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Si je vous dis RPG, généralement les premières images qui vous viennent en tête sont teintées d’ambiance médiévale à tendance fantasy et de combats à l’épée magique, en grosse armure brillante, contre des créatures sorties d’un bestiaire mythique. Et bien le soft que nous allons tester aujourd’hui se veut être une immersion dans une époque et un univers bien réel, une simulation de vie en plein coeur de la fin du Moyen-Age, dans laquelle on va suivre les tribulations d’un simple fils de forgeron. Alors, Kingdom Come : Deliverance est-il un nouveau classique du genre ? La réponse dans les lignes qui suivent !

Il y a fort longtemps dans un royaume fort lointain…

« Exit le RPG Heroic Fantasy et place à une implacable réalité historique! »

Fondé en 2011, le studio indépendant tchèque Warhorse Studios sort de l’ombre avec son premier titre qui n’est autre qu’un RPG occidental, Kingdom Come : Deliverance (KC:D pour les intimes)! Attention, chers joueurs, soyez prévenus de suite: si vous vous attendez à un Skyrim ou encore un The Witcher, vous faites clairement erreur ! Ici, il n’est pas question de dragon, de griffon ou encore d’incarner un être aux pouvoirs irréalistes mais tout simplement de jouer… Henri, le fils du forgeron, dans le royaume de Bohème de notre cher XVème siècle! On a perdu un poil en côté épique n’est ce pas ? Et bien c’est le but du studio: nous plonger en plein coeur d’une aventure historique… et nous faire aimer ça en plus!

Henri, le jeune garçon dont vous prendrez les commandes, passe sa vie entre la taverne pour draguer gentiment sa belle, ses cours de maniement d’épée et les services qu’il rend à ses parents. Mais un beau jour [Warning Spoiler], le frangin par alliance de l’Empereur du Saint Empire Romain Germanique, un poil rageux d’avoir été lésé, décide de débarquer pour raser villages et villageois afin de s’emparer des richesses du coin. Bien entendu, la famille d’Henri y passe… ce qui va lui laisser un goût amer en bouche et une immense envie de vengeance.

Une histoire dont vous êtes le héros

« Si certains NPC sont réussis, d’autres filent carrément froid dans le dos par leur inexpressivité »

KC:D nous embarque dans une épopée sur un background historique très fouillé et abouti, où la narration prend tout de même ses aises afin de romancer, nuancer et nous conter un récit sorti de l’esprit des scénaristes du soft. Malgré cette trame commune à tous les gamers, nos choix orientent les événements et permettent de monter les caractéristiques de notre jeune Henri. Persuasion, charisme, baston, tout y passe, tout est possible pour notre plus grand plaisir. En effet, si le personnage nous est imposé de base (impossible de jouer une Henriette, notamment), sa construction psychique et physique se fait via nos décisions.

Comme tout bon RPG qui se respecte, il va forcément falloir bouffer du dialogue et des heures de lecture afin de s’immerger pleinement dans le soft. Mais l’investissement vaut amplement le coup puisque les dévs sont parvenus à nous emmener dans une aventure touchante et dépaysante. La plupart des informations se retrouvent d’ailleurs ancrées dans les guides de notre menu, offrant toujours plus de détails pour les joueurs qui auraient soif de données historiques.

Sors ton épée, fils d’unijambiste ! 

« Une interface plutôt chargée mais une progression du héros très complète »

Comme tout bon RPG qui se respecte nous trouvons au programme des dialogues à choix multiples, orientant comme dit précédemment notre personnalité ainsi que les événements mais aussi les combats ! Si vous pensiez démarrer en maniant l’épée à merveille façon chevalier, oubliez ! Il sera obligatoire de galérer en partant d’une base assez peu douée qu’est notre Henri. Il va falloir s’acharner, s’entraîner, afin de monter les compétences de notre petit gars revanchard.

Niveau immersion, le monde de KC:D est plutôt vivant. Le cycle jour/nuit cale la vie des PNJ, l’ouverture des boutiques, les actions et présence de chacun afin d’accentuer le réalisme. Ne nous voilons pas la face cependant, c’est surtout dans les villages du royaume que nous rencontrerons du beau monde, car l’univers hors de ces derniers est plutôt vide, mais n’empêche en rien une ballade charmante à dos de cheval. Quoique… ce dernier se révèle bête à manger du foin et « full bug ». Heureusement que les déplacements rapides permettent de pallier à cet abruti de mangeur de carottes !

Entre soif d’aventure et… frustration

« Les combats sont vraiment frustrants tant ils manquent de dynamisme »

KC:D propose une progression lente et il faudra compter deux grosses heures avant d’attaquer les choses sérieuses ! Si le gameplay général se montre classique durant les phases d’exploration et permettra rapidement aux habitués du genre de trouver leurs marques, quand il s’agit de combat… c’est le drame ! C’est dénué de tout dynamisme et ça demande une réflexion certaine afin de savoir où taper pour briser la défense de l’ennemi et s’en débarrasser. Ça se veut « réaliste » mais c’est surtout très (trop?) exigeant. Il va donc falloir se heurter à des débuts où les défaites seront fréquentes, mais cela colle au final avec le postulat que votre protagoniste ne fait que débuter dans son aventure, partant de… rien !

Nous avons donc une expérience de jeu en dent de scie, proposant à la fois un gameplay digne des meilleurs jeux de rôle par moment, puis bancal à d’autres. Le système de sauvegarde, par contre, est totalement à la ramasse puisque hormis compter sur des autos-save complètement aléatoires, il faudra trouver un lit ou consommer une boisson nous mettant « torchon, chiffon, carpette » afin de sauvegarder comme on le souhaite.

Promenade de santé buggée

« On sent que l’ambition du studio était trop grande pour ses moyens techniques. C’est la foire aux bugs! »

Si on veut être honnête, on ne peut pas juger un titre comme KC:D comme on juge un triple A possédant une équipe monstre de développeurs et un budget colossal. De fait, si le soft est parfois très joliment travaillé, il souffre de bugs à gogo : disparition des têtes des PNJ, envolée sauvage de notre Henri vers les cieux, furieux lags, animations faciales parfois à se tordre de rire, synchronisation labiale à la masse… la liste pourrait être bien plus longue mais on espère que vous avez compris le principe. Il faut tout de même reconnaître que les jeux de lumières, les paysages et les textures sont vraiment convaincants et donnent souvent envie de se poser pour profiter de la vue !

Alors certes, on sait que l’on va se heurter à des soucis techniques dès lors que l’on met les pieds dans un RPG en monde ouvert, mais il est vraiment regrettable que ceux-ci soient si fréquents dans KC:D, cassant la dynamique et l’immersion, poussant même parfois à sourire derrière son écran… voire pire: se retrouver complètement dépité devant certaines situations.

Niveau bande-son, si les bruitages sont soignés et que l’ambiance environnementale (vent, cris d’animaux, …) vaut son pesant d’or, question dialogues…c’est tout ou rien ! D’acteurs compétents on passe allègrement à des comédiens surjouant maladroitement, rendant l’expérience tantôt crédible, tantôt digne d’un téléfilm catastrophe passant tard le soir (Meteor Alert Vs Sharknado, pour ne citer qu’un exemple).

Une nouvelle référence du RPG ?

On espère, via des updates, une meilleure finition pour un soft qui le mérite amplement

Dans le fond, Kingdom Come : Deliverance est un très bon RPG qui possède une base très solide, mais il y a encore une masse de détails à peaufiner, repenser, lisser pour obtenir un titre mémorable. Le pari de se cantonner à un fond historique est risqué, mais Warhorse Studios a réussi dans cette tâche et le réalisme du quotidien de notre Henri, allant de la gestion de son estomac à ses multiples compétences, nous donne l’impression d’avoir un contrôle total sur un monde évolutif plutôt attirant. Il n’empêche que le soft compte bon nombre de défauts, parfois marrants, parfois rageants. Il faudra faire avec, tout en croisant les doigts pour que les développeurs nous proposent, à grand renfort de mises à jour, une meilleure finition pour un soft qui le mérite amplement.

La Bande-Annonce

Réalisation: 14/20

En un mot, la réalisation est: BANCALE ! Proposant tout ou rien, à savoir des environnements magnifiques dans lesquels se heurtent des bugs à foison, KC:D a parfois du mal à nous immerger dans son monde. Les expressions faciales des personnages sont ainsi censées nous donner le ton de la conversation et nous aider à tâter la température afin de gérer au mieux les conflits, mais autant dire que lorsqu’on se retrouve à un visage figé, aux expressions de bulot et à la synchronisation labiale douteuse, les choses se compliquent… Niveau interface, on aurait également apprécié moins de menus, ou moins complexes afin d’y voir parfois plus clair sans être inondé d’explications.

Gameplay/Scénario: 16/20

Profitant d’un scénario fort et narré à merveille, Kingdom Come sort des chemins habituels du RPG. Adieu dragons, horde de morts vivants, démons millénaires et bonjour ennemis politiques aux lourdes ambitions et autres complots historiques! Le gameplay est intelligemment pensé pour la plupart des aspects : gestion du sommeil, de la faim, de l’endurance, des blessures…tout y est… sauf pour les combats qui arborent un système parfois très frustrant. De même, comment ne pas pester devant des sauvegardes anarchiques ainsi qu’un système de crochetage absolument pas pensé pour le combo clavier/souris.

Bande-Son: 15/20

Les doublages sont soit excellents, soit foncièrement mauvais. Heureusement que les bruitages et l’ambiance environnementale sonore viennent proposer une immersion auditive quasi totale.

Durée de vie: 15/20

Il faut compter une grosse trentaine d’heures, voire quarante, pour venir à bout de la campagne. Un constat qui peut largement s’agrémenter de quelques dizaines d’heures de plus selon votre envie de parcourir le royaume de Bohème, ce qui est plutôt honnête pour un RPG.

Note Globale N-Gamz: 15/20

Kingdom Come : Deliverance se pose comme un RPG possédant une base solide et concrète sur laquelle repose un gameplay riche et une scénarisation aboutie. Hélas, tout cela pâtit de gros défauts tels qu’une pléthore de bugs, des lags en pagaille, certains doublages risibles et un système de combat parfois très frustrant. Bref, ce manque de finition constant fait que KC:D perd des points là où il aurait pu s’imposer comme un futur classique, un monument des jeux de rôle. Du coup, le soft frôle souvent le très bon avant de retomber dans ses défauts. Un grand potentiel que l’on espérera voir se concrétiser au fil des mises à jour à venir. Certains nous diront que l’on aurait pu être beaucoup plus dur avec le titre, mais il ne faut pas oublier que c’est un petit studio bourré de bonnes intentions qui se cache derrière et non un mastodonte du triple A. Sans compter que ses membres ont réussi un pari osé: celui de nous fournir un vrai jeu de rôle historique, nous immergeant dans le royaume de Bohème du XVème pour des heures de plaisir pour qui saura faire fi des lacunes techniques!



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LadyDisturbed
Jeune sœur de bataille, dévoreuse de romans à la vitesse de la lumière et fanatique de jeux vidéos depuis la plus tendre enfance... voilà ce qui pourrait résumer de façon rapide votre petite rédactrice. Les mangas ne me font pas peur, la couture et le cosplay sont mon lot quotidien, l'écriture de fan fiction m'occupe et je rêve et vis dans un monde fait de fantasy et science fiction où les princesses Disney ont leur place. Éclectique, je suis ouverte à tous types de jeux, allant du RPG au FPS en passant par le Visual Novel, les MMO ou encore les jeux de stratégie et voguant dans les eaux troubles des jeux indépendants que je me plais à vous faire découvrir. Je ferais tout ce qui est possible pour être juste dans mes jugements, et puisse le sort vous être favorable !