L’annonce par Sony, le 1er juillet drenier, de l’arrêt de la production de disques physiques pour les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028 a déclenché une vague de protestations légitimes rassemblées au sein d’un mouvement portant le nom « No Disc, No Buy ». Pétitions massives qui stagnent à présent, hashtags comme #NoDiscNoBuy ou « Sin disco, no compro », et critiques sur les réseaux sociaux ont mis en lumière des préoccupations réelles concernant la propriété, la préservation et le marché de l’occasion. Pourtant, cette mobilisation dérape parfois dans des excès qui discréditent entièrement le mouvement. Le cas récent du petit studio néo-zélandais Eat Pant Games en est l’exemple parfait d’une stupidité crasse et d’un harcèlement totalement déplacé.
Le 15 juillet dernier, ce duo de développeurs a lancé Teeto, un coloré jeu de plateforme 3D narrant l’aventure d’un blob et d’un lapin contre une corruption maléfique. Disponible uniquement en version numérique sur PS5, Steam, Nintendo Switch et Switch 2, le titre a immédiatement récolté 100 % d’avis positifs sur Steam auprès de ses premiers joueurs. PlayStation a même mis en avant le trailer de lancement sur sa chaîne YouTube officielle. Hélas, au lieu de commentaires sur le jeu, la section s’est transformée en champ de bataille : des centaines de messages (plus de 600 en quelques jours) exigeant des disques physiques, répétant « We want discs » ou « Keep making discs Sony », et allant jusqu’à réclamer l’annulation pure et simple de la version numérique de Teeto, rien que ça !
Les développeurs ont réagi avec stupéfaction sur X : « Nous avons littéralement eu des gens qui nous disaient d’ANNULER notre sortie numérique et de ne faire que du physique. Je ne sais pas si les gens réalisent que nous ne sommes que deux personnes et que c’est notre premier jeu. On adorerait faire du physique et on soutient la propriété physique, mais notre jeu doit d’abord bien se vendre en numérique. » Ils rêvent d’une édition physique, mais expliquent que pour un studio minuscule, le numérique reste la seule option viable au lancement en raison des coûts et des risques financiers.
Ce harcèlement est d’une absurdité sidérante. Un studio de deux personnes n’a aucun pouvoir sur les décisions stratégiques de Sony. Teeto n’est pas un blockbuster AAA produit par un géant ; c’est le premier projet d’un duo indépendant qui a choisi le numérique pour des raisons purement pratiques. Exiger son annulation parce qu’il ne sort pas en physique revient à punir des créateurs indépendants pour une politique éditoriale qu’ils ne contrôlent en rien. C’est du militantisme aveugle et toxique qui transforme une cause (la défense du support physique) en vendetta irrationnelle contre les plus petits acteurs de l’industrie.
Ce genre de dérive n’est malheureusement pas isolé. Depuis l’annonce de Sony, de nombreux posts officiels PlayStation – même totalement étrangers au sujet (accessoires, trailers tiers, etc.) – sont systématiquement « bombardés » de commentaires hostiles. Des tentatives de boycott ont même vu le jour, bien que certaines se soient rapidement effondrées face à des sorties attractives. Des figures comme Hideo Kojima ont exprimé leur tristesse face à la fin du physique, mais sans jamais verser dans l’attaque gratuite contre des studios indépendants. Les analystes rappellent d’ailleurs que Sony ne reviendra pas sur sa décision, le numérique étant bien trop lucratif.
En s’attaquant à un petit studio indie comme Eat Pant Games, les zélotes les plus radicaux du mouvement « No Disc, No Buy » révèlent leur manque total de discernement. Plutôt que de cibler les vrais décideurs ou de proposer des solutions constructives (codes physiques améliorés, meilleure préservation, etc.), ils polluent le débat avec des exigences déraisonnables et du harcèlement en ligne. Ce comportement ne renforce pas la cause : il la ridiculise et la discrédite aux yeux du grand public et des développeurs indépendants. La défense légitime du support physique mérite mieux que cette stupidité à l’état pur qui transforme des militants en simples trolls destructeurs.

















