Review

On peut reprocher quantité de choses à EA, de sa politique parfois trop mercantile à sa volonté d’imposer un moteur Frostbite pas adapté pour les titres de Bioware notamment, mais il n’empêche que le programme EA Originals de la compagnie a su nous en mettre plein les mirettes grâce à des jeux indé de très bonne qualité. On pensera bien entendu à Unravel, Fe ou encore A Way Out, mais un petit nouveau est venu grossir les rangs depuis peu : Sea of Solitude! Après nous avoir offert une bande-annonce aussi séduisante que sombre l’année dernière, le titre s’est enfin offert à nous dans sa version définitive. Une nouvelle pépite pour le catalogue de l’éditeur? La réponse dans notre test !

Une balade en mer !

« Kay va devoir affronter ses propres démons pour retrouver… son humanité »

Développé par Jo-Mei Games, un petit studio berlinois, Sea of Solitude porte plutôt bien son nom ! En effet, après un avertissement sur le fait que l’on va se retrouver plongé dans cette sombre maladie qu’est la dépression, on ne s’attend pas forcément à se retrouver aux commandes d’une jeune monstre nommée Kay. Seule sur un petit bateau à moteur, elle va devoir lutter contre ses démons intérieurs pour traverser une ville semi-immergée oscillant entre lumière et ténèbres.

Divisée en plusieurs chapitres, l’aventure va vous demander de guider Kay dans son exploration et de l’aider à résoudre de petites phases d’énigmes afin de combattre les monstres qui la hantent mais font aussi d’elle ce qu’elle est. Il va donc falloir progresser à pieds, en bateau comme à la nage dans un univers qui ne cesse d’évoluer en parallèle de notre jeune protagoniste. Entre souvenirs corrompus qu’il va falloir raviver afin d’avancer, douleurs enfouies et métaphores puissantes, le soft nous met une claque émotionnelle qui parfois nous serre carrément le cœur pour qui a déjà vécu les affres de la dépression, qu’il s’agisse de la sienne ou de celle d’un proche.

Hello darkness my old friend..

« Un gameplay simple pour une balade qui vise juste en traitant de la dépression »

Afin de ne pas embrouiller le joueur, les développeurs ont pensé à un gameplay ultra simple et intuitif, même dans la résolution des énigmes : on se rate forcément une fois le temps de comprendre ce que l’on doit faire afin de venir à bout de tel ou tel obstacle mais après tout roule. De fait, c’est plutôt à une dureté scénaristique du soft bien plus qu’à sa difficulté ludique que l’on va se heurter. Rassurez-vous: pour les acharnés d’exploration et de trophées, on peut compter sur des objets à trouver comme des goélands à effrayer ainsi que des bouteilles à la mer à récupérer. Ces dernières comportent d’ailleurs des messages très courts mais qui généralement font mouche.

Le level design, de son côté, est intelligent et si la ville a beau ne pas être immense, on peut la découvrir sous différents niveaux : clarté ou obscurité, immergée ou émergée. Elle est d’ailleurs directement impactée par les événements et évolue avec Kay. Rien n’est laissé au hasard: du sac de la jeune fille à la matérialisation de ses souvenirs. On comprend le soin et l’amour que le studio allemand a mis dans Sea of Solitude, un titre presque thérapeutique qui sait appuyer là où ça fait mal tout en se révélant… plein d’espoir.

The monsters squad !

« Des passages anxiogènes à souhait »

Le soft est puissant dans sa réalisation, jouant entre jeux de couleurs ultra lumineux empreints de bienveillance et palettes bien plus sombres et angoissantes. Il y a malgré tout toujours un contraste, une lueur dans le noir comme une ombre quand tout n’est que clarté. Les environnements changent au fil de notre progression dans les actes afin de ne pas nous « gaver » d’une cité entre terre et mer, et chaque tableau est unique et plaisant à parcourir. On sent l’évolution de l’esprit de Kay au travers des scènes et aucun bug ni lag ne viennent perturber l’aventure.

L’ambiance sonore, quant à elle, est à la hauteur de la réalisation: entre notes pleines d’espoir et musiques anxiogènes, elle se cale à merveille sur ce que les développeurs ont eu envie de nous faire ressentir. Les doublages sont bons et le voice acting est convaincant, comme les premières fois où Kay doit diriger une aura lumineuse, des phases où ses hurlements ne pourront vous laisser de marbre. On parvient également à ressentir la lassitude, la peine et le poids sur les différents personnages que l’on rencontre, participant à l’immersion dans un monde de solitude… apparente !

Un sujet complexe et douloureux amené… avec douceur

« Des visuels envoûtants autant que terrifiants »

Lorsque j’ai eu Sea of Solitude en test, j’étais vraiment en joie: je me souvenais des images du teaser trailer et de cette ambiance si unique qui avait l’air de dépoter pas mal. Mais j’ai commencé à prendre peur en voyant les divers avis de confrères de la presse vidéoludique. J’ai donc lancé le soft les mains moites, peu sereine, prête à être déçue… Aussi quel bonheur de voir que le jeu est en fait une réelle pépite, tant par sa réalisation artistique à part que par son sujet ultra dur mais divinement bien traité, qui ne touchera hélas pas forcément tous les joueurs de la même façon. Au travers de sa « promenade » tantôt lumineuse, tantôt teintée par des ombres destructrices, Kay ne demande au final qu’à reprendre forme humaine, mais cela ne se fera qu’en affrontant ses démons, ses propres monstres. Une leçon complexe mais pas manichéenne, cachée derrière une réalisation envoûtante et des métaphores bien pensées. A recommander!

La bande-annonce

Réalisation: 17/20

La réalisation du soft va au-delà de l’aspect purement graphique du jeu. Ici l’esthétique, la patte artistique, servent aux développeurs à nous faire passer des sentiments incroyables, des messages tantôt terriblement douloureux, tantôt incroyablement remplis d’espoir. Ajoutez à cela que l’on dénombre très peu de bugs et vous comprendrez que l’envoûtement visuel est plus que présent et vient appuyer une ambiance pesante à souhait.

Gameplay/Scénario: 17/20

Le scénario de Sea of Solitude à lui seul est une force, même s’il ne touchera pas tous les joueurs de la même façon, pouvant même en laisser certain passer à côté d’énormément de petites choses qui peuplent le quotidien de personnes dépressives. Comme la vie, le jeu prend des chemins plus ou moins lumineux, plus ou moins destructeurs, et le parcours de Kay est parvenu à me toucher au plus profond de moi, ce qui est plutôt incroyable. Le gameplay, pour sa part, est d’une simplicité telle que l’on ne pourra que profiter de l’aventure proposée sans frustration aucune.

Bande-Son: 16/20

Participant à l’immersion dans l’univers de Kay, l’ambiance sonore est convaincante et juste, même si elle se montre un poil en retrait par moment. On apprécie aussi fortement le voice acting de belle qualité.

Durée de vie: 14/20

S’il fallait faire un tout petit reproche au soft, c’est peut-être qu’il se finit un peu vite pour un jeu vendu à 20€. Les plus acharné de balades visuelles ou de chasses aux collectibles pourront passer un peu plus de temps dans l’expérience heureusement. Mais sincèrement, vu la lourdeur du sujet abordé dans le titre, il n’aurait peut-être pas été judicieux de faire traîner en longueur toute cette peine et ces douleurs si justement décrites. Selon moi, le dénouement arrive donc au bon moment.

Note Globale N-Gamz.com: 16/20

Le bashing de Sea of Solitude par la grosse presse vidéoludique n’est pas justifié ni compréhensible… De fait, je me suis lancée presque blasée dans le soft avant de comprendre que nombre de testeurs sont passés à côté de tout ce qui fait la beauté du titre de Jo-Mei Games. Outre son esthétique intelligente, son gameplay intuitif et sa bande-son de qualité, ce qui marque le plus dans cette oeuvre c’est la dureté de son scénario, de ses dialogues, et surtout sa justesse pour traiter d’un sujet si complexe que celui de la dépression. Sea of Solitude fait ainsi passer les joueurs par tout un panel d’émotions plus ou moins complexes et ténébreuses, mais la lumière est au final toujours présente, même dans le plus sombre des endroits. Une superbe suprise indie pour le catalogue d’EA!



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LadyDisturbed
Jeune sœur de bataille, dévoreuse de romans à la vitesse de la lumière et fanatique de jeux vidéos depuis la plus tendre enfance... voilà ce qui pourrait résumer de façon rapide votre petite rédactrice. Les mangas ne me font pas peur, la couture et le cosplay sont mon lot quotidien, l'écriture de fan fiction m'occupe et je rêve et vis dans un monde fait de fantasy et science fiction où les princesses Disney ont leur place. Éclectique, je suis ouverte à tous types de jeux, allant du RPG au FPS en passant par le Visual Novel, les MMO ou encore les jeux de stratégie et voguant dans les eaux troubles des jeux indépendants que je me plais à vous faire découvrir. Je ferais tout ce qui est possible pour être juste dans mes jugements, et puisse le sort vous être favorable !