Review

On attendait la suite de la série Assassin’s Creed avec une impatience non-feinte après un troisième opus qui a laissé un certain nombre de joueurs sur leur faim. Si la machine reste la même, c’est dans une belle et riche aventure que nous catapulte l’éditeur, avec ce Black Flag insufflant un nouveau rythme à cette saga incontournable. A quelques pas de la période dans laquelle se déroulaient les péripéties de Connor, le jeu laissait planer le doute sur un véritable intérêt à rejoindre les rangs d’une piraterie pas si cradingue que ça… et pourtant !

L’assassin est mort, vive l’assassin !

Edward Kenway, nouvel Assassin et accessoirement grand-père de Connor

Pour ceux qui auront joué et bouclé le troisième volet des aventures de Desmond, ce n’est pas une grande révélation qui va suivre. Pour ceux qui, par hasard, n’auraient pas tenté le rêve américain, ceci est un gros spoil : « Desmond est mort, rejoignant le tombeau de son charisme aussi fringuant qu’un coussin péteur troué » (fin du spoil). Au mieux, on regrettera Ezio ou Altaïr, au pire, on se contentera de ce qui va nous tomber dessus, en déplorant d’avance les joies des précédentes épopées. Stop la complaisance, ce Black Flag est plein de surprises… Et quelles surprises ! Il est désormais possible de se promener chez Abstergo en vue à la première personne… liant le personnage principal à une personne en particulier : le joueur, sous l’égide d’un personnage lambda, toute jeune recrue d’Abstergo Entertainment (service se chargeant du multi dans le jeu précédent). La mission qui sera alors confiée est d’observer et explorer les mémoires génétiques du sujet 17, mystérieux individu en soi. Il faudra alors en plus de se plier à sa mission principale, s’aventurer dans les locaux, en apprendre un peu plus sur la société et mettre le doigt dans les petits rouages pas très propres d’Abstergo.

Ubisoft avait vanté les mérites de son nouveau personnage, un certain Edward Kenway, grand-père de Connor-l’aigle-boiteux comme on dit dans le milieu. En effet, ce pirate blondinet dont le trait de liner nous fait penser à un certain Sparrow, a été présenté comme étant le premier héros au caractère et à l’histoire aussi étoffés dans la série des Assassin’s Creed. On se retrouve alors projeté dans la dernière grande période de la piraterie au XVIIIe siècle, où l’on pourra côtoyer des grands noms du métier. Le joueur endosse le manteau d’Edward dans ses tout-débuts de pirate, alors fraîchement émancipé de son statut de corsaire et se frottera à tout le gratin de l’époque. Des toits de tuiles de La Havane aux héros de la piraterie comme le célèbre Barbe-Noire, notre bonhomme va évoluer dans l’inénarrable conflit entre les Templiers et les Assassins, mais va surtout mener son bateau dans son coin afin de gravir les échelons de la gloire et le pécule qui les accompagnent. Car notre newbie pense à lui et surtout à lui avant tout, et on se trouve alors face à un personnage rempli de choix (im)moraux, d’objectifs très individualistes et avec un vrai background.

Un héros plus meurtrier et moins lisse que ses ancêtres

On enchaîne les missions, ponctuées d’un nombre incalculable de quêtes annexes, avec fluidité, sans jamais se sentir propulsé dans un événement, nourrissant alors un scénario empli d’Histoire et de petites histoires le tout au service d’une trame narrative passionnante et détachée du système manichéen auquel la franchise nous avait habitué (principalement grâce au caractère d’Edward donc). Les missions proposées au joueur se font plus lentes dans leur progression, prennent plus de temps à résoudre évitant alors la sensation « poussive » qu’on avait pu expérimenter dans Assassin’s Creed 3. On demande une vraie stratégie, une vraie réflexion au lieu de foncer tête baissée sur le sable. Quelques séquences seront bien évidemment scriptées pour privilégier le moment épique, mais le monde dans lequel évolue le joueur se veut très ouvert, très vaste à explorer et regorgeant de possibilités.

Comme on ne change pas une équipe qui gagne, les séquences dans la peau d’Edward Kenway sont entrecoupées par d’autres cette fois dans celle de notre employé(e) lambda d’Abstergo. On se concentre alors sur l’aspect puzzle du jeu, qui manquait parfois cruellement. On évolue donc dans une espèce de copie conforme des locaux d’Ubisoft, et il sera possible d’interagir avec les employés, de fouiner, de découvrir les motivations d’Abstergo, le processus créatif autour du jeu. N’hésitez pas à tout inspecter, car l’endroit regorge de clins d’oeil et autres références à destination des joueurs. A coup de hacks, on pourra obtenir l’accès à diverses informations concernant Assassin’s Creed, venant alors enrichir concrètement le background du jeu.

Mon bateau, c’est le plus beau de tous les bateaux

Si, comme on le disait précédemment, le scénario de ce Black Flag est riche et passionnant, il surprend aussi par l’immensité géographique dans laquelle il prend place. Les précédentes cartes se voulaient documentées et grandes, mais l’on gardait tout de même cette sensation d’évoluer dans un cadre étriqué et pas forcément dynamique en tout point. Ici, naviguer dans les Caraïbes est un vrai plaisir de par la justesse des environnements, mais aussi la quantité incroyable d’endroits qu’il sera possible d’explorer : d’îlots sauvages en ruines antiques, en passant par les petits villages de pécheurs et autres cités florissantes, les épaves de navire, les refuges de contrebandiers, les zones de pêche, les bateaux à attaquer… Ce gigantisme ne se veut pas effrayant et reste abordable par tous. Quand certains mondes ouverts regorgent surtout de déserts scénaristiques, ici on notera le soin méticuleux et la richesse apportés à chaque zone à explorer. On s’octroie alors une liberté encore sans égale dans la série des Assassins, et on savoure ça férocement. On note aussi l’absence quasi-complète de temps de chargement entre les zones.

La navigation a une place primordiale dans cet opus

Évidemment, difficile de passer à côté du chapitre de la navigation. Si l’on en avait touché les prémices dans Assassin’s Creed 3, dans Black Flag, accrochez-vous à vos chaussettes trouées matelots, car la mer n’est pas une tendre ! Entre la gestion de l’équipage, les améliorations techniques et matérielles du Jackdaw, le navire sur lequel on arpentera les eaux, les abordages et simples voyages, il n’était pas question de bâcler ces grands moments de navigation, surtout dans un contexte tel que celui de la piraterie. Sous les chants des marins, dont le répertoire s’étoffe en fonction des chants récupérés par notre héros, contre les tempêtes et via les découvertes de nouvelles zones, la conduite du bateau se prend facilement en main et se veut être un vrai moment de jeu où l’on prendra aussi un plaisir certain. On salue d’ailleurs le travail d’une qualité presque irréprochable apporté à la météo ainsi qu’aux conséquences sur l’environnement. Encore mieux que dans la vraie vie. Les batailles navales sont rudes, éreintantes, palpitantes… on prendrait presque pour soi les encouragements d’Edward une fois le butin amassé tant ces affrontements sont prenants. Il est possible de quitter son navire à tout moment, pour se rendre sur une île ou explorer une épave.

L’ambiance aussi est un des grands points positifs du jeu. De la Havane à Nassau ou encore Kingston, la reconstitution des lieux est saisissante, les environnements très fidèles, dynamiques et beaux. Car clairement, ce jeu est beau : par ses couleurs, sa direction artistique, son ambiance sonore, sa bande-son… on se trouve vraiment saisi par le réalisme de l’ensemble, et aussi par son respect de l’époque, des coutumes, des langues. Un vrai régal, même pour les néophytes. Là où l’on perçoit la véritable maturité du jeu par rapport à ses prédécesseurs, c’est dans la réalisation des quêtes principales et annexes. On l’écrivait précédemment, le jeu regorge de missions, et il est désormais possible de les réaliser à son rythme, selon ses envies quand les opus précédents se voulaient poussifs, haletants… rien n’est enlevé au dynamisme, mais il est très appréciable de pouvoir prendre le temps dans ce type de jeu, aussi ouvert et riche.

Une recette qui perdure, mais qui s’améliore

Le multi est toujours aussi jouissif et apporte un plus à la campagne solo

On ne va pas pousser mémé dans les zombies, concrètement le gameplay reste le même. Entre phases de « parkour », d’infiltration, d’espionnage et d’assassinat, globalement la recette reste la même et bénéficie surtout des améliorations apportées dans le volet précédent. L’interaction avec la végétation se veut jouissive dans le sens où rien ne nous semble humainement impossible. A cela s’ajoute le gros + concernant l’infiltration, offrant alors au joueur diverses stratégies pour mener à bien ses missions. Le tout se déroule avec une fluidité incroyable même si on remarquera que notre pirate devrait peut-être arrêter la cervoise… parfois balourd, Edward manquera d’efficacité dans les phases de course-poursuites et il faudra alors trouver le chemin le plus efficace et rapide pour boucler notre mission. Cela dit, le problème reste très minime.

La vision d’aigle s’est aussi améliorée et désormais il est possible de marquer ses ennemis d’une aura rouge, même une fois désactivée, afin de les suivre dans leurs déplacements et ainsi planifier au mieux l’attaque. Si dans certains jeux, ce genre de pouvoir offre une facilité déconcertante pour les missions, ici il s’agit surtout d’un outil stratégique permettant d’anticiper et de créer un réel plan d’attaque. La sarbacane apporte aussi un peu de nouveautés, permettant d’endormir des gardes pour quelques instants. Attention aussi à l’IA, pas bête pour un sou et qui réagit très bien à l’environnement. Au joueur de prendre soin de cacher les cadavres, de saboter les cloches d’alarme etc.

Au niveau du multijoueur, on se trouve en terrain connu. On retrouvera les mêmes captures de zones ou d’artefact ou même encore la chasse à l’homme, où il faudra se montrer subtil pour éliminer ses cibles comme il se doit. Le gamelab, quant à lui, vous permettra de changer un grand panel de règles pour des parties sur mesure à proposer à la Commauté. La véritable amélioration se trouve dans le WolfPack qui se dote d’un mini-scénario pour cette petite campagne très sympathique. A la clé, toujours les gains d’expérience, l’achat d’améliorations et nouvelles compétences… le tout offrant un ajout solide à la campagne solo. Autre nouveauté, l’application gratuite Companion, qui transforme votre tablette Android ou votre iPad en véritable second écran de jeu faisant office de quartier maître, grâce auquel vous n’aurez plus besoin de mettre votre mission en pause pour accéder à certains menus. Au rayon des fonctionnalité absorbées par cette appli, citons la carte interactive du monde, un accès à la flotte complète d’Edward Kenway, les cartes au Trésor, la base de données Animus et un suivi complet de progression (plus d’infos en lisant notre news sur le sujet).

Une foule de quêtes annexes et un univers gigantesque

Si l’on a vanté les mérites de la fluidité dont fait preuve le jeu, on ne pourra pas passer à côté d’un des rares points négatifs de ce dernier. Passage à la next-gen oblige, on constate comme sur beaucoup d’autres jeux récents, la fatigue du moteur graphique sur lequel tourne l’aventure, malgré sa solidité car il n’est pas du tout ridicule. Le jeu aura des difficultés à donner une vue en profondeur des environnements et horizons, avec des éléments « popant » régulièrement au fur et à mesure de l’avancée. De même pour des éléments en vue du dessus, que ce soit une plante (bon soit), ou une patrouille de gardes (plus embêtant). De très rares ralentissements sont à prendre en compte, mais ceux-ci n’interviennent que dans les grosses villes comme Nassau ou Kingston, étant les seuls endroits demandant un petit temps de chargement. Cela s’explique par l’étendue de ces villes, mais aussi le florilège d’animations (personnages, lieux) qu’elles requièrent. Le doublage français se veut parfois un peu monocorde, mais on l’oublie assez vite grâce à l’ambiance sonore et à la bande-son magique.

Conclusion

Black Flag se pose comme le véritable renouveau de la franchise d’Ubisoft, initié avec Assassin’s Creed 3. Si l’on avait quelques mauvais pressentiments notamment à cause de la trop grande proximité historique entre les deux histoires, le jeu envoie balader toutes ces prérogatives avec brio et se veut être une aventure riche, prenante et très complète. La grande diversité des missions ainsi que l’étendue gigantesque de la carte promettent de longues heures de jeu en compagnie du Capitaine Kenway, premier personnage véritablement complexe et complet de la série. Malgré quelques errances techniques, Ubisoft nous propose un jeu mature, fourmillant de détails et d’une qualité quasiment irréprochable. Un véritable petit bijou qui saura plaire même aux plus sceptiques et qui pourrait se targuer d’être le meilleur de la série. A consommer sans modération, c’est un ordre !

La bande-annonce

Le vidéo-test du multijoueur

Réalisation: 18/20

Malgré la fluidité, la beauté des couleurs et des environnements, l’étendue géographique énorme ainsi que la direction artistique ultra chiadée, le fait d’avoir un moteur graphique en fin de vie ne nous livre pas un jeu parfait, mais avec quelques ralentissements et surtout des éléments apparaissant parfois au tout dernier moment. Cependant, cela n’enlève rien au côté grandiose de cet opus.

Gameplay/Scénario: 18/20

Le gameplay, pour peu que l’on soit un habitué de la franchise, on le connait. Bénéficiant des améliorations apportées à Assassin’s Creed 3, Black Flag ajoute encore quelques petits détails pour améliorer l’expérience de jeu, bien qu’elle soit très sensiblement la même. Quant au scénario, il se résume en trois mots : riche, prenant, passionnant.

Bande-Son: 20/20

Que ce soit l’ambiance sonore des villes, en mer ou en pleine exploration sauvage, ou encore les musiques parfaitement en adéquation avec la piraterie (mention spéciale pour les chants de notre équipage), il n’y a pas grand-chose à dire hormis sublime.

Durée de vie: 20/20

L’aventure principale demandera une très grosse vingtaine d’heures au joueur, selon sa manière de jouer. Pour peu que l’on s’attèle à chaque île, îlot, épave, repère de contrebandier ou village… vous êtes partis pour une petite centaine d’heures de plaisir !

Note Globale N-Gamz.com: 19/20

Un opus très attendu et qui se révèle aussi bien mature qu’étonnant. Se reposant sur sa recette de base, Black Flag ne se contente pas de « prendre les mêmes et on recommence », mais bien d’apporter un véritable souffle d’air frais sur la franchise. Entre sa réalisation aux petits oignons, son ambiance de folie ainsi que sa carte gigantesque et toutes les possibilités scénaristiques qui en découlent, nous voici plongés dans une aventure épuisante, éreintante mais jouissive à souhaite, le tout mené par un personnage haut en couleur et charismatique au possible. A consommer d’urgence et sans modération !

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About the Author

Delilah
Étudiante en journalisme, je conjugue ma passion avec mon parcours scolaire et professionnel. Vous pouvez aussi me retrouver, dans le cadre de ma formation, chez Jeuxvideo.fr comme rédactrice. J’ai commencé à tâter du pixel très tôt, mon père étant lui-même joueur ... Mais mon premier « vrai » jeu a été Pokemon avec qui je continue de vivre une idylle passionnée. J’ai pu m’essayer à plusieurs styles de jeu, mais pour moi, rien ne vaut le RPG, l’action-aventure et … si on sait me convaincre (car je fais un peu la princesse) le FPS. Ne me parlez pas de Survival-Horror, je suis incapable d'y jouer, je prie toujours pour avoir une option générique dès le premier écran car même le menu me fait peur (mon voisin a peu apprécié peu mes hurlements sur Amnesia : The Dark Descent). Mais j'essaye, je retente l'expérience à chaque fois, je persévère !! Mon jeu culte est et restera Red Dead Redemption au point d’avoir un tatouage dédié à John Marston (mais je ne vous dis pas où, muahah), j’ai même arrêté de compter le nombre de fois où je l’ai fini ! Oh et useless fact : j’ai une passion bizarre pour les serial-killers^^.