Review

Si vous êtes un tant soit peu gamer dans l’âme, le nom de Suda 51 n’est plus à vous présenter. Géniteur de petites merveilles visuelles et délirantes comme Killer 7 ou No More Heroes, l’homme à la tête de Grasshopper Manufacture avait subi quelques revers ces derniers temps avec des titres comme Shadows of The Damned ou le trop survival-girly Lollipop Chainsaw (que j’ai pourtant adoré, la preuve en test, mais c’est un autre débat). Le maître tente une nouvelle fois de retrouver son génie d’antan avec ce qu’il sait faire de mieux : le beat’em all déjanté ! Place à Killer is Dead et sa bande de chasseurs de primes hallucinés pour un voyage lunaire sous acides !

On se sert la pince, non ? Tape-m’en cinq alors ?

Suda 51 et sa folie visuelle sont de retour!

Dans Killer is Dead, tout débute par une séquence choc : un assassinat hautement gore perpétré de main de maître par le stylisé Mondo Zappa, chasseur de têtes travaillant pour l’Executionner’s Office, un bureau secret censé éradiquer les pires criminels mondiaux. A peine a-t-on eu le temps d’admirer une gerbe de sang du plus bel effet que le soft nous transporte deux semaines avant le massacre, lorsque notre héros s’éprend d’affection pour l’étrange et séduisante Moon River, une habitante de… la face cachée de la Lune (NDRC : tout jeu de mots foireux sera strictement réprimé)! Oui, je sais, c’est du Suda 51, donc on ne s’étonnera plus de rien.

Le royaume de la belle vient d’être envahi par un body-builder habillé en armure « gay-dorée » (si, si, ça existe) et qui ne revendique rien de moins que la gouvernance totale sur notre satellite naturel et accessoirement, la Planète Bleue toute entière ! Pour ce faire, il a pris le contrôle d’êtres abjects, les Wires, qu’il envoie par vagues ininterrompues sur Terre, tout en prenant soin de leur adjoindre un bon gros boss déjanté à souhait. Que ce soit un alien dérobant la voix ou l’ouïe de ses proies, une sorcière n’apparaissant qu’en rêve, ou encore une Alice version Pays des Horreurs et j’en passe, vous aurez fort à faire pour débarrasser notre astre de cette dangereuse invasion. Heureusement, vous pourrez compter sur l’aide de Mika, votre assistante top kawaii, mais aussi de Scarlett, infirmière un brin SM, Vivienne, la femme aux huit bras (arrêtez de fantasmer…), et une ribambelle d’autres protagonistes que je vous laisse la joie de découvrir. Enfin, Mondo a un atout de taille dans sa manche, et c’est le cas de le dire, puisque son bras gauche n’est autre qu’un canon à particules surpuissant répondant au doux nom de « Musselback » !

Mondo, la punition est levée. Sort de ce couloir!

Draguer pour obtenir des upgrades: courant dans Killer is Dead!

Avec ses trois modes de difficulté, son découpage en épisodes pour créer l’intensité et son côté beat’em all déjanté, on se dit que l’on va passer un excellent moment avec Killer is Dead, allant de dépaysement en surprises, de phases de jeu nerveuses en délires de jouabilité… mais il n’en est rien. Le soft s’ouvre directement sur une carte du monde avec un choix de missions principales et secondaires. Commençons par ces dernières avec du classique « défis chronométrés » qui se débloquent au fur et à mesure en retrouvant la sexy Scarlett au gré des niveaux. Le tout vous fait gagner de l’argent, nécessaire pour acheter des objets de soins, mais surtout… des cadeaux pour demoiselles ! Et oui, Killer is Dead ne vous propose ni plus ni moins qu’un sim dating un peu chaud où vous devrez draguer de jeunes et jolies héroïnes en les « matant » sans qu’elles ne vous grillent. Le tout, histoire de faire monter votre jauge d’excitation et de trouver la force de proposer à votre dulcinée l’un des présents que vous possédez,  allant de la simple rose au collier hors de prix. Si vous parvenez à séduire la belle avant la fin du temps imparti, vous accèderez à une petite séquence coquine, et obtiendrez des améliorations pour Musselback. Marrantes au départ, ces phases deviennent vite redondantes, malgré l’ajout de lunettes de gigolo pour voir les dessous de vos « proies » féminines. Essai raté, dommage.

Passons à présent au cœur du gameplay : le combat. Vous allez diriger Mondo de la façon la plus classique du monde, à la troisième personne, dans ce qui pourrait s’apparenter à une succession de couloirs remplis d’ennemis. Exit les niveaux totalement ouverts, ici vous n’aurez en général qu’un seul chemin possible pour atteindre le boss, le tout en usant de votre katana pour étriper du Wire avec style, l’accent étant mis sur les combos multiples. Vous aurez donc accès à un coup rapide, un brise-garde, un tir à choisir parmi quatre pour le Musselback, une esquive permettant de ralentir le temps (dodge burst) et gonflant une jauge de rage (adrenaline burst), et des combinaisons de coups ou des capacités à débloquer grâce à des cristaux lunaires récupérés sur les ennemis. Des finish moves sont également possibles et vous rapporteront, selon votre choix, les cristaux précités, mais également de la santé, de l’argent ou… du sang, carburant nécessaire pour faire fonctionner votre bras-canon. Enfin, votre personnage monte de level en termes d’énergie ou de jauge sanguinaire. L’exploration des niveaux, quoique limitée, est donc de rigueur. Bref, un soft ultra linéaire, et des combats qui se révèlent intéressants vers la moitié de l’aventure, une fois les améliorations de Mondo débloquées. Vous allez donc vous ennuyer quelques peu durant les premières heures de jeu.

Exclusivement en… Mondo-Vision !

L'Adrenaline Burst est la clé de voûte du gameplay!

Comme à son habitude, Suda 51 attire l’œil des fans avec un visuel très typé, comme le fut graphiquement en son temps le diabolique Killer 7. Cette fois, place à un cell-shading gavé à l’extrême de jeux d’ombres, de contre-jour, et d’un grain que vous ne retrouverez nulle part ailleurs. A ce stade, Killer is Dead fait presque figure d’œuvre d’art tant sa plastique visuelle est incroyable. Le chara-design n’est pas en reste non plus, grâce à des personnages et des boss tous plus classieux les uns que les autres. Mention spéciale à la Alice psychotique du premier niveau, et au côté déjanté de Vivienne. Ca sent clairement les futurs cosplays, tout ça ! Malheureusement, on dénote quelques bugs de collisions, un aliasing omniprésent, et surtout une synchro horizontale totalement scabreuse, avec une découpe de l’écran en son milieu dès que l’angle de vue se déplace. Usant à la longue, d’autant que les nombreux soucis de caméra ou de lock hasardeux n’aident pas à ôter le mal de tête qui nous guette sur de longues sessions. Heureusement, on appréciera l’impact visuel des coups, mou au début du jeu, mais bien plus jouissive par la suite avec des effets de rémanence et des ralentis sur les headshots bien sentis.

Musicalement parlant, par contre, le soft arbore un sans faute provocateur! La musique est totalement en accord avec le côté délirant des niveaux, passant allègrement d’une techno-trance fulgurante à une symphonie orchestrale, le tout sans temps morts. De même, les bruitages bien gores transcendent les gerbes de sang présentes à l’écran, atténuées dans leur violence par le cell-shading ombrageux, tandis que les doublages des personnages fleurent bon les attitudes de poseurs, à la DMC, en un peu plus de retenue et de gravité néanmoins. Stylé à l’extrême tout ça.

Suda… c’est plus fort que toi ?

Et bien non, pas cette fois mon cher Suda! Si les cinématiques présentées en amont de la sortie du jeu avaient de quoi laisser imaginer un titre renouant enfin avec le côté barré d’un autre Killer…Seven celui-là, et si le look des héros en laissera plus d’un bouche bée, le moteur de jeu vieillissant, les bugs de caméra et la redondance du gameplay risquent bien de nuire aux aventures de Mondo Zappa. Reste un beat’em all classique, bien rôdé, mais trop linéaire et cloisonné. Heureusement que l’aspect visuel et le délire narratif propres à Grasshopper parviennent à nous faire continuer le périple. Bref, si vous êtes fan de Suda, vous aimerez forcément Killer is Dead. Pour les autres, vous savez à quoi vous en tenir.

Le Vidéo-Test

Réalisation: 15/20

Dur, dur de mettre une note sur la réalisation de Killer is Dead. D’un côté, on a une charte graphique et artistique somptueuse, avec un cell-shading hallucinant de style, et de l’autre un moteur 3D qui peine à faire bouger tout ça. Le souci de synchro horizontale et l’aliasing en sont la preuve. Néanmoins, et en mon âme et conscience, je pense que l’approche visuelle doit être privilégiée car c’est ce qui sort ce titre du lot. Bonne note, donc.

Gameplay/Scénario: 14/20

Le scénario est bien barré comme il faut, la psyché des personnages accrocheuse quoique qu’un peu laissée de côté par moments, et on prend plaisir à suivre cette histoire totalement décalée grâce à son découpage en épisodes. Par contre, les phases de drague sont marrantes une heure, les bugs de caméra et le lock aléatoire nuisent au scoring et au combo, et les premières heures de jeu sont trop redondantes car Mondo n’a pas encore acquis de pouvoirs intéressants. De plus, la construction en couloir nuit au dynamisme de l’action…

Bande-Son: 19/20

Comme toujours avec les productions Suda 51, la bande-son joue clairement son rôle de personnage à part entière. Véritable ovni musical passant allègrement par tous les styles : du hardcore au métaphysique en passant par un bon vieux jazz, Killer is Dead fait plaisir… à entendre !

Durée de vie: 13/20

Le jeu se boucle en 7 heures environ, et une dizaine pour réussir les missions annexes de drague et de défis chronométrés. Comptez plus si vous souhaitez obtenir tous les trophées et finir le jeu dans les trois modes de difficulté, mais je ne pense pas que vous y reviendrez, même en new game +.

Note Globale N-Gamz.com: 15/20 pour les Suda-Fans, 13/20 sinon

Sincèrement, pour les non-adorateurs des productions Suda 51 et de son côté barré, retirez deux points. Killer is Dead aurait pu être une killer app’ s’il avait bénéficié d’un moteur de jeu digne de ce nom, d’un gameplay plus travaillé et d’une construction en couloirs absente. Reste un scénario hallucinatoire, des personnages charismatiques à souhait, et surtout, des visuels de folie grâce à un cell-shading totalement inédit et à couper le souffle. Un jeu stylé au possible, mais qui comporte trop de défauts pour faire partie des œuvres stars du maître.



About the Author

Neoanderson
Hardcore gamer dans l'âme, la trentaine, Je suis le rédacteur en chef de ce site. Amoureux des RPG nourri aux Final Fantasy VII, Chrono Trigger, Xenogears, et consorts, je suis également fan de survival/horror. Niveau japanim, je suis axé shonen comme Ruroni Kenshin, Ga-Rei, Asebi et autres, mais j'apprécie aussi les seinen, Sprite en tête. Enfin, je suis un cinéphile averti, orienté science-fiction, fantastique et horreur, mes films cultes étant Star Wars, Matrix, Sucker Punch et Inception. N'hésitez pas à me suivre via mon Facebook (NeoAnderson N-Gamz), mon Twitter (@neo_ngamz) et mon Instagram (neoandersonngamz)!