Review

Enfin ! Ayant connu un sacré trouble durant sa gestation, et un temps visiblement proche de l’annulation, il va sans dire que The Last Guardian était attendu de pied ferme par les adorateurs de la Team Ico menée par Fumito Ueda, ceux-là mêmes qui avaient régalé les joueurs de PS2 en leur offrant les intemporels Ico et Shadow of the Colossus, énormes succès critiques, à défaut d’atteindre la gloire commerciale. Le voilà donc enfin prêt à assumer sa place de grosse exclusivité PS4 de cette fin d’année, lui qui était à l’origine prévu pour sa grande sœur de la génération précédente. Et forcément, qui dit genèse délicate, dit accouchement douloureux…

Mon truc en plumes

« Le style inimitable de la Team Ico est immédiatement reconnaissable »

Dans un endroit désert, oublié du temps et des hommes, un jeune garçon gît sur le sol, visiblement pas au mieux de sa forme. A ses côtés, une gigantesque créature nommée Trico, à mi-chemin entre le chat et le griffon, n’a pas plus fière allure: affamée, blessée et agressive, la bestiole a visiblement connu des jours meilleurs. N’écoutant que son bon cœur, le gamin retire bravement les pieux enfoncés dans la chair du géant à plumes et fouille l’environnement à la recherche de nourriture pour calmer sa faim, et sa hargne. Ainsi commence le récit d’une amitié hors du commun, d’une entraide envers et contre tout et du combat pour la liberté au sein d’un domaine gigantesque, magnifique et, ils le découvriront bien assez tôt, hostile.

Les fans des productions de Fumito Ueda s’en rendront certainement immédiatement compte en lisant les quelques lignes ci-dessus: on peut sans peine considérer The Last Guardian comme une suite spirituelle d’Ico où les rapports de force sont inversés: là où vous deviez autrefois veiller sur la frêle Yorda, quitte à lui forcer le main, ici c’est vous, dans la peau du garçonnet (dépourvu de nom), l’élément faible du tandem. Incapable de se défendre face aux chevaliers sans âme qui chercheront à le capturer ou d’atteindre certaines hauteurs sans l’aide de son gigantesque compagnon, il faudra donc compter à la fois sur deux formes d’intelligence: la vôtre, et celle, artificielle, de Trico. Et c’est là que les ennuis commencent…

Un jeu incroyablement frustrant…

Comme Ico avant lui, The Last Guardian est un jeu d’exploration linéaire parsemé de puzzles et de quelques phases de plateforme. Mais là où le plaisir d’enfin découvrir la solution à une énigme corsée après nombre d’expérimentations était une des forces de son prédécesseur, le soft se fourvoie en se reposant bien souvent sur la coopération avec Trico. Et quand ça fonctionne, bien entendu, c’est un vrai plaisir, renforçant par le gameplay l’amitié naissante et la solidarité entre ces deux êtres… Et là se situe le problème: en bon animal sauvage qu’il est, Trico n’en fera bien souvent qu’à sa tête. Si les plus ardents défenseurs du soft argumenteront qu’il s’agit d’un souci de réalisme, dans les faits, on se retrouve vite face à un véritable modèle de frustration.

« La fluidité est bien mise à mal durant les passages les plus chargés en détails
« 

Vous passerez donc une grande partie de votre temps à interpeller votre compagnon dans l’espoir qu’il fera c que vous attendez de lui. Une fois atteint un certain point de l’aventure, vous aurez l’occasion de lui donner des indications plus précises mais le résultat sera grosso modo le même: une avancée à tâtons et au succès bien souvent aléatoire. Vous vous retrouverez bien souvent bloqué par la confusion, incapable de réellement comprendre si vous êtes dans le faux ou si la solution envisagée est la bonne mais ne peut pas être appliquée tant que Trico ne l’a pas décidé. Et si un paquet d’énigmes vaut le détour, une partie de la progression vous fera sentir plus spectateur qu’acteur en vous demandant simplement de chevaucher la créature en attendant (et espérant) qu’elle évolue d’une zone autrement inatteignable à une autre.

Autre tare ô combien handicapante, la fluidité est bien mise à mal sur les PS4 classiques (sur PS4 Pro, le problème est visiblement moindre). Amis nostalgiques, vous rappelez-vous comme la petite PS2 en fin de vie bataillait pour faire tourner Shadow of the Colossus, framerate boiteux à l’appui? Malheureusement, c’est la même chose ici. Si la fluidité fait illusion au sein des environnements les plus dépouillés, c’est une toute autre affaire quand il s’agit de plus nombreux éléments animés à l’écran, comme les herbes agitées par le venta. Le constat n’est pas plus glorieux du côté des angles de caméra, à recadrer en permanence, ce qui rend la navigation par moments très désagréable lorsque l’on combine ces deux tares techniques.

…et pourtant terriblement attachant

« Comment ne pas fondre devant cette très belle histoire d’amitié et d’entraide ? »

The Last Guardian serait donc un ratage complet ? Bien sûr que non, ça serait bien mal connaître Fumito Ueda et son équipe. Il est fascinant de constater à quel point, malgré tous ses défauts on ne peut plus gênants, le soft reste l’un des plus attachants qu’il nous ait été donné de voir depuis un bon moment, tout simplement pour la même raison qu’il est aussi l’un des plus frustrants; cette raison, c’est Trico. Aussi têtu soit-il, le géant à plumes est un être fascinant, à l’animation hallucinante et aux réactions incroyables de naturel; sans le soin apporté au personnage, il aurait sans doute été détestable après quelques heures passées à tenter de le dompter. Il n’en est évidemment rien, et la narration en retrait (mais tout de même plus présente que dans les productions précédentes du studio, notamment par l’introduction d’un narrateur commentant l’action tout en donnant des conseils au joueur) laisse le jeu parler de lui-même, sans ce besoin constant de cinématiques et de scripts typique de tant d’autres de ses petits camarades.

Sans trop en révéler, la progression gagne progressivement en intensité pour aboutir sur un final absolument parfait, du genre à rester gravé dans l’esprit longtemps après avoir vu défiler le générique de fin (et la scène post-générique, délicieuse cerise sur un gâteau déjà savoureux). Les magnifiques compositions figurant sur la bande originale, entre deux plages de silence ponctuées de bruitages donnant à ce monde une vraie consistance, n’y sont pas pour rien.

Le verdict ?…Vraiment, il le faut ?

Qu’il est difficile de juger The Last Guardian selon les critères propres aux tests de jeux vidéo. L’attachement porté au duo durant la petite dizaine d’heures passée en sa compagnie donne envie d’encenser le titre et de le recommander instantanément, mais cela serait occulter des défauts résolument encombrants qui font de ce miraculé une œuvre charmante mais bancale (oui, ça fait mal à écrire) qui ne plaira vraiment pas à tous. Une grosse bébête pour un vrai jeu de niche, en somme.

Le Vidéo-Test par Neoanderson

Réalisation: 14/20

Initialement prévu sur PS3, The Last Guardian ne fait forcément pas figure de foudre de guerre visuel sur la dernière née de Sony. La patte visuelle de la Team Ico, immédiatement reconnaissable avec sa gestion particulière de la lumière, fait pourtant toujours des miracles et l’on pardonnera sans hésitation le retard technique pour encenser le soin incroyable apporté à l’animation. Impossible par contre de passer sous silence la caméra capricieuse et la fluidité défaillante transformant certains passages en calvaires.

Gameplay/Scénario: 14/20

Fidèle à ses prédécesseurs, le soft propose un scénario très simple (certains diront « simpliste ») où le gameplay dessert la narration de manière organique, sans avoir recours à une avalanche de scripts et de cinématiques. Impossible de ne pas s’attacher à ce duo improbable, jusqu’à un final parfait et surfant moins sur le pathos que ce que l’on pouvait redouter.  La progression, en revanche, se retrouve handicapée par la lutte permanente avec Trico et son intelligence artificielle caractérielle, parfois source d’une extrême frustration.

Bande-Son: 16/20

Enchaînant avec bonheur les plages de silence seulement perturbées par des bruitages de qualité et l’écho des cris de son duo, agrémentés par moments de la voix du narrateur (doublé dans une langue imaginaire), et des compositions majestueuses, l’aspect sonore de The Last Guardian participe grandement à l’adoration que ressentiront de nombreux joueurs pour son univers.

Durée de vie: 14/20

Une petite dizaine d’heures sera nécessaire pour mener le jeune homme et Trico jusqu’à la conclusion de leur aventure mouvementée, et la rejouabilité se montre quasi inexistante, sauf pour les chasseurs de Trophées les plus acharnés.

Note Globale N-Gamz.com: 14/20

« 14 ??? Comment ose-t-il ??? »… C’est dans ce genre de cas que l’on voudrait envoyer bouler toutes les conventions et laisser tomber une notation qui semble obséder tant d’internautes adeptes de controverses en tout genre. Mais ça ne sera pas le cas aujourd’hui: ça sera 14, pour un jeu longtemps fantasmé dont les très encombrantes tares nous ramènent malheureusement bien vite à la réalité: The Last Guardian reste une œuvre malade; fascinant et passionnant, certes, mais malade. Et c’est ce qui le rendra à la fois indispensable aux yeux d’un public d’ores et déjà acquis à sa cause et repoussant auprès d’une tranche de gamers pas prête à lui concéder ses errances. Mais quoi qu’il en soit: merci, Fumito Ueda. Merci infiniment.

PS: Comme indiqué dans notre vidéo-test du 5 décembre dernier, soit à la levée de l’embargo, The Last Guardian bénéficie de deux avis:  le test écrit ultra complet de Guib, et le vidéo-test noté de Neoanderson que vous pourrez retrouver en cliquant ici. Vous pourrez constater que le titre de Fumito Ueada, après autant d’années d’attente, divise forcément la rédac entre un 14/20 (sur une version PS4) et un 16,5/20 (sur une version PS4 Pro). A vous de trouver le rédacteur qui correspond le mieux à votre état d’esprit car c’est aussi ça, N-Gamz: une pluralité d’avis pour une pluralité de gamers!



About the Author

Guib
Guib
Accro (mais sainement ; et oui, amis journalistes, c’est possible) aux jeux vidéo depuis le jour où j’ai reçu ma Super Nintendo accompagnée de Super Mario All Stars à l’âge de 6 ans, je suis passionné par les jeux de plate-forme, mais pas uniquement. Peu importe le genre, je suis surtout intéressé par les titres qui ont une âme et qui dégagent une réelle personnalité. Quelques-uns de mes jeux cultes : Yoshi’s Island, Beyond Good & Evil, Ico et les jeux Rockstar (oui, ça tranche avec le reste mais ces gars-là m’ont rarement déçu). J’ai aussi une petite faiblesse moins avouable pour les jeux nanars descendus par la plupart des testeurs, mais chut. Etant fan de cinéma fantastique et écrivant depuis quelques mois des critiques de films, j’ai eu envie de me diversifier et de me lancer dans le test de jeux vidéo, et me voilà !