A noter également que le soft peut se parcourir à deux en coopération et qu’un mode difficile se débloque une fois le jeu terminé. On déconseillera cependant ce mode aux joueurs tenant un minimum à leur santé mentale et au bon fonctionnement de leur pad…

Note Globale N-Gamz.com: 14/20

Pid aurait pu être un chef-d’œuvre, le genre de jeux qu’on recommande sans hésiter. Malheureusement, dans leur obsession pour la difficulté, les Suédois de Might & Delight en ont oublié que le fun doit primer avant tout. En ressort un produit bien réalisé, très agréable à l’œil et aux oreilles mais exagérément élitiste, qui laissera un sentiment de frustration très appuyé en lieu et place de la passion qu’il aurait dû provoquer.



About the Author

Guib
Guib
Accro (mais sainement ; et oui, amis journalistes, c’est possible) aux jeux vidéo depuis le jour où j’ai reçu ma Super Nintendo accompagnée de Super Mario All Stars à l’âge de 6 ans, je suis passionné par les jeux de plate-forme, mais pas uniquement. Peu importe le genre, je suis surtout intéressé par les titres qui ont une âme et qui dégagent une réelle personnalité. Quelques-uns de mes jeux cultes : Yoshi’s Island, Beyond Good & Evil, Ico et les jeux Rockstar (oui, ça tranche avec le reste mais ces gars-là m’ont rarement déçu). J’ai aussi une petite faiblesse moins avouable pour les jeux nanars descendus par la plupart des testeurs, mais chut. Etant fan de cinéma fantastique et écrivant depuis quelques mois des critiques de films, j’ai eu envie de me diversifier et de me lancer dans le test de jeux vidéo, et me voilà !