Le 22 juillet 2026, le représentant républicain de Virginie-Occidentale Riley Moore a officiellement adressé une lettre cinglante au président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh au sujet d’Asha Sharma, la nouvelle boss Xbox. Dans ce courrier, il exige le retrait immédiat de la PDG de Xbox et Executive Vice President de Microsoft, du groupe de travail sur la « Productivité et l’Emploi ». Pour Moore, la dirigeante incarne une contradiction flagrante et une véritable provocation : comment peut-on confier à quelqu’un qui vient de supprimer des milliers d’emplois américains le soin de conseiller la banque centrale sur les questions d’emploi et de productivité ?
Le timing est, de l’aveu même de nombreux observateurs, d’une ironie presque cruelle. Le 6 juillet dernier, Asha Sharma annonçait en effet « la restructuration la plus significative de l’histoire d’Xbox » : 3.200 postes supprimés d’ici la fin de l’exercice fiscal 2027, dont 1 600 licenciements immédiats, et le départ de cinq studios (Double Fine, Ninja Theory, Undead Labs, Compulsion Games et Arkane Lyon). Trois jours plus tard seulement, la Réserve fédérale la nommait co-responsable, aux côtés de Marc Andreessen et de l’économiste Charles I. Jones, d’un panel chargé d’évaluer l’impact des technologies générales, notamment l’intelligence artificielle, sur la productivité, l’emploi et la croissance économique.
Riley Moore ne mâche pas ses mots. Sur le réseau X, il dénonce un « total scam » (une pure arnaque) : Xbox licencie des milliers de travailleurs américains tout en continuant à utiliser massivement le programme de visas H-1B. Selon lui, Microsoft remplacerait purement et simplement la main-d’œuvre nationale par des travailleurs étrangers. « Nous devons cesser de remplacer les travailleurs américains. Elle doit être écartée ! », a-t-il martelé. Dans sa lettre à Kevin Warsh, le parlementaire insiste sur l’incompatibilité morale et politique d’une telle nomination.
Cette charge s’inscrit dans un contexte plus large de critiques virulentes contre la gestion du personnel d’Asha Sharma depuis son arrivée à la tête de Xbox en février 2026. En quelques mois, la dirigeante a multiplié les décisions radicales : aplatissement de la hiérarchie (réduction à trois ou cinq niveaux maximum de management, contre parfois quatorze auparavant), abandon de certains projets (dont Gaming Copilot), rebranding, et surtout cette vague de licenciements d’une ampleur inédite. Sharma a justifié ces mesures par un diagnostic sans appel : « Notre business n’est pas en bonne santé. Nous opérons avec des marges trois à dix fois inférieures à celles de nos concurrents. » Elle a également accusé la stratégie précédente d’avoir « trop dispersé » les ressources.
Pourtant, pour une frange croissante de détracteurs, cette approche apparaît comme calamiteuse. Les licenciements ont frappé non seulement des studios créatifs, mais aussi des équipes historiques, entraînant une perte massive de savoir institutionnel. Des employés anonymes ont décrit un climat de peur et d’incertitude. Parallèlement, les accusations de substitution de main-d’œuvre via les visas H-1B ont enflé sur les réseaux sociaux et dans certains médias, même si Microsoft a fermement réfuté toute intention de remplacer des Américains par des étrangers.
Le paradoxe est saisissant : la femme chargée de conseiller la Réserve fédérale sur la manière dont l’IA et les nouvelles technologies transforment le marché du travail est précisément celle qui, dans son propre empire, a choisi la voie de la réduction drastique d’effectifs au nom de l’efficacité et de la productivité. Riley Moore n’est pas le seul à s’indigner, mais sa position de membre du Congrès et sa lettre officielle donnent à la critique une portée institutionnelle inédite.
Asha Sharma se retrouve ainsi dans une position de plus en plus inconfortable. Tandis qu’elle tente de « reset » Xbox et de recentrer la division sur ses fondamentaux, elle est devenue, aux yeux de nombreux critiques, le symbole d’une gestion froide, technocratique et déconnectée des réalités humaines du secteur du jeu vidéo. La demande de Riley Moore de la retirer purement et simplement de la task force de la Réserve fédérale cristallise ce sentiment de rejet. Dans les coulisses de Washington comme dans celles de Redmond, la question flotte désormais : Asha Sharma est-elle en train de devenir une véritable persona non grata ?

















