Review

Coup de cœur N-Gamz à la Gamescom 2013, Murdered Soul Suspect nous avait conquis par son héros charismatique, son scénario paranormal et glauque au possible, et ses belles promesses de jeu d’enquête à multiples fins et de personnage principal s’aguerrissant au fur et à mesure des ses déductions. Seulement voilà, les promesses en jeu vidéo, c’est clairement différent de la politique… c’est fait pour être tenu ! Et à ce niveau, on peut dire que les petits gars de Airtight Games, pleins de bonne volonté certes, se sont sûrement montrés trop enthousiastes… Alors : Peter Molyneux’style ou vraie bonne surprise quand même?

Mauvaise chute

Un Serial Killer plus que sadique hante Salem

Ronan O’Connor n’a pas eu une vie facile, c’est certain. Affublé du prénom d’un ex-idol de Boy’s Band (désolé, je devais la faire) et abandonné par ses parents en pleine ville de Salem (célèbre pour son barbecue de sorcières au XVIème siècle), il a du se débrouiller dans la rue et est passé à deux doigts de la mort pour un simple vol de voiture. Chaque épreuve de son existence, il l’a marquée sur sa chair au travers de tatouages, ce qui lui donne un look bad boy certain. Assez en tous cas pour que Julia, la sœur du Chef de Police de la ville, tombe éperdument amoureuse de lui, et que nos deux tourtereaux se marient, faisant passer notre ex-taulard au rang d’Inspecteur de la Criminelle en un clin d’œil. Seulement voilà, Julia est morte à présent, et notre héros désabusé est sur la piste d’un serial killer qui se fait appeler « Le Crieur des Morts » et qui semble aussi insaisissable que férocement sadique.

Le souci, c’est que, contre toute attente, Ronan va se retrouver nez à nez avec notre meurtrier et… se faire abattre de sang froid par ce dernier ! Sept balles dans le corps, avec sa propre arme de service, avouez que ça la fout mal. Voilà donc notre enquêteur fraîchement décédé sur la piste de son meurtrier, refusé qu’il a été aux portes du Paradis tant qu’il n’aurait pas résolu cette sordide affaire, et accompagné par une adolescente médium et rebelle à la recherche de sa mère, profileuse sur l’affaire… du Crieur des Morts ! Comme quoi, même six pieds sous terre, on est bon pour des heures sup’ !

C’était quoi ça ?!

La recherche d'indice et la résolution d'énigmes auraient dû être plus travaillées

Tout bon traqueur de fantômes vous le dira, on ne peut chasser le poltergeist sans sortir cette phrase type toutes les trente secondes. Pour Ronan, c’est un peu pareil au début de l’aventure, puisqu’il apprend les bases d’un jeu d’enquête qui démarre plutôt bien. Ainsi, vous devrez ouvrir une porte en utilisant les sticks analogiques pour approcher votre main, l’incliner correctement, etc… Jusque-là, on est en plein L.A. Noire en termes de gameplay. Seulement voilà, on a l’impression que les développeurs ont tout misé sur la première heure de jeu, et puis on fait un énorme « copier-coller » pour les 7 heures de jeu suivante… en oubliant une partie des bonnes idées du début ! Exit la gestion de votre bras, la fouille d’un cadavre, etc… Tout est automatisé avec une seule touche dans ce jeu d’investigation ultra dirigiste. En gros, vous allez être amenés à reproduire les mêmes séquences de recherche d’indices avec un compteur vous indiquant où vous en êtes, le tout sur une scène du crime délimitée et avec un gros souci de lisibilité par endroits qui va vous obliger à tourner en rond avant de trouver l’élément manquant (la clochette ou le regard de L.A. Noire sont totalement absents ici).

Une fois ceci fait, à vous de remettre de l’ordre dans vos idées en choisissant les indices primordiaux et ceux qui sont accessoires. Si vous réussissez à déduire correctement les faits issus des preuves du premier coup, vous gagnez trois badges, puis deux badges pour une erreur, et un badge seulement pour deux erreurs… et pour trois, et pour quatre et pour cinq aussi ! Bref, pas de game over, pas de fausse piste, rien. Le soft vous oblige à trouver la bonne solution avant de continuer ! Si encore les badges servaient à quelque chose ! On nous avait annoncé que Ronan gagnerait en expérience grâce à eux, qu’il aurait des aptitudes à acquérir via des XP etc… mais rien hormis la chasse à un trophée. Bref, du début à la fin, vous êtes sur des rails, et seules les quelques quêtes annexes où vous devrez aider des fantômes à partir vers l’au-delà en comprenant pourquoi ils sont morts vous permettront de vous changer les idées. Ce qui est loin d’être le cas des séquences d’infiltration face aux démons du soft, tous identiques, pour des phases tout simplement mal calibrées et répétitives au possible niveau gameplay (alors qu’on nous avait promis différents démons pour autant d’approches et de pouvoirs possibles…).

Je t’ordonne de…

Salem sera votre terrain de jeu, un peu trop… cloisonné à notre goût

Bien entendu, hormis la cueillette d’indices au ras-du-sol, notre détective privé pourra également utiliser sa capacité à matérialiser des éléments spirituels abimés (le souvenir du meurtrier fouillant un appartement, etc…) ou à entrer dans le corps des vivants pour lire leurs pensées ou leur suggérer des idées. Si cette dernière idée est assez sympa dans la résolution d’énigmes, elle est hélas bien trop simpliste, arborant en gras une énorme question du style : « Qu’est-ce qui pourrait amener telle personne à faire telle chose » et vous offrant encore une fois plusieurs possibilités, dont une flagrante (et encore, si vous vous trompez, hop, on vous permet de choisir une autre idée jusqu’à ce que vous trouviez). Quant à la lecture des pensées citée plus haut, elle ne sert quasiment à rien et les dialogues intérieurs ont tendance à se répéter inlassablement (on en compte que deux par NPC). Citons aussi le fait de pouvoir « posséder » un chat, apparemment seul animal autorisé à Salem, pour atteindre des zones inaccessibles. Sympathique la première fois mais bien trop dirigiste. Encore et toujours de bonnes idées gâchées par un gameplay limité.

Enfin, les développeurs ont cru bon de permettre au joueur de se déplacer librement au travers des objets et des murs (logique pour un spectre), mais n’espérez pas visiter les maisons des Salem comme ça ! En effet, la ville est truffée de façades et d’habitations « consacrées » sur lesquelles votre corps butte inlassablement, sans parler des résidus d’objets issus d’époques antérieures comme un wagon de train, un mur de bois spirituel provenant de l’ancienne cité et dont le « fantôme » existe toujours à vos yeux, etc… Bref, même si au départ on a tendance à se perdre en ville, la faute à une carte tout simplement absente, très vite on se rend compte que l’espace de jeu est assez cloisonné, même si la chasse aux nombreux documents, extraits de vie passée pour Ronan et Julia ou encore rapports de police et autres éléments historiques qui vous livrent de petites histoires « à la Pierre Bellemare » comme on les aime, vont vous pousser à explorer Salem de fond en comble.

Une ambiance unique

La direction artistique offre au jeu une atmosphère inoubliable

Si le gameplay est clairement le point faible du jeu lorsqu’on le confronte à d’autres softs d’enquête tels que L.A. Noire ou Heavy Rain (on oublie Beyond Two Souls… faut pas déconner non plus). La réalisation est vraiment ce qui tire le soft vers le haut, avec d’une part des personnages charismatiques et une mise en scène bien huilée, le tout proposant des graphismes corrects sur next-gen et une animation sans faille. Certes, on a vu plus beau, mais là n’est pas l’attrait visuel de Murdered Soul Suspect. Non, le soft est clairement unique en termes de patte artistique, d’ambiance sombre, spectrale, et d’une Salem qui va nous coller à la rétine et à l’esprit même une fois la console éteinte. Malgré le fait que tous les NPC se ressemblent, la ville semble être en vie et nous happer dans son aura mystique, machiavélique même, de par son statut de personnage à part entière à la façon d’un Silent Hill (en moins inspiré, c’est un fait).

Cette atmosphère si particulière est enrichie par des musiques d’excellente qualité, mélangeant allègrement dissonances et nappes éthérées pour un résultat magistral. Le tout est agrémenté d’un doublage total en français de très bonne facture pour chaque personnage, NPC compris, histoire d’augmenter encore l’immersion du joueur. Seul bémol, les bruitages d’ambiance (son de cloche, souffle du vent, etc…) un peu trop génériques qui auraient mérité plus de travail et de présence pour vraiment faire entrer le joueur dans Salem.

Un jeu loin de déchaîner l’hystérie

En effet, si l’hystérie collective a engendré le fameux massacre des Sorcières de Salem, ce Murdered Soul Suspect se montre loin de provoquer le même phénomène chez les gamers, la faute aux nombreuses promesses du développeur qui avait pourtant largement le temps d’implanter tout ce qu’il nous avait fait miroiter depuis plus d’un an pour faire de son soft un vrai jeu d’enquête et non une histoire, certes passionnante, mais bien trop fixée sur des rails pour être inoubliable. Reste néanmoins une ambiance unique, un scénario bien ficelé et agréablement mis en scène, et un héros/ bad boy qui aurait mérité qu’on lui rende un peu plus honneur.

Le Vidéo-Test par Neoanderson

Réalisation: 14/20

Sur current-gen, le soft est plutôt joli mais les expressions faciales sont très loin d’un L.A. Noire et on note quelques bugs de collision (un comble pour un fantôme !). De plus, des temps de chargement viennent parfois gâcher la fête entre deux séquences. Néanmoins, l’animation est fluide et le cachet artistique de l’ensemble est tout bonnement unique, proposant une vraie personnalité à Salem, malsaine et énigmatique comme on les aime !

Gameplay/Scénario: 11/20

Le gameplay souffre de la comparaison avec deux ténors du genre « enquête », à savoir Heavy Rain et L.A. Noire. Le premier pour ses nombreux choix de dialogue qui amènent souvent à conséquence, et le second pour sa recherche d’indices et ses déductions bien plus poussées. Ici, vous êtes constamment sur des rails, sans game over possible faute de mauvais raisonnement, sans fausse piste. Heureusement que le scénario, même s’il est linéaire, est passionnant et que la fin est inattendue.

Bande-Son: 16/20

Les musiques proposent des compositions malsaines, discordantes, et assez angoissantes pour immerger le joueur au maximum, tout comme les doublages français réellement convaincants. Seuls les bruitages d’ambiance, pas assez présents, dénotent avec le reste.

Durée de vie: 10/20

Comptez cinq à six heures si vous ne faites que suivre le scénario, et environ huit heures pour récupérer quasiment 95% des documents/quêtes annexes/objets du jeu. Le souci, c’est qu’il n’y a qu’une save automatique qui vous bloquera au dernier quart d’heure du soft si vous arrivez à la fin, sans new game + (exit l’exploration donc si vous allez trop vite) et que la replay value est réduite à néant puisque vous aurez toujours le même scénario, et la même conclusion.

Note Globale N-Gamz.com: 13/20

Murdered Soul Suspect est loin d’être un mauvais jeu, c’est un fait. Son ambiance unique, son histoire passionnante et ses personnages charismatiques ne pourront que séduire les amateurs d’univers sombres et glauques en manque de serial killer. Néanmoins, les errances du gameplay, l’aspect ultra linéaire et l’absence de replay value l’empêchent d’atteindre un meilleur statut que celui de soft agréable entre deux blockbusters… mais pas à 70 Euros ! Un conseil, jetez-vous dessus en occasion, pas avant.



About the Author

Neoanderson
Hardcore gamer dans l'âme, la trentaine, Je suis le rédacteur en chef de ce site. Amoureux des RPG nourri aux Final Fantasy VII, Chrono Trigger, Xenogears, et consorts, je suis également fan de survival/horror. Niveau japanim, je suis axé shonen comme Ruroni Kenshin, Ga-Rei, Asebi et autres, mais j'apprécie aussi les seinen, Sprite en tête. Enfin, je suis un cinéphile averti, orienté science-fiction, fantastique et horreur, mes films cultes étant Star Wars, Matrix, Sucker Punch et Inception. N'hésitez pas à me suivre via mon Facebook (NeoAnderson N-Gamz), mon Twitter (@neo_ngamz) et mon Instagram (neoandersonngamz)!