Review

Cela vous brancherait une balade en pleine époque coloniale américaine? La Virginie ça vous fait rêver ? Et si je vous rajoute une bonne dose d’ambiance à la Sin City pour le côté artistique ? Vous en voulez encore ? Alors on termine avec un FPS prenant et mystérieux sur PC. Ça vous parle à présent? Et bien prenez votre arc, je vous emmène dans un monde angoissant où deux réalités s’affrontent!

Encore un qui se réveille sur une plage…

Deux dimensions, un seul et même mal

C’est quoi cette mode de faire en sorte que le héros principal d’un jeu se réveille sur une plage aux côtés de son navire échoué ? Et pourquoi, alors que la situation est déjà mal embarquée, les développeurs prennent-ils un malin plaisir à y rajouter un unique chemin s’engouffrant dans une lugubre forêt… chemin parsemé de statues arborant des messages du style « Fais demi-tour… », « Allez soit pas bête, tu pourras plus repartir ! », « Wouhou tu sais pas lire, j’te dis de pas continuer ! ». Mais forcément, on fonctionne comme les gosses nous… psychologie inversée ! En plus, une espèce de petit chaperon rouge inquiétant vous observe au loin… Alors, toujours envie de continuer ? Bien sûr, et plutôt deux fois qu’une !

Avant de vous en dire plus sur ce qui vous attend dans cette promenade qui va s’avérer mouvementée, laissez-moi vous présenter Blackpowder Games, le développeur et éditeur de ce Betrayer. En effet, il s’avère que le Studio est composé d’ex-employés de Monolith Productions, qui a notamment œuvré sur des titres à tendance horrifique tels que F.E.A.R. Avec leur nouveau bébé, ils changent d’atmosphère et nous plongent dans une ambiance 17ème siècle, en pleine conquête des grands espaces nord-américains. Mais tout ne va pas se passer comme prévu pour notre héros. Fraîchement arrivé d’Angleterre (enfin fraîchement…y’avait de la route à l’époque tout de même), notre homme devait incorporer une accueillante colonie. Hélas, sur son chemin, il ne trouvera qu’un Fort dans lequel toute forme de vie semble faite… de cendres ! Continuant votre périple, vous ne tarderez pas à tomber sur des sépultures funèbres et divers parchemins laissant entrevoir les mortels événements qui se sont abattus sur ce lieu vierge. Ben oui Virginie…vierge, Elizabeth première du nom, ça vous parle ?

Deux dimensions pour résoudre le mystère

L’autre monde est terriblement angoissant

Vous l’aurez compris, on sent le petit côté historique au fil de l’intrigue, et si vous êtes féru de cette époque, vous serez indubitablement ravi. Si en plus on vous avoue que vous allez croiser des personnages peu sympathiques ressemblants à des conquistadors mécanisés principalement intéressés par votre mort, autant dire que vous ne risquez pas de chômer pour survivre. Mais revenons-en au Fort, dans lequel notre protagoniste mettra rapidement la main sur une cloche qui, une fois utilisée, vous enverra directement dans « l’autre monde », une dimension à l’ambiance pesante, lourde, dont les sonorités vont vous mettre à l’aise. Exit les conquistadors, cette fois place à des squelettes et des spectres dont vous devrez vous débarrasser afin de purger le monde de leur corruption. Le même schéma doit également être accompli dans votre dimension, où chaque ennemi occis purge un peu plus le mal de votre zone et vous permettra d’accéder à la suivante. A noter que lors de vos séjours dans l’autre monde, vous rencontrerez des âmes errantes ne comprenant pas ce qui leur est arrivé, à eux ou à leurs proches… à vous d’enquêter afin de leur rafraîchir la mémoire et d’apaiser leurs souffrances. Un vrai FPS ésotérique, en quelque sorte.

La connaissance des armes est essentielle

D’ailleurs, un petit mot sur les ennemis n’est pas contre-indiqué, puisque leur I.A. est assez « chaotique ». Certains auront ainsi un vrai Q.I. d’huître (ou de moule, selon votre préférence marine) et ne vous apercevront qu’à peine arrivé devant eux, tandis que d’autres sentiront votre présence à dix kilomètres et entraîneront tous leurs petits camarades à vos trousses. Dans ce cas de figure, n’espérez pas vous échapper, vos adversaires vous traqueront sur des centaines de mètres ! A vous de trouver les armes qui exploiteront leurs points faibles: arc long, arc court, pistolet et mousquet (époque oblige!), et même tomahawk! Il y a de quoi faire, d’autant que vous pourrez en équiper pas moins de trois, ainsi que trois charmes vous octroyant divers bonus (défense, rapidité de rechargement d’arme et compagnie). Les combats ne sont guère épiques mais certains vous feront mordre votre clavier. En effet, tant que vous n’aurez pas nettoyé la zone complètement, les morts ressusciteront.

En rouge et noir !

S’il y a bien une chose de marquante dans Betrayer, c’est son esthétisme. En effet, le soft offre en quasi-permanence un noir et blanc stylisé. Vous y trouverez juste des touches de rouge sur vos ennemis, coffres non ouverts, végétation ensanglantée… Bref un Sin City, en un peu moins sombre. Là où les développeurs sont sympas c’est que si vous n’aimez pas le genre monochrome, vous pourrez toujours pousser la saturation afin d’avoir de l’herbe verdoyante et une ambiance plus « cosy ». Mais n’allez pas croire qu’il en sera de même dans « l’autre monde ». Là, l’univers restera glauque à souhait ! Quelques sautes de frame rate sont à noter par-ci par-là mais rien d’handicapant ni de gênant, d’autant que le titre est régulièrement mis à jour par des développeurs très à l’écoute de la Communauté.

Couleur ou monochrome, à vous de choisir

La bande-son, quant à elle, fait partie intégrante de l’ambiance oppressante posée par Betrayer. Certes, il n’y a pas vraiment de musique à proprement parler, mais niveau bruitages, c’est une réussite. Du bruit du vent dans les feuillages en passant par les horrifiants dialogues altérés de l’autre monde, tout concours à vous immerger dans ce voyage malsain. En parlant de vent, justement, sachez que vous devrez prendre en compte le sens de ce dernier afin de ne pas vous faire repérer par vos ennemis. D’ailleurs, vos adversaires feront tous un bruit particulier une fois touché, ce qui, à force de poutrage de mobs, vous permettra de savoir à quel genre ils appartiennent et quelle stratégie adopter pour les faire passer de vie à trépas (même s’ils sont pour la plupart déjà morts, ahem…).

J’suis pas déjà passé par là ?

L’une des principales forces de Betrayer réside principalement dans le fait… qu’on ne sait rien ! Ni ce qui se passe, ni ce qui s’est passé, ni même où l’on va… et où l’on doit aller. Et c’est aussi l’une de ses grandes faiblesses car si l’envie d’en apprendre plus est bien présente, on passe parfois quinze fois au même endroit, dans les deux dimensions, en abattant ces satanés ennemis afin de reprendre de nouveaux Forts, la demoiselle à la cape rouge nous suivant continuellement. Certes, des morceaux de journaux sibyllins répondent présents et les dialogues avec les esprits sont touchants, d’autant que leurs derniers instants sont parfois marquants. Bref, on sent que la trame est là, à nous de la découvrir, mais il faut souvent « sortir les rames » pour la suivre et c’est dommageable au voyage offert par le soft. Néanmoins, Blackpowder Games nous emmène, avec Betrayer, dans un périple cauchemardesque et envoûtant, pour une somme plus que raisonnable. On aurait tort de se priver.

La bande-annonce

Réalisation: 16/20

Betrayer est beau, il faut le dire. La patte artistique est magnifiée par les jeux de lumières et d’ombres, le mouvement des herbes, des feuilles dans les arbres, l’impact du vent sur l’environnement, et le changement d’ambiance dans « l’autre monde ». On est vraiment immergé dans cette atmosphère oppressante, si bien que l’on se verra sursauter une fois ou deux. Quelques chutes de frame rate sont à déplorer, mais rien de bien méchant.

Gameplay/Scénario: 15/20

Un scénario certes intéressant mais très long à découvrir. Trop d’errance en jeu malgré un level design soigné… Petit handicap supplémentaire, le titre est uniquement disponible en anglais. Prendre l’époque de la colonisation du Nouveau Continent comme période historique pour situer l’action est une excellente idée, car on peut y voir le côté peu humain, voire même monstrueux qui y est associé. Le gameplay est des plus simples : on y retrouve les principes de base d’un FPS. Avancer, sprinter, se faire discret, zoomer, tirer, recharger…pas de soucis à ce niveau-là. On prend plaisir à traquer l’ennemi avant qu’il n’en fasse de même, malgré une I.A. perfectible.

Bande-Son: 15/20

Il n’y a pas de musique à proprement parler dans Betrayer. Néanmoins, la bande-son est excellente et l’on ne peut s’en passer ! Chaque bruit de pas à son importance, chaque bruissement d’herbe peut vous révéler la présence d’un ennemi, et l’impact sonore du vent a une importance cruciale sur votre survie. Sans parler de « l’autre monde » et de ses dialectes corrompus qui vous feront frissonner.

Durée de vie: 15/20

Comptez éventuellement plusieurs dizaines d’heures pour voir le bout du soft. En effet, il est difficile de chiffrer Betrayer en termes de durée de vie. On revient souvent sur ses pas, parfois on a de la chance et tout s’enchaîne, parfois on se fera des brochettes d’ennemis durant des plombes alors qu’à d’autres moments, ce sont eux qui se feront une joie de nous humilier… plusieurs fois d’affilée en prime ! Il en va de même sur votre envie d’en savoir plus sur les protagonistes, d’enquêter… Si vous êtes patients, vous vous laisserez facilement happer.

Note Globale N-Gamz.com: 15/20

Betrayer est un bon titre en soit. Hélas, il souffre de quelques handicaps pour le marché français. La langue anglaise premièrement, le manque de fluidité dans le récit et dans les indications nécessaires pour avancer, et la trame « colonisation » qui est pourtant excellente mais ne parlera peut-être pas à un public peu adepte de l’histoire du Nouveau Continent (version angoissante, revue et corrigée). Cependant la beauté du soft et l’ambiance valent largement le détour. 



About the Author

LadyDisturbed
Jeune sœur de bataille, dévoreuse de romans à la vitesse de la lumière et fanatique de jeux vidéos depuis la plus tendre enfance... voilà ce qui pourrait résumer de façon rapide votre petite rédactrice. Les mangas ne me font pas peur, la couture et le cosplay sont mon lot quotidien, l'écriture de fan fiction m'occupe et je rêve et vis dans un monde fait de fantasy et science fiction où les princesses Disney ont leur place. Éclectique, je suis ouverte à tous types de jeux, allant du RPG au FPS en passant par le Visual Novel, les MMO ou encore les jeux de stratégie et voguant dans les eaux troubles des jeux indépendants que je me plais à vous faire découvrir. Je ferais tout ce qui est possible pour être juste dans mes jugements, et puisse le sort vous être favorable !