Review

S’il y a bien un héros que l’on est heureux de retrouver, c’est bien ce cher Sherlock. Après déjà deux épisodes nous emmenant à la chasse aux énigmes avec le détective, Frogwares nous lance sur les rails de ce troisième volet, Crimes & Punishments avec un petit lot de surprises bien plaisant.

I don’t shave for Sherlock Holmes

Le jeu offre un rendu visuel probant grâce à un Unreal Engine maîtrisé

Basé sur un système de point & click assez classique (mais pas moins efficace), c’est au cœur du dédale londonien que notre héros à la classe légendaire devra se confronter non pas à une énigme, mais à six cas très différents les uns des autres. Du marin harponné dans sa cahute au train mystérieusement disparu en passant par un double assassinat dans le sordide quartier de Whitechapel, il faudra mettre sa matière grise à rude épreuve afin de démêler le vrai du faux.

Côté technique, Frogwares a mis son moteur au placard pour se permettre quelques plaisirs sur l’Unreal Engine. Radical et diaboliquement efficace, le jeu nous livre des environnements et des atmosphères aussi lourdes qu’originales, et que l’on se fera une joie d’arpenter. Le foisonnement de détails laisse volontiers le joueur flâner ça et là afin d’en apprécier la finesse. Gros point positif pour les expressions faciales, travaillées avec brio et sublimées par l’abus de gros plans dans le jeu, et dont on ne se lassera pas tant les subtilités et textures de peaux sont agréables et saisissantes de réalisme. Les développeurs ont même poussé la fierté à mettre ces expressions au centre d’un mini-jeu, où il faudra détailler de manière attentive chaque tic, chaque mouvement afin d’en apprendre plus sur un suspect… ou gagner un bras de fer.

Vous êtes… COUPABLE!

Des meurtres radicalement différents pour autant de coupables présumés

Les mécaniques de gameplay ont-elles aussi évolué et placent le joueur au cœur de l’enquête. Bien sur la récolte d’indices reste importante, mais l’observation attentive, la mémoire et l’écoute de petits détails ça et là permettront à notre héros de se forger une opinion précise sur le cas étudié. Car pour la première fois dans les Sherlock de Frogwares, une énigme n’a pas forcément une fin pré-établie. Le scénario possède un coupable naturellement désigné, mais notre liberté de déduction peut très bien amener à une conclusion erronée bien que toutefois plausible. Un effort grandiose a été fait au niveau du scénario et ce, pour notre grand plaisir, notamment grâce à des cas aussi variés qu’originaux.

L’inventaire a aussi fait peau neuve. Les différents objets récoltés peuvent être observés sous toutes les coutures mais il n’y a aucune partie de l’inventaire permettant de combiner les items. En effet, si notre détective a besoin d’utiliser un objet et que nous l’avons en notre possession, il apparaîtra à l’écran et hop ! l’action se réalise. Difficile de nier la volonté de simplifier l’interface, mais pour se limiter à de l’accessoire malheureusement.

I’m a high-functionning sociopath, with your number

En analysant visuellement la personne que vous interrogez, vous pourrez récolter de précieux indices

Clin d’œil à la célèbre adaptation de la BBC, Sherlock pourra récolter ses premiers indices en un simple regard minutieux sur une personne avec laquelle il interagit. En discutant avec eux, on entre alors dans une phase de jeu où chaque détail compte et permettra de mettre en porte-à-faux des témoignages. L’exploration fine et minutieuse des lieux sera aussi et évidemment une grande source de récolte d’indices, que ce soit sous forme d’objets, de récompenses, d’énigmes, de mini-jeux et de puzzles variés. Sherlock, en plus de son incroyable faculté d’observation, pourra aussi user de son incroyable imagination afin d’anticiper et de créer des scénarios plausibles pour l’enquête.

Les interfaces ingame sont quant à elles ergonomiques et faciles à prendre en main, et intègrent parfaitement ces mécaniques de jeu. A noter que la difficulté des mini-jeux n’est jamais handicapante et qu’elle ne rompt pas la dynamique de progression du scénario principal. Il faut donc en profiter ! Les indices sont combinables deux par deux afin de tenter une conclusion et sont représentés par un neurone de Sherlock s’activant. C’est-à-dire qu’une fois tous les indices récoltés, il faudra alors les activer ensemble afin de créer une conclusion plausible de l’enquête. On peut alors établir un plan d’action afin de continuer l’investigation ou rendre un verdict. Chaque fin des cas d’enquête a sa propre séquence et ne nous engagera qu’à une chose : tester toutes les autres conclusions possibles afin de toutes les voir. Certaines de ces scènes demandent aussi l’attention du joueur, car pouvant nécessiter quelques QTE. Une fois le coupable désigné, un choix moral de condamnation ou d’absolution de la personne incriminée se posera au joueur, et une fois ce choix validé, on pourra découvrir le pourcentage d’autres utilisateurs ayant pris cette même option.

Le système de déduction facilite un peu trop la tâche, mais a le mérite de proposer de nombreuses fins aux enquêtes

Le jeu conviendra aux aguerris comme aux novices du genre. En effet, la difficulté a été revue et le simple fait de ne pas pouvoir échouer sur une enquête en est une preuve. Les lieux restent aussi très plastiques et figés, et ne permettent d’interagir seulement avec les objets dont on aura besoin. Pas de fausse piste, pas d’indice factice, rien qui nous détournera de notre grande recherche de la vérité. De même concernant les personnages que l’on croisera : seuls ceux ayant un attrait pour l’enquête viendront nous taper un brin de causette. Les autres s’ajoutent à la dimension esthétique, ne sont que des pantins pour rendre touffu un environnement. Les déductions aussi sont simplifiées : si deux indices ne coïncident pas, aucun bénéfice du doute, zioup ! ils sont rayés et oubliés et on peut passer à autre chose, merci bien. On tombe alors plus dans l’élimination que dans la corrélation pure. Impossible aussi d’échouer un interrogatoire, car le jeu nous permet de recommencer autant de fois que l’on voudra jusqu’à réussite de l’opération.

Quelques petits froncements de nez

Le titre possède tout de même quelques bizarreries notamment au niveau du système de sauvegarde. Elles sont automatiques, régulières mais ne sont pas accessibles au joueur. C’est-à-dire que l’on ne peut pas sauver sa partie quand bon nous semble, il faut atteindre un certain point et déclencher une sauvegarde automatique si l’on veut quitter. Au risque de perdre des éléments clé de notre enquête récemment découverts. Aussi, impossible de revenir en arrière sur une enquête : une fois validée on passe à la suivante et il faudra recommencer du début.

Le doublage anglais est tout bonnement excellent

L’aventure est en anglais, entièrement sous-titrée en français. Les puristes apprécieront et frissonneront de plaisir face au charme britannique de notre détective. Pour les autres… un peu de lecture ne fait pas de mal ? Le plaisir du jeu n’est pas gâché, et on trouve un vrai confort de lecture afin de pouvoir apprécier les subtilités des dialogues. Pour rester dans le même ton, l’ambiance sonore a été particulièrement soignée et la bande originale est efficace, en plus d’une atmosphère très bien rendue.

Les temps de chargement sont parfois un peu longs, surtout compte tenu de leur récurrence et de nos nombreux allers-retours. Cependant, ceux-ci ne sont pas figés et il sera possible d’aller fouiner dans son journal auprès d’indices que l’on aura oublié ou de commencer le travail de déduction. On utilise alors ce temps de « pause » à bon escient. A noter que si deux modes de vue sont disponibles (à la troisième personne et en vue subjective), la vue subjective n’est accessible étonnamment qu’au pad, et n’est pas compatible avec le couple clavier/souris. Dommage car elle est certainement la plus agréable dans ce genre de jeu.

Elémentaire?

Avec ce troisième volet des aventures de Sherlock Holmes, Frogwares signe là une belle réussite. L’évolution graphique proposée par l’Unreal Engine en fait un jeu agréable à parcourir, et dans lequel on s’attardera pour apprécier les détails. Les cas d’enquête proposés sont originaux, documentés et intéressants et la variété de mini-jeux associés nous offrent une aventure complète. Il faudra une bonne vingtaine d’heures pour venir à bout de ce Crimes & Punishments, que l’on passera avec plaisir en compagnie de Sherlock et John. Cet épisode s’ouvre à un public plus large sans pour autant se dénaturer ou perdre de son piment. Jetez-vous dessus!

Le Vidéo-Test par Neoanderson

Réalisation: 17/20

Passer à l’Unreal Engine dépoussière complètement les graphismes de la franchise : les textures et leur finesse sont un vrai régal pour les yeux, et la Direction Artistique nous embarque tout droit au cœur des bas-fonds de Londres.

Gameplay/Scénario: 18/20

De nombreuses enquêtes, chacune bénéficiant de plusieurs fins, le tout en étant originales et intéressantes ? On dit oui. Dommage que certains des cas soient un peu trop linéaires. Le gameplay et ses mécaniques ont aussi été revus, un peu simplifiés mais avec beaucoup d’efficacité.

Bande-Son: 18/20

C’est un vrai foisonnement de sons : ambiance, musique, effets… tout est là pour accompagner avec brio l’aventure et nous plonger dans l’ambiance de la touffeur londonienne du XIXe siècle.

Durée de vie: 16/20

Il faudra une vingtaine d’heures pour profiter de l’aventure dans son ensemble. Ce qui est plutôt très bien !

Note Globale N-Gamz.com: 17/20

Sherlock Holmes: Crimes & Punishments est un très bon titre, que l’on conseillera aussi bien aux novices qu’aux aguerris, aux curieux comme aux fans. L’aventure est prenante, le jeu est très soigné et si parfois on sent que c’est la réalisation personnelle du joueur qui est mise en avant plutôt que la réelle conclusion des évènements, cela reste une très bonne carte que Frogwares sort de sa manche.


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About the Author

Delilah

Étudiante en journalisme, je conjugue ma passion avec mon parcours scolaire et professionnel. Vous pouvez aussi me retrouver, dans le cadre de ma formation, chez Jeuxvideo.fr comme rédactrice. J’ai commencé à tâter du pixel très tôt, mon père étant lui-même joueur … Mais mon premier « vrai » jeu a été Pokemon avec qui je continue de vivre une idylle passionnée. J’ai pu m’essayer à plusieurs styles de jeu, mais pour moi, rien ne vaut le RPG, l’action-aventure et … si on sait me convaincre (car je fais un peu la princesse) le FPS. Ne me parlez pas de Survival-Horror, je suis incapable d’y jouer, je prie toujours pour avoir une option générique dès le premier écran car même le menu me fait peur (mon voisin a peu apprécié peu mes hurlements sur Amnesia : The Dark Descent). Mais j’essaye, je retente l’expérience à chaque fois, je persévère !! Mon jeu culte est et restera Red Dead Redemption au point d’avoir un tatouage dédié à John Marston (mais je ne vous dis pas où, muahah), j’ai même arrêté de compter le nombre de fois où je l’ai fini ! Oh et useless fact : j’ai une passion bizarre pour les serial-killers^^.