Review

Quand Keisuke Kikuchi, le créateur de la saga Survival-Horror Project Zero, dont je suis un fan ardent, décide de changer carrément de registre pour s’attaquer au domaine plutôt comble de l’Action-RPG, on ne peut que se montrer intrigué. Comment parvenir à sortir de la masse des titres du genre ? Tout simplement en nous amenant un style visuel typé manga dont seul Gust (la série des Atelier) a le secret, avec une ambiance sombre, étrange et mélancolique que n’aurait pas renié un bon Castlevania ! Ajoutez à cela une héroïne tiraillée entre sa mission d’escorte sacrificielle et son amour pour… celle qu’elle doit protéger, et vous comprendrez que Nights of Azure a de sérieux atouts pour combler les amateurs d’aventures gothiques et mystérieuses !

Arnice et Lylisse : l’impossible amour

Arnice est chargée de protéger Lylisse jusqu'à... son sacrifice!

Arnice est chargée de protéger Lylisse jusqu’à… son sacrifice!

Europe du Nord, XIème siècle. A la suite d’un titanesque combat, le Nightlord, roi des Démons, fut finalement vaincu par une Sainte Guerrière. Du corps transpercé du Noir Souverain s’échappa alors une pluie de sang azur (le Blue Blood) qui ne tarda pas à recouvrir le royaume tout entier, transformant une partie des ses habitants en créatures malfaisantes ne sortant qu’à la nuit tombée. Cette malédiction fut telle que les terres sur lesquelles elle s’abattit changèrent de nom pour s’appeler : « Le Pays sans Nuit ». Tant bien que mal, l’humanité a néanmoins continué à vivre et à prospérer, chassant petit à petit les démons nocturnes grâce aux membres d’un Clergé de combattants : la Curia.

800 ans plus tard, des événements étranges se déroulent sur une petite île de la Mer du Nord : Ruswal. Une recrudescence de bêtes au Sang Azur y est constatée, et l’on y envoie la belle Arnice, chevalier de la Curia, pour investiguer et protéger une prêtresse qui pourrait bien s’avérer être la réincarnation de la Guerrière Sainte elle-même. Hélas, notre héroïne va vite se rendre compte que la situation est plus grave qu’il n’y paraît, la lune funèbre Milada ayant fait son apparition dans le ciel nocturne. Lorsqu’elle sera totalement teintée de rouge, le Nightlord… ressuscitera ! Pire : la sainte réincarnation n’est autre que Lylisse, l’amie d’enfance d’Arnice, à qui elle voue un amour secret (et mutuel). Si on vous dit qu’en plus, notre combattante du Clergé est à moitié démon, que les forces du mal l’appellent sans cesse et que la seule façon d’empêcher la réincarnation du Nightlord est de sacrifier Lylisse, vous n’aurez qu’une seule envie : en apprendre plus !

« Servans » : à votre service, dame Arnice !

Les Servans seront vos meilleurs alliés!

Les Servans seront vos meilleurs alliés, prenez en soin!

Action-RPG à la troisième personne, Nights of Azure propose énormément d’à-côtés pour enrichir son gameplay classique de combat. Tout d’abord, l’aventure se divise en chapitres, qu’il convient de compléter à 100% pour en voir la fin, le tout en discutant avec les différents protagonistes de l’aventure, examinant les notes mises à votre disposition mais aussi, et surtout, en arpentant les divers niveaux du jeu pour en identifier les boss et les vaincre (mais nous y reviendrons). Pour ce faire, vous allez pouvoir être accompagné de quatre Servans à sélectionner parmi la trentaine que comporte le jeu. Créatures démoniaques dont vous récupérerez les âmes pour les apprivoiser, elles pourront être équipées de divers boosts leur octroyant plus de force, de points de magie, de défense et j’en passe. Il sera également possible d’augmenter leur niveau pour leur apprendre des aptitudes passives telles qu’une meilleure protection, un taux de coup critique hors norme ou mieux : permettre à Arnice de récupérer la moitié de sa jauge de vie à chaque mort d’un Servan. Pas très catholique tout ça, surtout pour un chevalier du clergé, mais ô combien redoutable !

Vous purifier du Sang Azur vous demandera une tenue "particulière"...

Vous purifier du Sang Azur vous demandera une tenue « particulière »…

Bien entendu, les Servans ne seront pas les seuls à pouvoir s’équiper et Arnice aura à sa disposition différentes armes démoniaques qu’elle recevra du Nightlord lui-même. Au nombre de cinq, ces instruments de morts iront de l’épée à deux mains aux dagues meurtrières, en passant par le titanesque marteau ou encore le fusil à longue portée, idéal pour varier les effets. Niveaux stats, la belle pourra faire offrande sur l’autel de Jorth d’une certaine quantité de Sang Azur (Blue Blood) récolté en abattant du monstre à foison, afin de lui octroyer une meilleure attaque ou une défense plus poussée, voire même lui débloquer de nouvelles capacités de combat qu’il faudra ensuite acquérir avec des skills points répartis en quatre catégories : Spirit, Finesse, Stamina et Charisme. Attaque éclair après une roulade, rush vers l’ennemi ou encore augmentation du nombre de decks à créer pour embarquer vos Servans (jusqu’à 4 decks de 4 monstres) sont autant de possibilités qui s’offrent à vous pour customiser votre jolie Arnice.

Pas mal de quêtes annexes vous permettront de souffler un peu

Pas mal de quêtes annexes vous permettront de souffler un peu

Toutes ces actions auront lieu dans l’Hôtel de l’île, sorte de Hub Central tenu par le taciturne Simon et fréquenté par le professeur Alucard et le chasseur de trésors Lloyd, que les fans des productions Gust reconnaîtront d’emblée C’est là que vous pourrez valider vos segments scénaristiques, mais également accepter des quêtes annexes, nocturnes ou diurnes. A noter que si les premières vous demanderont d’arpenter à nouveau les niveaux déjà finis pour y dénicher tel ou tel objet ou abattre un nombre de monstres donné, les secondes se dérouleront automatiquement pour peu que vous ayez passé assez de temps à détruire les forces du mal le soir tombé. Le tout vous procurera aussi bien du Sang Azur que des Skills Points ou encore de l’argent histoire d’acquérir de l’équipement auprès de Simon. Enfin, une arène remplie de combats vous tendra également les bras. A vous d’y faire le meilleur score possible pour obtenir d’incroyables récompenses ! Au final, le tout se révèle incroyablement chronophage, on vous l’assure !

Tu fais quoi de beau ce soir ?

Moitié démon, Arnice ressent l'appel du sang azur

Moitié démon, Arnice ressent l’appel du sang

La nuit tombée, notre belle Arnice va accomplir sa mission première : pourfendre le mal sans relâche au sein de niveaux pour lesquels vous ne disposerez que de 15 minutes d’exploration avant d’être renvoyé à l’Hôtel, sous peine de contamination au Blue Blood. Téléporteurs et Checkpoints seront heureusement au programme pour vous faciliter la tâche, tout comme un Level Design loin d’être complexe mais présentant quand même quelques sympathiques passages secrets. Ce timer induit donc une certaine tension, vous obligeant à avancer sans cesse, mais sans jamais vous pénaliser puisque vous conserverez quoiqu’il arrive les skills points, objets et expérience accumulés, vous rendant plus fort pour votre prochain passage.

Les combats sont fluides, dynamiques et un brin stratégiques

Les combats sont fluides, dynamiques et un brin stratégiques

Grâce à sa jauge de SP, notre guerrière cléricale pourra invoquer jusqu’à quatre Servans qui l’accompagneront où qu’elle aille et obéiront à des ordres simples : attaquez ma cible, soyez autonomes, restez en retrait et le très sympathique « buvez le sang des ennemis », idéal pour redonner un peu de couleurs à vos créatures dont l’I.A. se révèle vraiment concluante en général, même en l’absence de directives. Vos Servans disposent chacun d’une jauge de point de vie mais aussi d’une barre de magie, ce qui leur permet d’activer leur burst, un coup spécial qui peut aller d’une barrière de protection à un mur de flammes, en passant par le salvateur soin de groupe. Vous l’aurez compris, il convient de trouver le mix idéal entre attaque et défense en s’adjoignant les services de créatures qui rempliront comme il se doit leur rôle de Tank, Healer ou Support.

Votre forme ultime dépendra des Servans qui vous accompagnent

Votre forme ultime dépendra des Servans qui vous accompagnent

En plus d’invoquer de sympathiques bestioles, Arnice est également experte dans le maniement des armes, qu’elle pourra switcher à l’envie avec la croix de direction pour de redoutables combos et un coup spécial dévastateur propre à chacune d’elle. Entre attaques faibles mais rapides ou fortes mais lentes, la demoiselle disposera également d’une garde, d’une esquive, d’un lock (pas toujours au point) et d’une jauge de furie qui se remplira au fur et à mesure des assauts. Une fois pleine, vous pourrez vous transformer en votre forme démoniaque pour un temps donné et déclencher une redoutable magie sur les adversaires alentours. Cette forme sera directement conditionnée par les Servans qui vous accompagneront, relançant par la même la stratégie des decks à optimiser pour avoir toujours le bon quatuor de bêtes sous la main.

Castlevania-style en 60FPS

Si la modélisation des décors est un peu cheap, la direction artistique est vraiment recherchée

Si la modélisation des décors est un peu cheap, la direction artistique est vraiment recherchée

Techniquement, la première chose qui impressionne dans Nights of Azure est sans conteste sa vitesse d’animation calibrée à 60FPS. Elle rend les combats terriblement fluides à jouer et ne ralentit qu’en de très rares occasions. Malheureusement, ce taux constant induit une modélisation des décors qui tient plus de la PlayStation 3 que de la Next-Gen, avec des textures simples et un certain manque de détails. Les développeurs parviennent heureusement à pallier cela par des effets spéciaux aguicheurs et une direction artistique de haute volée, Ruswal étant perpétuellement plongée dans une nuit aux teintes mauves du plus bel effet. Pour tout dire, certaines zones ne pourront que rappeler le génie gothique d’un Castlevania. Au sein de cet univers gravitent des personnages au chara-design plutôt réussi, notamment le binôme Arnice/Lylisse, littéralement sublimé par un cel-shading dont seul Gust maîtrise le secret avec sa série des Atelier. Bref, hormis des décors un peu cheap, la qualité visuelle de Nights of Azure est plutôt convaincante, même si d’aucuns pourront trouver que le soft aurait été mieux loti sur la génération précédente de consoles.

Les différentes armes de la belle Arnice varient le gameplay, le tout sur une bande-son tout bonnement magistrale!

Les différentes armes de la belle Arnice varient le gameplay, le tout sur une bande-son absolument magistrale!

La bande-son, quant à elle, est une véritable réussite, passant allègrement de mélodies hautement mélancoliques à des airs gothico-rock survitaminés, mélanges de guitare électrique et d’orgue qui semblent tous droits sortis de la saga vampirique de Konami. Niveau bruitages, le soft se défend plutôt bien également, avec des invocations de monstres et des coups spéciaux loin d’être timides. Enfin, et c’est toujours l’un des gros points des productions Gust : les doublages japonais sont excellents, tout comme les sous-titres anglais qui les accompagnent. La voix d’Arnice, combattive et ténébreuse, contrebalance à merveille celle de sa bien-aimée Lylisse, pour une romance crédible et en aucun cas surjouée. Un joli travail émotionnel.

Nights of Azure va-t-il illuminer vos nuits ?

Si le chara-design avait largement de quoi nous séduire lors des premiers screens de Nights of Azure dévoilés par Koei Tecmo, il restait à voir si le créateur de Project Zero parviendrait à faire sortir son Action-RPG de la masse des productions lambda. A nos yeux, c’est clairement chose faite ! Les aventures d’Arnice et de sa belle Lylisse se montrent ainsi diablement plaisantes à suivre, dotées d’un système de jeu qui devient rapidement chronophage et d’une direction artistico-gothique maîtrisée malgré un manque flagrant de moyens pour la réalisation des décors. Nerveux, ultra fluide et proposant une romance sombre à souhait, Nights of Azure est une vraie bonne surprise, peut-être pas tout à fait « Next-Gen », certes, mais terriblement intéressante !

Le vidéo-test par Neoanderson

Réalisation: 14/20

Soyons honnête, Nights of Azure aurait très bien pu tourner sur une PlayStation 3 au vu de ses décors loin d’être bardés de polygones et de détails. Cependant, les graphistes ont réussi à « masquer » un peu ce désagrément par une direction artistique vraiment réussie, des effets spéciaux aguicheurs en combat et une animation en 60FPS hyper agréable à l’œil. La modélisation des personnages, quant à elle, est digne des productions GUST et propose un Cel-Shading superbe et deux héroïnes que l’on prendra plaisir à contempler.

Gameplay/Scénario: 17/20

L’histoire résolument mâture nous dépeint un amour impossible entre deux jeunes femmes dont les missions respectives sont vouées à une tragédie sans nom, Arnice devant protéger sa bien-aimée Lylisse pour qu’elle s’offre en sacrifice. De même, les personnages gravitant autour de ce binôme sont plutôt intéressants, surtout du côté des méchants. Niveau gameplay, on se retrouve en face d’un Action-RPG pure souche qui a la bonne idée d’utiliser un système de monstres « amis », de changement d’armes, de transformations démoniaques et de timer pour largement varier ses joutes et leur donner un bon petit côté stratégique sous tension. Hors affrontement, vous aurez également de quoi faire puisque l’Hôtel cumulera pas mal de quêtes nocturnes et diurnes ainsi qu’une arène aux récompenses non négligeables.

Bande-Son: 19/20

Les doublages japonais sont tout bonnement excellents, le jeu étant en VOST Anglais. Les voix d’Arnice et de Lylisse leur vont à merveille pour nous conter cette sombre romance qui ne surjoue en aucun cas. Les bruitages, quant à eux, sont tous très réussis mais c’est surtout la musique qui devrait ravir vos tympans. Passant allègrement de douces mélodies mélancoliques à des rythmes gothico-rock que ne renierait pas un bon vieux Castlevania, les pistes sonores vous transportent littéralement dans les ténèbres de Ruswal.

Durée de vie: 14,5/20

Comptez entre quinze et vingt heures pour boucler le jeu une première fois, un New Game + étant bien entendu de la partie. C’est un chouïa court, mais il y a pas mal de choses à faire à côté de la trame principale, surtout dans le boost de ses Servans dont « l’élevage » peut vite devenir terriblement chronophage pour qui veut avoir à ses côtés le bon deck en toutes circonstances.

Note Globale N-Gamz.com: 16/20

Nights of Azure prouve que GUST peut, avec l’aide d’un créateur de génie comme Keisuke Kikuchi (Project Zero), sortir de sa zone de confort du RPG/Craft à la « Atelier » pour nous proposer une vraie nouvelle licence dans un genre pourtant déjà rempli de bonnes productions. Avec son récit mâture d’un amour entre deux femmes en plein cœur d’une cité ténébreuse, son gameplay nerveux et vite chronophage, son Cel-Shading aguicheur et sa bande-son gothique à souhait, le jeu mérite amplement que l’on s’y intéresse si l’on est amateur d’Action-RPG et que l’on recherche un univers bien différent de ce qui est proposé actuellement. Certes, techniquement le titre ne fait pas très « Next-Gen » malgré son animation constante en 60FPS, mais l’intensité du voyage et la belle Arnice sont autant d’arguments qui nous font aimer ce Nights of Azure. Une vraie bonne surprise !



About the Author

Neoanderson

Hardcore gamer dans l’âme, la trentaine, Je suis le rédacteur en chef de ce site. Amoureux des RPG nourri aux Final Fantasy VII, Chrono Trigger, Xenogears, et consorts, je suis également fan de survival/horror. Niveau japanim, je suis axé shonen comme Ruroni Kenshin, Ga-Rei, Asebi et autres, mais j’apprécie aussi les seinen, Sprite en tête. Enfin, je suis un cinéphile averti, orienté science-fiction, fantastique et horreur, mes films cultes étant Star Wars, Matrix, Sucker Punch et Inception. N’hésitez pas à me suivre via mon Facebook (NeoAnderson N-Gamz), mon Twitter (@neo_ngamz) et mon Instagram (neoandersonngamz)!