Review

Twin Peaks, de David Lynch, est clairement une série qui aura marqué son époque. Si on peut lui reprocher une intrigue trop vite expédiée dans la seconde saison et certaines inconstances de qualité, l’œuvre de Lynch n’en reste pas moins totalement ancrée dans le mystère, le décalé et le surnaturel. Après un Alan Wake développé par Remedy qui en reprenait certains codes, voici venir Deadly Premonition Director’s Cut, de Marvelous, qui prend le même postulat de départ. Pour un résultat tout aussi réussi que son modèle télévisuel ? Pas si sûr.

Il y plusieurs personnes…dans ma tête ! 

L'agent York, en plus d'être totalement schizo, porte cette aventure à lui seul!

Si Laura Palmer était la victime malheureuse qui allait révéler le secret de toute une ville dans Twin Peaks, on peut clairement dire qu’Anna Graham (jeu de mots !) est celle qui démontrera à tous que la paisible bourgade de Greenvale ne tourne pas rond ! Retrouvée éventrée, ligotée façon crucifixion du Christ sur le tronc d’un arbre centenaire, un serpent se lovant amoureusement entre ses seins et un noyau rougeâtre enfoncé dans la gorge,  la demoiselle était celle que tout le monde rêvait d’être. Belle, joyeuse, promise à un brillant avenir, l’égérie de la ville provoque, avec sa mort, l’effet d’une onde de choc, qui parvient à ébranler jusqu’au F.B.I. lui-même. Ni une, ni deux, le décalé agent York est envoyé sur les lieux pour enquêter…

Hélas, notre enquêteur un brin psychotique puisqu’il héberge dans sa tête pas moins d’une entité philosophe, Zack, mais aussi une chambre rouge où l’attendent deux angelots malsains, n’a même pas le temps d’arriver à Greenvale qu’il est l’objet d’une mystérieuse sortie de route. Et comme si cela ne suffisait pas, le voilà propulsé dans une dimension alternative et dangereuse où règnent les âmes maudites et un serial killer prêt à tout pour conserver le secret de la mort d’Anna. C’est parti pour un scénario totalement alambiqué, diablement intéressant, qui vous fera interroger, dans le monde réel, des dizaines de personnes, récolter des indices, nouer des liens d’amitié, voire d’amour, mais aussi combattre des hordes de monstres zombifiés et poursuivre une Miss Graham bien vivante dès l’altération de la réalité par on ne sait quel sombre personnage.

Un gameplay riche. Trop peut-être ? 

Le soft mélange séquence de TPS et enquête à la GTA/L.A. Noire

Aux commandes de l’agent York, vous allez entrer dans un soft qui se divise en chapitres, ou épisodes avec un résumé du précédent et une note finale, et qui se scindent tous clairement en deux phases. La première, la plus simple, consiste en un survival/TPS mou du genou, ou vous ramassez des armes (à durabilité !), des munitions et des trousses de soins dans des décors aux teintes rougeâtres, à la poursuite d’indices immatériels sur Anna, tandis que des morts-vivants vous harcèlent. Si le tout se maîtrise comme le tout premier Resident Evil (pas de roulade ou autres planque contre les murs…), vous aurez néanmoins deux-trois subtilités à votre disposition, comme le fait de bloquer votre respiration pour passer inaperçu des ennemis. Utile dans les niveaux les plus ardus. Vous ramasserez également des récompenses et des dollars histoire de pouvoir subvenir à vos besoins dans la seconde phase de jeu : le GTA/L.A. Noire –like (oui, c’est un terme que je viens d’inventer, et alors !)

C’est durant ces phases d’enquête que vous découvrirez le gros du gameplay, à savoir une vraie simulation d’enquêteur. Vous allez vous balader de maisons en maisons à Greenvale pour accomplir des quêtes annexes, épier des gens, ramasser des bonus, etc…le tout afin de faire toute la lumière sur la mort d’Anna. C’est là tout le sel dudit gameplay car le titre vous oblige à parcourir la ville d’heure en heure, chaque habitant vaquant à ses occupations. Un petit côté investigation qui n’est pas sans déplaire, mais qui est grevé par un rythme ultra lent et une carte vraiment mal optimisée (mais où est cette p*$^# de station-service !)

La réalisation m’a « TUER » (signé…Anna Graham, experte littéraire !) 

Maniabilité rigide et réalisation désastreuse pour un scénario palpitant…

Si la séquence d’introduction, malgré une réalisation datée, risque bien de vous laisser sur le cul en termes d’ambiance et de symbolisme (l’arbre, Anna crucifiée, le serpent, et surtout la musique gothique), force est de constater qu’une fois le vrai jeu lancé, le constat est moins réjouissant. Ainsi, dès les premières minutes de gameplay, vous allez vous retrouver nez à nez avec un soft digne de l’ère PS2 en milieu de vie. Modélisations 3D simplistes (même si le chara design est soigné, notamment sur York), animation ultra saccadée en extérieur, aliasing qui empêche de longues sessions de jeu sous peine d’attraper une cataracte fulgurante et innombrables bugs de traduction, tout concourt à vous faire lâcher la manette en hurlant : « Mes yeux… mes yeuuuuuuuuuuuux !!! ». Ajoutez à cela un personnage raide comme un balai, des véhicules lents au possible et des temps de chargement qui vont parfois vous faire regretter d’épier par telle ou telle fenêtre…et vous comprendrez que peu de gens pourront se targuer d’avoir fini le soft.

Heureusement que niveau bande-son, le soft s’en tire beaucoup mieux malgré une paire de bugs. Certes, les bruitages sont vraiment à la ramasse, mais les voix sont dans le ton, les râles des zombies filent une sacrée pétoche, et la musique est totalement en osmose avec le titre : décalée ! Ne vous étonnez pas d’entendre de la country mélangée à des chants grégoriens ou une piste sonore toute en sifflement, c’est normal dans Deadly Premonition ! Et le pire, c’est que ça passe bigrement bien, renforçant l’ambiance complètement paranormale du soft. Tout n’est donc pas à jeter, heureusement !

Deadly…Déception 

Bigre, alors qu’on pensait que cette version Director’s Cut allait enfin rendre hommage au scénario torturé du Deadly Premonition sorti sur 360, en lui offrant une réalisation digne de ce nom, on se retrouve au final devant un soft quasiment identique, qui a hérité de toutes les tares de son modèle. Réalisation ultra datée et indigne d’un jeu PS3, lourdeurs de gameplay, frustration omniprésente et nombreux bug auront raison de la majorité des joueurs. Pour ceux qui persisteraient, poussés par une histoire passionnante mais mal rythmée, ils découvriront un soft incroyablement riche, mais décidément bien mal fagoté. Dommage, les aventures de l’agent York et de son dédoublement de personnalité auraient mérité meilleur traitement.

Le vidéo-test

Réalisation: 06/20 

Une réalisation digne dela PS2 au service d’un gameplay antédiluvien. Graphismes aliasés, couleurs baveuses, tearing omniprésent et ralentissements à foisons, Deadly Premonition est complètment à la ramasse sur le plan technique. Heureusement qu’un character design sympa sauve le jeu de l’abysse.

Gameplay/Scénario: 14/20  

Le gameplay est rigide au possible, avec un héros raide comme un bâton, l’impossibilité d’avancer et de tirer, des temps de chargement immondes, des séquences en voiture horripilantes et bourrées de bugs… Bref, un jeu développé avec les pieds. Heureusement, le scénario àla Twin Peakssauve le soft avec un mystère omniprésent et un GTA Like qu’on a envie de continuer pour comprendre le fin mot de l’histoire.

Bande-Son: 16/20   

Doublages hallucinatoires, musiques totalement barrées et toujours dans le ton, seuls les bruitages détonnent avec le reste, mais le voyage auditif reste assez inoubliable.

Durée de vie: 16/20 

Le jeu est long, très long, et surtout très riche avec une pléthore de bonus à récupérer, d’enquêtes à résoudre, et de persos secondaires. Une réussite à ce niveau.

Note Globale N-Gamz.com: 12/20 

Deadly Premonition propose une aventure riche et passionnante, au détriment de sa technique avec des graphismes hideux, une animation innommable, une maniabilité éculée et des mécaniques de gameplay simplistes. Néanmoins, si vous vous accrochez, vous vivrez une histoire hors norme… A vous de voir, mais nous, on a apprécié le voyage rien que pour l’histoire, même s’il a fallu se faire violence…



About the Author

Neoanderson
Hardcore gamer dans l'âme, la trentaine, Je suis le rédacteur en chef de ce site. Amoureux des RPG nourri aux Final Fantasy VII, Chrono Trigger, Xenogears, et consorts, je suis également fan de survival/horror. Niveau japanim, je suis axé shonen comme Ruroni Kenshin, Ga-Rei, Asebi et autres, mais j'apprécie aussi les seinen, Sprite en tête. Enfin, je suis un cinéphile averti, orienté science-fiction, fantastique et horreur, mes films cultes étant Star Wars, Matrix, Sucker Punch et Inception. N'hésitez pas à me suivre via mon Facebook (NeoAnderson N-Gamz), mon Twitter (@neo_ngamz) et mon Instagram (neoandersonngamz)!