Hier, Asha Sharma, la nouvelle PDG d’Xbox nommée en février dernier pour succéder à Phil Spencer, s’est rendue dans les locaux de Bethesda Game Studios à Rockville, dans le Maryland. L’objectif officiel de cette visite était de découvrir une démonstration en direct de The Elder Scrolls VI, le jeu ultra-attendu du studio. Sur X, la dirigeante a d’ailleurs partagé son enthousiasme : « Partie en direct de The Elder Scrolls VI : ******** ce matin. L’ampleur et la grandeur sont incroyables. L’histoire est encore plus grande. » Bethesda a répondu poliment en la remerciant pour sa visite.
Pourtant, à l’extérieur et à l’intérieur des bureaux, le climat n’avait rien d’amical. Les employés, regroupés notamment au sein du syndicat OneBGS (affilié à la Communication Workers of America, CWA), avaient préparé un accueil pour le moins hostile. Un immense rat gonflable baptisé « Scabby », symbole classique des manifestations syndicales américaines contre les pratiques jugées injustes, trônait fièrement sur la pelouse. Des centaines de drapeaux rouges — environ 800 selon plusieurs témoignages — parsemaient t le sol, chacun représentant un collègue licencié depuis juillet 2025. Des chants tels que « C’est qui le rat ? Microsoft ! » résonnaient. Des pancartes et affiches exprimaient clairement le sentiment dominant, avec des messages du type « Gardez les devs et virez les CEO », illustrant le rejet de la direction, comme vous pourrez le constater dans la vidéo Facebook postée pour l’occasion.
À l’intérieur, les salariés ont tenté de rendre leur présence visible en plaçant des posters autour de leurs bureaux. La direction les a immédiatement sommés de les retirer s’ils étaient orientés vers l’extérieur. Ils ont alors improvisé avec des ballons à l’intérieur des cubes. Nathan Hahn, producteur technique et membre du syndicat, a résumé l’état d’esprit : « Nous avons appris que la direction de Microsoft venait dans nos bureaux cette semaine, et avons décidé de rendre notre présence visible au bureau pour montrer comment nos développeurs ont été impactés par ces licenciements dévastateurs. […] Chaque drapeau rappelait publiquement combien de personnes la direction a licenciées de nos équipes – pas seulement nos collègues et collègues, mais aussi nos amis au final. »
Cette manifestation n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans un contexte de licenciements massifs orchestrés sous la houlette de Sharma. En juillet 2026, Xbox a annoncé la suppression d’environ 3 200 postes sur l’exercice fiscal 2027, dont 1 600 immédiats. Bethesda et les studios ZeniMax ont été durement touchés, avec des pertes de talents clés sur The Elder Scrolls VI et d’autres projets. Les développeurs redoutent des retards, du crunch intensifié et le remplacement d’experts par des contractuels moins coûteux. L’ambiance dans les studios est décrite comme déplorable : démoralisation, sentiment d’abandon, perte de connaissances institutionnelles et colère face à une restructuration présentée comme un « great reset » nécessaire parce que « the business is not healthy ».
Asha Sharma, arrivée sans expérience préalable dans l’industrie du jeu vidéo (elle vient de l’IA chez Microsoft, après des postes chez Meta et Instacart), n’a jamais suscité l’adhésion. Dès sa nomination, les critiques ont fusé sur son profil d’« outsider », son manque de crédibilité en tant que « gamer » et sa vision perçue comme purement financière. Les vagues de suppressions d’emplois, les cessions de studios et le pivot forcé vers quelques franchises majeures ont radicalisé le rejet. Pour beaucoup de salariés, elle incarne une direction déconnectée qui privilégie les marges au détriment des créateurs. Le syndicat martèle que « layoffs like this cannot continue » et organise de nouveaux rassemblements.
Le contraste est saisissant : tandis que cette chère Asha Sharma vante l’échelle et la grandeur d’Elder Scrolls VI, les équipes qui le construisent se battent pour survivre. Le rat gonflable, les drapeaux rouges et les slogans hostiles ne sont pas de simples coups de théâtre. Ils traduisent une fracture profonde, une atmosphère toxique et un désamour flagrant envers la nouvelle boss d’Xbox. Dans les couloirs de Bethesda comme ailleurs dans l’empire Microsoft Gaming, la confiance est en berne, et la colère gronde.

















