Review
Witch and Mercenary (titre original Majo to Yōhei), adaptation manga du light novel de Kaeru Chōhōkiteki (illustré à l’origine par Bench Kanase), débarque chez Doki-Doki dans une édition soignée. Dessiné par Makoto Miyagi pour qui c’est la première série notable, le titre s’est imposé rapidement dans Magazine Pocket (Kodansha) depuis janvier 2024 au Japon. Les quatre premiers volumes français déjà parus nous offrent un échantillon solide de cette dark fantasy empreinte d’espoir, où deux âmes isolées cherchent un refuge dans un monde hostile. Le contraste entre cynisme et naïveté, violence et tendresse, entend fonctionner d’emblée et poser les bases d’une aventure captivante que je me suis fait un plaisir de découvrir pour vous !
L’histoire de Witch and Mercenary s’ouvre sur une chasse aux sorcières sanglante. Zig Crane, mercenaire colossal et expérimenté, rejoint une troupe chargée d’éliminer Siasha, la « sorcière silencieuse », redoutée pour sa puissance magique. Seul survivant de l’affrontement, il épargne la jeune femme après avoir découvert son désir sincère de vivre en paix, loin des persécutions. Elle l’engage alors comme garde du corps et le duo quitte le Vieux Continent pour l’Outre-Terre, contrée inexplorée où la magie est plus répandue et les mœurs radicalement différentes. Là, ils intègrent une guilde d’aventuriers : Siasha comme magicienne, Zig comme simple portefaix.
Les tomes suivants multiplient les missions dangereuses, les confrontations avec des créatures monstrueuses (magibêtes, requins spectraux…), les rivalités de guilde et les révélations sur le passé de Zig. La relation entre les deux protagonistes évolue lentement, faite de confiance mutuelle, de silences éloquents et de touches d’humour nées de la naïveté de Siasha face au pragmatisme du mercenaire. Le scénario, fidèle au light novel, mêle action, exploration et construction progressive d’un monde à deux continents aux cultures opposées, sans tomber dans l’excès de clichés isekai.
Sur le plan technique, Makoto Miyagi impressionne dès ses premières planches pour un débutant. Son trait précis, vif et expressif met en valeur les designs de personnages : Zig impose par sa stature et son armement massif, Siasha par ses expressions qui passent de la résignation à la curiosité enfantine. L’encrage soigné et les trames de gris apportent de la profondeur, tandis que les décors, souvent immersifs, ancrent le lecteur dans les forêts sombres ou les villes d’aventuriers. Les scènes d’action bénéficient d’une fluidité remarquable : les coups d’armes, les trajectoires magiques et les mouvements de foule se lisent avec clarté grâce à un découpage dynamique et aéré. Les flashbacks restent compréhensibles, sans surcharge visuelle. Miyagi privilégie parfois des traits plus rugueux et agressifs dans les combats pour renforcer l’impact, ce qui évite la perfection trop lisse. On note cependant quelques relâchements ponctuels sur certains visages secondaires et des décors plus minimalistes lors de dialogues prolongés, signes d’un rythme de production soutenu.
L’originalité réside moins dans l’intrigue pure (guilde, montée en puissance, monstres) que dans le duo central et le traitement mature de thèmes comme la solitude, la discrimination et la quête de rédemption. Le scénario évite la romance trop appuyée pour privilégier un lien organique et crédible, ce qui constitue un vrai point fort.
Note N-Gamz : 4,5/5
Au travers des 4 volumes déjà parus chez nous, Witch and Mercenary s’impose comme une réussite de dark fantasy accessible et attachante aux éditions Doki-Doki. Makoto Miyagi signe une adaptation visuelle convaincante qui sublime le récit de Kaeru Chōhōkiteki. Les points positifs s’accumulent au fil des pages entre complémentarité des personnages, world-building intrigant (pourquoi deux continents si différents ?), séquences d’action bien chorégraphiées et un ton qui oscille habilement entre noirceur et légèreté. Les griefs, de leur côté, restent mineurs : certains arcs se rapprochent du classique fantasy d’aventure, le développement romantique avance à pas comptés, et le rythme peut parfois ralentir lors de l’installation dans le nouveau monde. Dans l’ensemble, les quatre premiers tomes confirment en tous cas le potentiel de la série et justifient l’engouement constaté au Japon (nomination aux Next Manga Awards) comme en France. Chaque tome pose un peu plus les bases d’une aventure qui mérite toute votre attention et dont on attend avec une impatience non feinte le cinquième volet !

















