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Genre tombé en désuétude, la plateforme 3D semble pourtant connaître un petit regain d’intérêt, avec notamment les sorties récentes des excellents Tearaway Unfolded ou Ratchet & Clank sur PS4 et l’avènement prochain de Yooka-Laylee, énorme succès sur Kickstarter. Projet nettement plus modeste, Ginger: Beyond the Crystal des Espagnols de Drakhar Studio semblait, sur le papier, avoir toutes les cartes en main pour convaincre les fans du genre en manque de nouvelles sorties régulières. Hélas, les apparences sont souvent trompeuses…

La passion du cristal

"Sur les captures d'écran, le soft peut créer l'illusion, qui disparaît vite manette en main"

« Sur les captures d’écran, le soft peut créer l’illusion, qui disparaît vite manette en main »

Le genre n’a jamais été connu pour ses scénarios complexes, et ce Ginger Beyond the Crystal n’échappe pas à la règle: vous incarnez Ginger, petit être bleuâtre et lointain cousin des Snorkies, qui aura pour mission de purifier des cristaux pour libérer le monde de l’emprise des ténèbres. Il devra, en chemin, remettre de la vie dans trois villes dévastées, en sauvant leurs habitants emprisonnés et en reconstruisant leurs demeures.

Ce scénario basique est à l’image du reste du soft: de la plateforme générique, dépourvue d’audace. Mais une absence d’originalité et de prise de risque n’équivaut pas forcément à un mauvais jeu, à partir du moment où le soin apporté au soft est suffisant pour compenser cette banalité. Si seulement c’était le cas ici…

La vie en bleu

Inutile de cultiver un quelconque suspense: Ginger: Beyond the Crystal est un ratage pur et simple. Même en étant conciliant avec le studio, manquant visiblement de moyens et de temps pour concrétiser ses bonnes intentions apparentes, le soft est rempli de défauts tout bonnement impardonnables, d’autant plus en 2016.

Pour commencer, les temps de chargement sont nombreux et interminables. Et vous allez vous en manger! Comptez environ 30 secondes (!) d’attente après chaque mort ou à chaque entrée dans un niveau. Quand on pense que certains jeux PS2, dont Jak & Daxter pour citer un ténor du genre, étaient dépourvus de loadings, on ne peut que rester pantois devant une telle errance au coeur de la génération actuelle.

"Les niveaux bonus, inspirés de Super Mario Galaxy sont plus intéressants que les stages imposés"

« Les niveaux bonus, inspirés de Super Mario Galaxy sont plus intéressants que les stages imposés »

L’attente, déjà insupportable, n’est même pas justifiée face au naufrage technique qui nous est présenté ici. Cela faisait bien longtemps qu’on n’avait pas eu affaire à un framerate aussi boiteux, le jeu ramant inévitablement à chaque début de niveau et régulièrement au sein même des phases de gameplay. Déjà impardonnable, ce défaut l’est d’autant plus qu’en bon petit plateformer qu’il est, le soft requiert une vraie précision. Couplée à une jouabilité manquant de précision, la technique achève de rendre le tout parfaitement frustrant et, par moment, insupportable. Les combats ne s’en sortent pas mieux, les coups manquant d’impact et de retour visuel, résultant en des joutes brouillonnes où on compte souvent sur la chance pour s’en sortir.

Si vous voulez tout de même vous y risquer, ravalez tout de suite votre égo de gamer et abandonnez immédiatement l’idée de sélectionner le mode Difficile, dit « old school »: sans le préciser au moment de la sélection, ce mode vous ramène au début d’un niveau en cas d’échec, échec la plupart du temps provoqué par les faiblesses du soft, et non par les vôtres. Le parcourir dans ces conditions fait figure de torture, surtout en comptant le problème des temps de chargement évoqué plus haut.

De la plateforme en très petite forme

"Certains niveaux seront sources de frustration extrême, surtout en mode difficile"

« Certains niveaux seront sources de frustration extrême, surtout en mode difficile »

Vendu comme un jeu de plateforme proposant un aspect « gestion de ville », Ginger: Beyond the Crystal se fourvoie également dans cette deuxième facette. La reconstruction des villes visitées se fait à l’aide de matériaux récoltés, qui serviront à bâtir des maisons et autres édifices de manière à faire grimper une jauge, laquelle permettra de débloquer de nouveaux niveaux. Cela n’a strictement aucun intérêt, tout comme la possibilité d’acheter des accessoires pour les citoyens avec l’argent récolté, toujours de façon à faire grimper cette fameuse jauge. On ne s’investit à aucun moment dans cette tâche et on peste contre l’obligation de se farcir des allers-retours dans chaque ville pour accéder au level suivant, là où un accès rapide aurait été le bienvenu.

A la limite, on pourra apprécier un minimum la bande originale, enjouée et dans le ton, et les niveaux bonus, inspirés de Mario Galaxy, dépouillés de toute présence ennemie et un poil moins frustrants que les stages classiques.

Rush ou foutage de gueule, au choix…

Hélas, même en essayant de lui trouver des qualités, inutile de nier l’évidence: visiblement fini dans l’urgence ou dans l’indifférence (je penche pour la deuxième option), le soft n’aurait jamais dû sortir en l’état. Si un patch corrigeant les problèmes de framerate et de temps de chargement voit le jour, on pourra éventuellement conseiller ce Ginger à tout petit prix. Mais tel qu’il est proposé actuellement, fuyez, sous peine d’endommager gravement votre pad et votre santé mentale.

La bande-annonce

Réalisation: 06/20

Sur les captures d’écran, Ginger peut créer l’illusion sur son charme, mais en mouvement, le bluff est vite démasqué: non content d’afficher des textures baveuses qui font peine à voir en 2016, le jeu se paie le luxe d’imposer des temps de chargement interminables et un framerate totalement à la rue. Une honte d’un point de vue technique, tout simplement.

Gameplay/Scénario: 07/20

On peut pardonner le scénario banal à souhait et l’univers totalement générique, mais pas l’imprécision de la jouabilité, en particulier au cours des combats brouillons au possible. Niveau plateforme c’est très moyen mais fonctionnel (quand la fluidité le veut bien), c’est tout le mérite qu’on pourra lui attribuer.

Bande-Son: 13/20

C’est peut-être la seule qualité qu’on pourra lui accorder, la bande originale, bien qu’elle aussi générique et fidèle en tout point au cahier des charges de ce genre de soft, fait le boulot et parvient même occasionnellement à donner un semblant de charme à cet univers. Ce n’est en revanche pas le cas des bruitages, certains semblant provenir d’une quelconque librairie libre de droit, renforçant le côté amateur et non abouti du soft.

Durée de vie: 10/20

Si on pourra être amené à passer quelques longues heures sur le jeu, c’est davantage à cause des temps de chargement provoqués par des morts à répétition et à l’impossibilité de voyager rapidement entre les différents niveaux que par une vraie abondance de contenu.

Note Globale N-Gamz.com: 06/20

A l’origine, on ose croire que les développeurs sont fans du genre et comptaient réellement en livrer un honnête petit représentant. Le produit « fini » entre les mains, toutes ces bonnes intentions ont visiblement disparu pour des raisons probablement valables, mais qui n’enlèvent rien à ce constat: Ginger: Beyond the Crystal est un mauvais jeu qui n’aurait jamais dû voir le jour bardé de telles lacunes techniques. Faute de sauver le monde de la plateforme 3D, le petit Ginger se paie un aller-simple pour le cimetière des mascottes oubliées, aux côtés de Bubsy et autres Gex. Repose en paix, et puisses-tu ne jamais renaître de tes cendres.



About the Author

Guib
Guib
Accro (mais sainement ; et oui, amis journalistes, c’est possible) aux jeux vidéo depuis le jour où j’ai reçu ma Super Nintendo accompagnée de Super Mario All Stars à l’âge de 6 ans, je suis passionné par les jeux de plate-forme, mais pas uniquement. Peu importe le genre, je suis surtout intéressé par les titres qui ont une âme et qui dégagent une réelle personnalité. Quelques-uns de mes jeux cultes : Yoshi’s Island, Beyond Good & Evil, Ico et les jeux Rockstar (oui, ça tranche avec le reste mais ces gars-là m’ont rarement déçu). J’ai aussi une petite faiblesse moins avouable pour les jeux nanars descendus par la plupart des testeurs, mais chut. Etant fan de cinéma fantastique et écrivant depuis quelques mois des critiques de films, j’ai eu envie de me diversifier et de me lancer dans le test de jeux vidéo, et me voilà !