Review

Koei Tecmo, via sa team Omega Force, continue de pérenniser le combat de masse vidéoludique en ajoutant une nouvelle franchise à son catalogue « Mûsou ». Ainsi, après avoir mis en scène les énormes robots de Gundam puis les héros de The Legend of Zelda, voilà qu’ils s’attaquent à un mastodonte du RPG nippon encore trop méconnu chez nous : Dragon Quest ! Véritable institution au Japon, la saga de Square Enix se voit ici déclinée en beat’em all à la sauce Dynasty Warriors. Bonne idée ou mix décevant de deux célèbres univers ?

Dynasty Quest ou Dragon Warriors ?

Le Royaume est en péril:les monstres autrefois pacifiques sont devenus fous!

Le Royaume est en péril:les monstres autrefois pacifiques sont devenus fous!

Dynasty Warriors n’est plus à présenter pour les amoureux de combat à 1 contre 10.000 : série de jeux « historiques » développée par Omega Force, elle retrace la Légende des Trois Royaumes Chinois à grands renforts de rixes dévastatrices et a envahi de nombreuses consoles en connaissant un joli succès, malgré son côté hautement répétitif. Dragon Quest, quant à lui, est clairement la franchise de jeu de rôle la plus appréciée au Pays du Soleil Levant. Bénéficiant d’un character design made in Akira Toriyama et de musiques épiques composées par Koichi Sugiyama, les titres estampillés « Draque » ont tous cartonné au Japon, les gamers étant friands du côté un peu « hardcore » de l’interface et du gameplay, de la non-linéarité de l’aventure et de la difficulté globale du soft poussant au leveling à outrance. Nous autres, pauvres européens, avons dû attendre le huitième opus de la saga (et quel opus!) sur PlayStation 2 pour enfin avoir les honneurs de la saga. Du coup, si Dragon Quest Heroes, mix entre le RPG précité et le Mûsou à la Dynasty Warriors, a fait grand bruit sur l’archipel nippon, il ne bénéficie pas de la même aura dans nos contrées. Pourtant, vous auriez tort de passer à côté de cet « Action-RPG » (parce que « Mûsou », ça ne colle pas avec le cahier des charges de Square Enix) qui a été littéralement bichonné par ses créateurs.

Vous pourrez compter sur des personnages clefs de la saga pour vous épauler

Vous pourrez compter sur des personnages clefs de la saga pour vous épauler

L’histoire de Dragon Quest Heroes vous place aux commandes d’un chevalier royal à choisir entre Lucius, le stratège à l’allure de Super Saiyan version héroic-fantasy, et Aurora la bretteuse qui adore foncer tête baissée dans l’action. Ils sont amis d’enfance et vivent sereinement à Arbera, la capitale d’un Royaume dirigé par le Roi Doric, où monstres et humains connaissent une parfaite harmonie. C’était sans compter sur l’incantation diabolique d’un mystérieux sorcier qui va corrompre le cœur des mutants et les rendre extrêmement agressifs. Vous l’aurez compris, c’est à vous qu’incombe la tâche d’arrêter cet être malfaisant en dégommant du squelette, du blob (qu’on appelle ici « gluant) ou encore du golem à tour de bras dans des batailles où vous serez toujours en sous-nombre (1 contre 100, en général). Heureusement, vous allez recruter une série de compagnons au cours de votre périple, tous issus d’anciens épisodes de Dragon Quest, histoire de rééquilibrer la donne !

Mûsou ou Action-RPG ? Non : Tower Defense !

Une statue à défendre? Faites appel aux monstres que vous avez emprisonnés!

Une statue à défendre? Faites appel aux monstres que vous avez emprisonnés!

D’entrée de jeu, ce qui frappe lorsqu’on entame quelques batailles dans Dragon Quest Heroes, c’est l’étroitesse des environnements. A l’inverse d’un Dynasty Warriors et ses cartes immenses, les combats de Lucius et Aurora ont tendance à se dérouler sur des aires plus réduites. La raison ? Le changement radical de gameplay opéré par Omega Force pour différencier son dernier bébé d’un Mûsou classique. La façon d’y parvenir est plutôt diabolique : faire de Dragon Quest Heroes… un Tower Defense à l’arme blanche ! De fait, alors que dans les précédents titres du studio, vous aviez pour mission de foncer dans le tas, d’attaquer sans cesse pour prendre de nouvelles bases ennemies et les faire vôtres, ici c’est complètement l’inverse puisque la plupart des missions vous demanderont de protéger un objectif donné disposant de sa barre de vie propre (objet, lieu ou personne). Du coup, on perd un peu le côté épique de la saga Dynasty pour quelque chose de plus stratégique.

Les affrontements contres les boss sont plutôt impressionnants

Les affrontements contres les boss sont plutôt impressionnants

Ainsi, on retrouve le bon vieux principe des « tourelles » propre au Tower Defense, ici remplacées par des pièces lâchées par les monstres abattus et qui vous permettront de les invoquer en votre faveur histoire de tenir telle ou telle position ou encore de déclencher un coup unique mais surpuissant. Quand on sait que chaque monstre emprisonné prend une certaine place dans votre barre d’invocation, vous comprendrez qu’il faudra parfois sacrifier 3 ou 4 jetons « basiques » (squelette, chauve-souris, …) pour privilégier un golem qui vaut autant de jetons à lui-seul.

Bien entendu, l’attaque est également de mise avec des vagues d’ennemis apparaissant à l’infini tant que vous n’avez pas détruit les créatures générant leur portail d’arrivée. De quoi instaurer une belle tension entre vos allers-retours « objectif à défendre – portail – objectif à défendre ». Heureusement, une téléportation fonctionnant avec des cristaux à activer aux quatre coins de la map vous sera bien utile. Et puis, n’allez pas croire que vous êtes seul contre tous. Que nenni ! Vous allez pouvoir recruter pas moins de douze héros au total, la majorité étant des personnages phares de la saga Dragon Quest comme Terry, alias Tommy en VF, de DQ VI, ou encore la soigneuse aux formes généreuses Jessica et son binôme bien plus bourrin Yangûs, tout droit sortis de DQ VIII. Des combattants qui ont tous leurs points forts et surtout la bonne idée de se manier radicalement différemment !

Un côté RPG pas renié

Chaque personnage dispose de trois coups spéciaux issus de la série

Chaque personnage dispose de trois coups spéciaux issus de la série

Du coup, il est temps de passer à la maniabilité en elle-même. Le jeu se base sur un concept classique de Mûsou. Une touche pour les coups faibles, une autre pour les coups forts, une garde, une esquive, et trois coups spéciaux à déclencher avec R1 et carré, croix ou rond. Ces derniers entament une barre de MP qui se régénère petit à petit. Vous pourrez également remplir une jauge de tension en gardant votre doigt appuyé sur rond ou en abattant des monstres par dizaines. Celle-ci vous permettra d’entrer dans l’état éponyme, vous rendant invincible et vous offrant une attaque ultime brillamment mise en scène. Un gameplay nerveux et vraiment jouissif (quoiqu’un peu répétitif sur la fin) qui vous donnera souvent un sentiment de surpuissance, même si certains affrontements de fin de jeu vous demanderont de la réflexion et une bonne parade.

On regrette le faible nombre de combos

On regrette le faible nombre de combos

Comme dit plus haut, les héros sont vraiment différents et remplissent les rôles bien connus des amoureux de RPG comme healer, tank, mage ou encore le sacro-saint protecteur adepte des sorts de défense de groupe. Étant donné que vous ne pouvez embarquer avec vous que trois autres camarades de combat, à vous de choisir judicieusement vos compagnons d’armes en fonction des situations. A noter que l’I.A. de ces derniers est plutôt bonne et qu’ils vous soigneront en temps et en heure, tout en vous laissant le soin de donner le coup de grâce aux boss histoire de ne pas vous frustrer. Vous pouvez également, à tout moment, prendre le contrôle d’un autre combattant sur simple pression de L2, sans aucun chargement. De quoi varier le gameplay.

Un bon côté RPG avec boutiques, quêtes annexes et... points de compétence à dépenser!

Un bon côté RPG avec boutiques, quêtes annexes et… points de compétence à dépenser!

Enfin, ascendance jeu de rôle oblige, le titre vous propose une base d’opération, l’Aéroc, qui contient tout ce qu’un bon village RPG peut héberger : une boutique d’armes, une autre pour les armures (ici remplacées par des orbes), un bureau de quêtes annexes, un crafteur pour concevoir vos propres objets via des recettes, un bureau des distinctions qui vous récompense de mini-médailles pour vos hauts faits, un échangeur de mini-médailles contre des items rares, et surtout la cultissime église typique de Dragon Quest, histoire de sauvegarder votre partie avec les mêmes bruitages 8bits qu’à l’époque. On termine cet aspect « rôliste » par des héros qui montent de niveau au fur et à mesure de leurs combats, ce qui vous permettra de répartir des points de compétence dans des boosts de HP, de MP, de sagesse ou encore de vitalité, mais aussi d’augmenter la puissance de vos coups spéciaux ou encore de vos parades. Idéal pour personnaliser au mieux votre fine équipe.

Portage PlayStation 3 soigné

Malgré le nombre important d'ennemis à l'écran, l'animation du jeu est un modèle de fluidité... 95% du temps

Malgré le nombre important d’ennemis à l’écran, l’animation du jeu est un modèle de fluidité… 95% du temps

Techniquement, Dragon Quest Heroes propose une animation extrêmement fluide 95% du temps, et c’est déjà un exploit quand on voit parfois une bonne centaine de monstres à l’écran, accompagnés par un ogre titanesque essuyant les effets pyrotechniques spectaculaires des coups de vos compagnonsn sans que la console ne bronche. Niveau graphismes, le jeu est beau, certes, mais ne représente pas une claque visuelle comme on est en droit d’en attendre sur PlayStation 4. Il faut dire que le titre est également sorti sur PS3 au Japon (bizarrement pas chez nous) et que cela a dû forcer le développement Next-Gen un peu à la baisse. Cela est d’autant plus visible lors des cinématiques, qui sont sublimes mais précalculées. On se dit qu’elles auraient largement pu tourner avec un moteur comme le Frostbite 3, par exemple, et représenter la norme visuelle du soft pour les phases jouables également. Du coup, on a cette cassure entre les graphismes ingame, beaux mais aliasés, et ces cuts-scènes qui mettent la barre bien plus haut en termes de réalisation. Il n’empêche, Dragon Quest Heroes reste un titre très joli à regarder, le chara-design de Toriyama n’y étant clairement pas étrange, et c’est déjà pas si mal.

La qualité des cinématiques tranche avec la réalisation graphique seulement "jolie" de Dragon Quest Heroes

La qualité des cinématiques tranche avec la réalisation graphique seulement « jolie » de Dragon Quest Heroes

Musicalement, la B.O. vient du compositeur attitré de la série : Koichi Sugiyama. Le résultat sera reconnaissable entre mille pour les fans de la saga puisque la majorité des compositions proviennent des précédents opus de DraQue. Le souci, c’est qu’on est un peu loin des musiques orchestrales somptueuses du VIII et que les boucles symphoniques ont tendance à être trop courte, générant une répétitivité des pistes sonores en combat ou à bord de l’Aéroc qui risque de vous prendre la tête par moments (ND Neo : surtout que vous allez passer du temps à bord de cet aéronef ! La faute à une interface vieillotte dans les boutiques ou à l’église notamment. Vendre 10 objets d’un coup ? Impossible !). Fort heureusement, les bruitages sont excellents, tout comme les doublages anglais (ou japonais avec textes en français) qui cernent plutôt bien les personnalités des héros. Petite featurette sympa : les voix des combattants en plein affrontement sortent directement de votre Dual Shock, ce qui évite qu’elles soient noyées dans le tumulte sonore de la rixe.

Un vrai cadeau pour les fans

Dragon Quest Heroes avait de quoi rendre les adeptes de RPG cultes un peu anxieux. Pourtant, ils peuvent être rassurés car Omega Force a réellement cerné l’essence même d’un Dragon Quest pour nous la ressortir dans un Action-RPG « Tower Defense » de haute volée, rempli de fan-service, et qui trouve toujours une petite astuce de gameplay à nous sortir pour relancer l’intérêt au travers de la vingtaine d’heures de jeu que dure l’aventure. Une réussite qui propose une myriade de choses à faire, de personnages à customiser et d’objets à récupérer, le tout servi par une réalisation plus que correcte. Amoureux de la saga ou tout simplement adeptes d’une action survoltée, foncez !

Le Vidéo-Test par Neoanderson

Réalisation: 15/20

C’est extrêmement fluide 95% du temps et c’est plutôt joli à regarder, mais on ne peut s’empêcher de se sentir frustrés lorsqu’on voit la qualité Next-Gen des somptueuses cinématiques qui auraient dû représenter le rendu ingame. Au final, on se retrouve avec un jeu « assez beau » mais aliasé, preuve que le développement commun sur PS3 et PS4 a du freiner les ardeurs de l’équipe en charge des graphismes.

Gameplay/Scénario: 17/20

Le scénario est prétexte à l’arrivée dans votre équipe de personnages charismatiques issus des opus RPG de Dragon Quest, mais il se laisse agréablement suivre. Le gameplay, quant à lui, surprend au premier abord. On s’attend à du Mûsou et on se retrouve en face d’un jeu qui tient plus du Tower Defense. Cela est loin d’être une tare, que du contraire, tant les affrontements se montrent tendus et nerveux. Heureusement, vos héros répondent au doigt et à l’œil, et si l’on peut déplorer la relative simplicité des combos, le fait de pouvoir switcher d’un combattant à l’autre en un clin d’œil, la téléportation et l’usage des monstres comme « tourelles » défensives nous offrent de beaux moments de bravoure, sans compter tout l’aspect RPG « sans prise de tête » qui permet de réellement customiser ses héros.

Bande-Son: 15/20

Si on est heureux de retrouver Koichi Sugiyama aux commandes de la bande-son, on regrette que cette dernière n’utilise principalement que des thèmes issus des anciens Dragon Quest. De même, les boucles musicales sont trop courtes, entraînant une certaine monotonie. Les bruitages, par contre, mettent vraiment dans l’ambiance et les doublages anglais (ou japonais) sont plutôt savoureux. Bonne idée également : faire sortir la voix de vos protagonistes en combat directement du haut-parleur de la Dual Shock, ce qui évite qu’elle soit noyée dans le bruit assourdissant des affrontements.

Durée de vie: 18/20

Comptez une vingtaine d’heures pour voir le bout de l’histoire, avec un New Game + possible. A côté de ça, il y a des dizaines de choses à faire dans Dragon Quest Heroes : recherche de cartes aux trésors menant vers des zones à boss surpuissants, crafting d’objets, exploits à accomplir pour obtenir des mini-médailles, personnages à booster au maximum, … vous aurez largement de quoi vous amuser entre deux missions principales !

Note Globale N-Gamz.com: 16/20

Dragon Quest Heroes : Le Crépuscule de l’Arbre du Monde est une vraie bonne surprise ! On avait peur du mélange contre nature des genres RPG et Mûsou, mais c’était sans compter sur le talent d’Omega Force, qui a cerné ce qui faisait un bon Dragon Quest pour nous le resservir à la sauce Action-Tower Defense dans un écrin plutôt étincelant. Les fans prendront énormément de plaisir à redécouvrir leur saga fétiche sous un angle nouveau, et les amoureux d’action trouveront un titre au gameplay travaillé proposant une durée de vie bien au-dessus de la moyenne et des tonnes de bonnes idées. Des spin-off aussi atypiques que ça, on en veut bien tous les jours !



About the Author

Neoanderson
Hardcore gamer dans l'âme, la trentaine, Je suis le rédacteur en chef de ce site. Amoureux des RPG nourri aux Final Fantasy VII, Chrono Trigger, Xenogears, et consorts, je suis également fan de survival/horror. Niveau japanim, je suis axé shonen comme Ruroni Kenshin, Ga-Rei, Asebi et autres, mais j'apprécie aussi les seinen, Sprite en tête. Enfin, je suis un cinéphile averti, orienté science-fiction, fantastique et horreur, mes films cultes étant Star Wars, Matrix, Sucker Punch et Inception. N'hésitez pas à me suivre via mon Facebook (NeoAnderson N-Gamz), mon Twitter (@neo_ngamz) et mon Instagram (neoandersonngamz)!