Review

Une fois n’est pas coutume, la scène indé accouche d’un nouveau puzzle-platformer en 2D. Cette fois, ce sont les Norvégiens de Rain Games qui ont décidé de mettre nos neurones et nos réflexes à rude épreuve avec Teslagrad et croyez-moi… Il va y avoir de l’électricité dans l’air!

Reviens, gamin !

La narration, muette, est subtile et bien amenée

Au sein d’un village fleurant bon l’Europe de l’Est, un petit garçon est contraint de fuir sa maison sous une pluie battante, poursuivi par des soldats barbus n’ayant rien de gentils Pères Noël. Après une course-poursuite haletante sur les toits, le gamin n’a d’autre choix que de s’abriter dans la Tour Tesla, truffée de robots et de pièges à base d’électricité qu’il devra braver s’il espère revoir un jour la douce lumière du soleil.

N’attendez pas de longues cinématiques ou d’interminables dialogues de la part de Teslagrad : après une très courte introduction, le joueur est livré à lui-même et la narration se déroulera uniquement sous la forme d’un théâtre de marionnettes réparti sur plusieurs pièces de la tour et de parchemins à récolter dévoilant également des bribes de l’histoire. Il y sera question d’un roi rendu fou par le pouvoir après avoir protégé son peuple de l’envahisseur et, si le scénario n’est pas d’une originalité folle, la narration a le mérite d’être originale et jamais envahissante. Qu’en est-il du gameplay ?

Une beauté électrique

Les graphismes, magnifiques, donnent au jeu des apparences de dessin animé

Avant d’aborder les mécanismes de jeu, il convient de s’attarder sur ce qui représente la force incontestable de Teslagrad. Contrairement à nombre de ses petits camarades indie, le soft troque le pixel art contre une 2D « faite à la main » d’une beauté saisissante, rappelant sous certains aspects le reboot d’A boy and his Blob sorti sur Wii en 2010. Bénéficiant en outre d’un vrai travail sur les effets de lumière, le jeu vaut vraiment le coup d’œil. La bande-son, plutôt discrète, marquera moins les esprits mais s’accorde parfaitement avec l’univers du titre, préférant la plupart du temps des mélodies douces à des morceaux épiques qui n’auraient pas vraiment leur place ici.

A boy and his gloves

Puzzle-platformer doté d’une structure de Metroidvania, Teslagrad vous balance tout d’abord totalement démuni dans sa tour infernale. Après avoir résolu quelques énigmes simplistes, le petit héros se retrouvera vite en possession de gants chargés électriquement, lui permettant d’influer sur la polarité de divers éléments qu’il croisera sur son chemin. C’est le moment de vous rappeler vos cours de physique : les différentes polarités étant représentées en rouge et bleu, les objets chargés identiquement se repousseront alors qu’ils seront attirés par la polarité opposée. À vous d’utiliser vos méninges et vos pouvoirs à bon escient, en sachant que les énigmes vont se complexifier à mesure que vous obtiendrez de nouveaux pouvoirs, notamment une cape que vous pouvez charger en bleu ou rouge à volonté, et un rayon laser qui fonctionne de la même manière que les gants, mais à distance.

Autant dire qu’il faudra avoir les nerfs bien accrochés pour jongler à la fois avec la résolution de puzzles parfois corsés (mais pas trop) tout en maîtrisant une jouabilité pas parfaitement adaptée au degré de précision souvent exigé par les développeurs. Oui, on meurt souvent dans Teslagrad et, malheureusement, avec toute la bonne foi du monde, on ne pourra pas s’empêcher de mettre bon nombre de trépas sur le compte de la maniabilité et de la conception même de certaines salles, certains segments fonctionnant malheureusement sur le principe du die and retry.

Quand le courant ne passe plus

Le jeu convoque, avec plus ou moins de bonheur, les méninges et les réflexes

Si la progression peut donc se montrer régulièrement frustrante, ce n’est rien comparé au sadisme dont ont fait preuve les développeurs en concevant les cinq combats de boss parsemant le titre. Le héros succombant à la moindre blessure, il faudra s’armer de patience face à des combats composés de plusieurs étapes bien distinctes qu’il faudra bien mémoriser à force d’échecs à répétition, le jeu vous forçant à vous retaper l’entièreté de l’affrontement à chaque faux pas, sans vous laisser le temps de vous adapter au nouveau pattern du boss féroce que vous affrontez. Le fun en prend un sacré coup.

Et à moins d’être un explorateur né, votre moral risque de chuter fameusement quand, à l’issue d’un quatrième combat de boss pas piqué des vers, vous aurez le malheur de découvrir qu’il vous sera impossible d’accéder à la fin de l’aventure sans avoir au préalable récolté 15 parchemins disséminés un peu partout, en sachant que rien n’indiquait précédemment que ces items étaient indispensables à la progression et que la map, peu pratique, ne permet pas de déplacements rapides. Bref, on se retrouve là face à un moyen grossier de gonfler artificiellement la durée de vie du titre, pas fameuse (ne comptez pas y passer plus de quatre ou cinq heures). Inutile de préciser que de nombreux joueurs risquent de jeter l’éponge à ce moment précis.

Tesla en prend pour son grade

Il a beau être visuellement très attachant, Teslagrad n’est finalement destiné qu’aux joueurs déjà rompus aux puzzle-platformers exigeants, qui n’en garderont toutefois probablement pas un souvenir impérissable, le soft n’offrant finalement que peu de moments positivement marquants, à l’inverse d’une frustration grandissant petit à petit.

La bande-annonce

Réalisation: 16/20

Avec ses magnifiques graphismes en 2D faits à la main lui donnant de faux airs de dessin animé, Teslagrad séduit dès le premier coup d’œil, qu’il s’agisse des personnages, des décors ou des excellents effets de lumière.

Gameplay/Scénario: 14/20

Puzzle-platformer classique, le jeu met à profit les lois de la physique au sein de puzzles diversement inspirés. On regrettera une maniabilité hautement perfectible qui transforme certaines phases, en particulier les combats de boss, en véritables séances de masochisme. Le scénario ne restera pas dans les mémoires mais la narration à base de saynètes et de parchemins à récolter s’offre agréablement au joueur au fil de son exploration, sans jamais imposer sa présence.

Bande-Son: 14/20

Sans être remarquable, la bande-son sonore soutient sans problème l’ambiance dégagée en favorisant des mélodies douces adaptées à la réflexion.

Durée de vie: 12/20

Pas bien long, Teslagrad opte pour une durée de vie gonflée artificiellement en vous obligeant à partir à la chasse aux items au gré de pénibles allers-retours. Pas sûr que tout le monde y trouve son compte.

Note Globale N-Gamz.com: 13/20

Taillé pour les amateurs de challenge et de réflexion, Teslagrad est une vraie réussite visuelle malheureusement plombée par un manque de latitude de la part des développeurs et par le côté finalement peu innovant de son gameplay. En ayant ces défauts bien en tête, les fans du genre pourront toutefois se laisser tenter sans trop de crainte, Rain Games ayant tout de même suffisamment peaufiné son premier né. Dommage pour les moins patients.

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About the Author

Guib
Guib
Accro (mais sainement ; et oui, amis journalistes, c’est possible) aux jeux vidéo depuis le jour où j’ai reçu ma Super Nintendo accompagnée de Super Mario All Stars à l’âge de 6 ans, je suis passionné par les jeux de plate-forme, mais pas uniquement. Peu importe le genre, je suis surtout intéressé par les titres qui ont une âme et qui dégagent une réelle personnalité. Quelques-uns de mes jeux cultes : Yoshi’s Island, Beyond Good & Evil, Ico et les jeux Rockstar (oui, ça tranche avec le reste mais ces gars-là m’ont rarement déçu). J’ai aussi une petite faiblesse moins avouable pour les jeux nanars descendus par la plupart des testeurs, mais chut. Etant fan de cinéma fantastique et écrivant depuis quelques mois des critiques de films, j’ai eu envie de me diversifier et de me lancer dans le test de jeux vidéo, et me voilà !