Hier, Microsoft a publié ses résultats financiers pour le quatrième trimestre de l’exercice fiscal 2026 (avril à fin juin 2026), clôturant ainsi une année entière sous le signe de l’érosion pour sa division gaming. Alors que le géant de Redmond affiche une santé insolente grâce à Azure et à l’intelligence artificielle — avec un chiffre d’affaires global de 90 milliards de dollars, en hausse de 18 % —, sa division Xbox continue de sombrer.
Ainsi, les revenus liés aux contenus et services (qui englobent les jeux, les microtransactions et surtout le Xbox Game Pass, jadis présenté comme la poule aux œufs d’or) ont chuté de 10 % en glissement annuel. Le matériel, quant à lui, a plongé de 13 % ! Au total, le chiffre d’affaires Xbox pour ce trimestre s’établit autour de 4,98 milliards de dollars, son plus bas niveau depuis plusieurs années.
Cette contre-performance n’est pas un accident isolé. Il s’agit de la quatrième baisse trimestrielle consécutive des revenus Xbox. Sur l’ensemble de l’exercice fiscal 2026, la division a perdu environ 1,7 milliard de dollars, soit un recul de 7 %. Les contenus et services ont fléchi de 5 % sur l’année, tandis que le matériel a dévissé de 29 %, victime d’un volume de ventes de consoles en berne chronique. Même le Game Pass, longtemps brandi comme le pilier de la croissance récurrente, n’a pas compensé l’hémorragie : sa contribution, bien que parfois citée en légère progression sur l’année, n’a pas empêché la chute globale de la ligne « content and services ».
Ces chiffres interviennent à un moment particulièrement symbolique. Asha Sharma, nommée à la tête de Xbox en février 2026, a multiplié les annonces spectaculaires : « reset » massif, 3 200 suppressions de postes, scission de plusieurs studios (Double Fine, Compulsion Games et d’autres), recentrage sur les exclusivités, hausses de prix des consoles et refonte de l’offre Game Pass. Elle a promis de ramener la division dans le vert d’ici la fin de l’exercice 2027 (juin 2027). Or, les résultats du trimestre qui vient de s’achever démontrent que ces mesures radicales n’ont, pour l’heure, produit aucun retournement. Bien au contraire : les charges de severance et les dépréciations d’actifs liées à cette restructuration ont alourdi les comptes, tandis que les revenus continuent de s’éroder.
L’analyse est sans appel. Malgré l’arrivée de plus de 200 millions de nouveaux joueurs sur l’écosystème Xbox au cours de l’année fiscale 2026 (on dit merci aux gamers de Candy Crush, hein), le chiffre d’affaires n’a pas suivi. Comme l’a elle-même concédé Asha Sharma sur X : « Notre business n’a pas grandi avec notre audience. » Cette dissonance entre volume d’utilisateurs et monétisation révèle les limites d’une stratégie qui mise sur l’expansion d’audience sans parvenir à convertir cette masse en revenus durables. Le Game Pass, censé assurer des flux récurrents, n’a pas compensé la faiblesse des ventes de jeux à l’unité ni l’effondrement du hardware. Les hausses de prix successives des consoles, loin de stimuler les ventes, semblent plutôt avoir accéléré le désintérêt.
La promesse d’un retour à la croissance d’ici fin 2027 paraît désormais hautement optimiste, voire irréaliste. Pour y parvenir, Xbox devrait non seulement enrayer la chute, mais générer une progression nette en un an seulement, alors que le premier trimestre de l’exercice 2027 (juillet-septembre 2026) est déjà guidé à la baisse (contenus et services en recul de mi-simples chiffres, hardware toujours négatif). Dans un contexte de concurrence féroce, de coûts de composants en hausse liés à la frénésie de l’IA, et d’une image de marque ternie par les licenciements et les reports à répétition, l’équation semble insoluble à court terme.
Au fond, ce rapport financier ne fait que confirmer ce que de nombreux observateurs pressentaient : la stratégie d’Asha Sharma, aussi radicale soit-elle, ne s’attaque pas aux racines du mal. Xbox continue de perdre de l’argent, de l’élan et de la confiance. Tandis que Microsoft prospère grâce au cloud et à l’IA, sa division gaming ressemble de plus en plus à un fardeau que l’on tente de redresser à coups de coupes drastiques, sans pour autant redonner confiance aux joueurs ni aux marchés. Si la tendance se poursuit, la question ne sera plus de savoir si Xbox redeviendra rentable en 2027, mais plutôt jusqu’où ira la « dissolution » progressive de ce qui fut jadis l’un des piliers de l’industrie du jeu vidéo.

















