Review

« Souls-like ». « Metroidvania ». Deux termes à la mode et utilisés à tort et à travers, aptes à donner de l’urticaire à n’importe quel gamer à la recherche d’originalité. Alors, quand surgit Salt & Sanctuary, fier représentant de ces deux genres en vogue, on pourrait craindre le pire. Trève de suspense: oui, le soft fait du Dark Souls en 2D, et il le fait sacrément bien. 2 ans après sa première sortie, passons en revue la version Switch, dernière en date d’une longue liste de supports.

Ska va couper, chérie

Un héros, une princesse à sauver, des plates-formes où bondir. N’allez pas vous imaginer qu’on a ici affaire à une énième aventure d’un célèbre plombier: oubliez les vertes pâtures du Royaume Champignon; ici tout est gris, sale et mortel. Prêt(e) à relever le défi ?

« Le jeu conjugue habilement Souls-like et Metroidvania. »

On doit Salt & Sanctuary à Ska Studios, modeste studio composé de deux membres ayant déjà régalé les joueurs avec leurs précédentes productions, dont les beat them all The Dishwasher: Dead Samurai, sa suite Vampire Smile et le punk Charlie Murder (sans oublier I Made a game with zombies in it, débile au possible mais sacrément drôle; YouTube est votre ami). Adeptes du masochisme ludique, ceci est pour vous.

Soulsvania

Prenez Dark Souls, son univers dark fantasy, sa difficulté intransigeante, ses affrontements tendus contre des boss démesurés, sa jauge d’endurance, ses roulades salvatrices et la plupart des éléments composant la désormais légendaire franchise de From Software. Transposez le tout en 2D et saupoudrez-le d’une couche de plate-forme façon Metroidvania: et paf, ça fait Salt & Sanctuary.

Les fans des Souls seront donc en terrain connu: vous débuterez la partie après avoir choisi parmi une des huit classes disponibles et personnalisé l’apparence de votre personnage. Chaque mort résultera en la perte de votre expérience (ici sous la forme de sel); vengez-vous de votre tueur après votre résurrection (moyennant paiement) pour récupérer votre dû bien mérité. Dans le cas contraire, votre sel sera perdu à jamais.

Si, décrit comme tel, Salt & Sanctuary pourrait paraître pour un ersatz sans saveur de son modèle, détrompez-vous: Ska Studios a appliqué la recette avec soin, en y appliquant un savoir-faire qui force le respect. Les combats ont une pêche incroyable et, fort heureusement, votre valeureux (et suicidaire) combattant répond au doigt et à l’œil. Nul besoin d’être un expert en plate-forme pour triompher des phases de voltige, le studio ayant pris le parti de rester accessible de ce point de vue. Pour le reste, par contre, préparez-vous à morfler.

« Les boss sont imposants, redoutables et un des atouts majeurs du soft. »

Le sel de la mort

Pas de quoi être surpris: qui dit Souls-like, dit « vous allez vous en prendre plein la tronche ». Si les premiers ennemis poussent à la confiance en soi, celle-ci retombera bien vite: vos adversaires sont nombreux, vicieux et ne vous laisseront aucun répit. Outre les morts-vivants, loups et autres démons, vous devrez affronter de nombreux boss, qui mettront vos nerfs à rude épreuve.

Heureusement, le jeu vous donne toutes les cartes pour triompher (potions de soin nombreuses, armes redoutables, gain de sel parfois généreux), même si l’envie de crier à l’injustice se fera ressentir. Salt & Sanctuary, ou l’appel de la mauvaise foi.

Bon, le sel, vous avez compris; mais pourquoi « Sanctuary », me direz-vous ? Au cours de votre périple, vous tomberez sur des sanctuaires, faisant office de points de sauvegarde  et vous permettant d’augmenter votre niveau grâce au sel accumulé, ainsi qu’à dépenser vos points de compétence sur un sphérier rappelant celui de Final Fantasy X. Chaque sanctuaire est l’occasion d’exprimer votre foi, et vous aurez l’occasion de prêter allégeance à la religion de votre choix, quitte à renier vos croyances actuelles en devenant un apostat, chaque courant étant synonyme de bonus spécifiques.

Libre à vous également de déposer des figurines afin de peupler le sanctuaire (forgeron, marchand, guide permettant le voyage rapide,…), certaines accordant des boosts de vos statistiques dans la région, idéaux pour faciliter (juste un peu) la lutte contre les boss les plus récalcitrants.

Perfect sel ?

« La direction artistique ne fera pas l’unanimité. »

Outre votre tolérance à la douleur, votre propension à aimer ce Salt & Sanctuary dépendra aussi fortement de votre affinité avec son style graphique bien particulier. Certains s’empresseront de dire « c’est moche »; de mon côté, je préfèrerai parler de parti pris. La direction artistique est dans la droite lignée de ce que Ska Studios a pu proposer dans le passé, et divisera à coup sûr. Si le look du héros et des PNJ risque de faire débat, de même que les décors bien trop répétitifs, difficile toutefois de ne pas apprécier le travail réalisé sur les ennemis, et en particulier sur les boss, certains dégageant une classe folle.

La partie sonore n’est pas en reste, les cris des démons et le cliquetis des armes se mêlant à des compositions très réussies (le thème des combats de boss, imparable). Quel dommage que ces dernières soient en nombre ultra-limité, le soft prenant le parti de l’économie et des plages de silence. Encore une fois, Ska Studios assume son parti pris.

On sera en revanche nettement moins tolérants sur les saccades fréquentes pullulant sur cette mouture Nintendo Switch, aussi bien en portable qu’en mode TV. Pour un jeu vieux de deux ans, avouez que ça la fout mal. Terminons cette liste de points négatifs sur l’absence de totale de carte. Encore une fois, c’est totalement assumé par les développeurs; mais étant donné la grande répétitivité des environnements, on se perdra parfois plus que de raison, et les moins dotés d’un bons sens de l’orientation risquent de souffrir pour autre chose que la difficulté des affrontements.

Be prepared

Tout comme son modèle, Salt & Sanctuary n’essaie pas de plaire au plus grand nombre: pur jeu de niche, le dernier né de Ska Studios est un bon petit Souls en 2D, qui fait fi de toute tentative d’originalité au profit d’une efficacité remarquable et d’un respect de tous les instants envers sa principale source d’inspiration. Les fans du genre vont adorer, et tant pis pour tous les autres.

La Bande-Annonce

Réalisation: 15/20

Que le style graphique puisse repousser, passe encore. Mais que cette version, déboulant plus de deux ans après la sortie initiale, présente d’atroces saccades est tout à fait impardonnable. Heureusement, les affrontements n’en pâtissent pas trop.

Gameplay/Scénario: 17/20

Vous aimez Dark Souls ? Vous aimez la plate-forme 2D ? Il ne fait aucun doute que Salt & Sanctuary saura vous convaincre instantanément, malgré son manque d’audace. Le scénario et l’histoire de cet univers, volontairement en retrait, ne se dévoileront qu’au travers des dialogues avec les rares PNJ du soft et les descriptions détaillées des objets récoltés et autres compétences. Libre à vous de vous y plonger, ou d’ignorer totalement cette facette.

Bande-Son: 15/20

Les cris de vos ennemis et autres bruitages très réussis, mêlés à des compositions de qualité (mais trop peu nombreuses), rendent crédible cet univers dark fantasy où le danger rôde en permanence.

Durée de vie: 16/20

La durée de vie de Salt & Sanctuary est difficile à quantifier, étant donné que tout dépendra de vos talents et/ou de votre affinité avec le genre. En moyenne, comptez une grosse quinzaine d’heures pour en voire le bout, et beaucoup plus pour en percer tous les secrets.

Note Globale N-Gamz.com: 16/20

On ne le répétera jamais assez: comme son modèle Dark Souls, Salt & Sanctuary n’est pas pour tout le monde. Frustrant et injuste pour les uns, addictif et intense pour les autres, le bébé de Ska Studios ne laissera en tout cas personne indifférent. Prêt(e) à relever le défi ?



About the Author

Guib
Guib
Accro (mais sainement ; et oui, amis journalistes, c’est possible) aux jeux vidéo depuis le jour où j’ai reçu ma Super Nintendo accompagnée de Super Mario All Stars à l’âge de 6 ans, je suis passionné par les jeux de plate-forme, mais pas uniquement. Peu importe le genre, je suis surtout intéressé par les titres qui ont une âme et qui dégagent une réelle personnalité. Quelques-uns de mes jeux cultes : Yoshi’s Island, Beyond Good & Evil, Ico et les jeux Rockstar (oui, ça tranche avec le reste mais ces gars-là m’ont rarement déçu). J’ai aussi une petite faiblesse moins avouable pour les jeux nanars descendus par la plupart des testeurs, mais chut. Etant fan de cinéma fantastique et écrivant depuis quelques mois des critiques de films, j’ai eu envie de me diversifier et de me lancer dans le test de jeux vidéo, et me voilà !