Review

Coup de coeur de la rédac à la Gamescom 2016, le Vampyr de Dontnod n’a depuis cessé de nous faire miroiter son monde sombre et sanglant dans lequel la vie du moindre NPC a son importance, vous qui allez incarner le summum des personnalités contraires par le biais de Jonathan Reid, un chirurgien… vampire! Tiraillé entre sa soif de sang et sa promesse de soigner son prochain, notre héros va-t-il séduire les joueurs comme a pu le faire le duo Chloé/Max dans la précédente production du studio? Et adjoindre à une grande qualité narrative les mécaniques de jeu d’un Souls-Like donne-t-il au final un enivrant mélange aussi addictif que l’hémoglobine pour un démon de la nuit? La réponse dans notre test et notre vidéo-test « sang pour sang » sans concessions!

Un vampire… qui sauve des vies?!

« Jonathan Reid, héros tiraillé entre son voeu de sauver des vies et… son irrésistible besoin de sang! »

Londres, 1918. Au sortir de la Première Guerre Mondiale, la capitale britannique n’est plus que l’ombre d’elle-même, de nombreux quartiers ayant été littéralement abandonnés par les autorités, condamnés qu’ils sont par une grippe espagnole qui a resurgi de nulle part, entraînant dans son sillage des morts par milliers. C’est dans ce climat hautement « accueillant » que le célèbre chirurgien Jonathan Reid, dont la technique révolutionnaire de transfusion sanguine a fait des merveilles sur les champs de batailles du Vieux Continent, rentre au bercail.

Malheureusement pour lui, une sombre créature de la nuit a décidé d’en faire un redoutable vampire et, une petite morsure plus tard, voilà notre héros qui se repaît littéralement du sang de sa propre soeur avant de se rendre compte du crime atroce qu’il a commis! Horrifié et tiraillé entre sa soif de sang et son désir de sauver des vies, ce cher Jonathan va tout faire pour retrouver le démon qui lui a fait ça, non sans révéler au passage le côté « paranormal » de cette fameuse « grippe espagnole » qui semble intrinsèquement liée au monde des êtres vampiriques!

Une aventure narrative…

« Vous allez devoir dialoguer de longs moments, alors soyez prêts à vous imprégner de chaque personnalité »

On le sait, Dontnod est célèbre pour la qualité de ses  histoires et de ses backgrounds, ses univers aimant se dévoiler petit à petit aux joueurs pour les abreuver d’excellents cliffhanger aptes à vous retourner les tripes juste quand il faut. Nous en avions eu un avant-goût avec Remember Me, pour ensuite en découvrir toute la maestria avec Life Strange, et ce Vampyr ne déroge pas à la règle en poussant même le concept plus loin. En effet, le Londres du jeu est pavé de NPC qui sont tous liés entre eux et possèdent chacun un passé à découvrir via de nombreuses discussions, recherches d’indices dans l’environnement et même persuasion mentale grâce à vos pouvoirs vampiriques.

Mais pourquoi en apprendre autant sur ces personnages? Pour les quêtes annexes, très certainement, mais aussi et surtout pour prendre une cruelle décision: savoir lesquels vous allez… tuer! Et oui, dans Vampyr, vos compétences sont directement tributaires de votre niveau d’expérience, lequel peut bien entendu augmenter au fil des affrontements et des quêtes, mais en si faible quantité que vous allez vite passer à l’autre option: sucer le sang d’une personne en chair et en os! Deux soucis se posent cependant à vous: tout d’abord, la qualité de sang (et donc le nombre de points d’expérience reçus) est fonction du pourcentage de passé que vous aurez découvert sur le pauvre quidam, ce qui vous poussera donc à multiplier les discussions et à fouiller tous les recoins de l’Open World « segmenté » du soft.

« Chaque NPC sacrifié aura un impact sur le district et les gens qui y vivent… choisissez bien! »

D’autre part, il n’existe pas un seul NPC dont la mort n’aura pas un impact sur un, voire plusieurs de ses congénères. Sachant que certains « bad guys » que vous auriez sacrifié sans réfléchir au début, vous prouveront qu’ils ont de bonnes intentions derrière leurs actes, et que ceux qui apparaissent le plus souvent comme des faux bons samaritains ont en général le rôle de « pilier » du quartier, leur mort entraînant une dégradation soudaine de l’état de santé de tout le district (ce qui amènera parfois à la perte de ce dernier, la disparition de nombreuses quêtes et l’invasion de monstres hautement puissants), vous en déduirez aisément qu’on ne prend jamais à la légère le fait de sacrifier un personnage dans Vampyr. Un sentiment plutôt unique, il faut bien l’avouer.

…mâtinée d’un brin de Souls-Like…

Vampyr dilue cependant ses 75% de narration dans un bain sanglant de 25% de Dark Souls-like, autrement dit via des combats où vous devrez gérer une jauge d’endurance pour donner des coups faibles mais rapides, lents mais puissants (et capables de sonner l’adversaire), ou vampiriques grâce à divers pouvoirs allant de la lance spectrale au coup de griffe, en passant par le geyser de lames (idéal pour épiler de près). L’esquive se montre bien entendu primordiale et les ennemis plutôt violents car leur niveau est souvent aligné sur le vôtre, et ils n’hésitent pas à vous attaquer à plusieurs pour le coup.

« Les combats sont un peu brouillons hélas »

Heureusement, vous pouvez compter sur des armes à deux mains, des flingues et autres hachoirs coupe-tout qu’il vous sera loisible de booster via un craft clairement indispensable, d’autant que ce dernier vous permet aussi de confectionner des sérums utiles pour soigner les NPC, ces derniers ne manquant pas de souffrir de fatigue, infections pulmonaires et autres soucis cardiaques, mettant à nouveau en péril la bonne santé de tout votre district. Et oui, vous êtes médecin avant tout, il va falloir assumer!

A côté de ces mécaniques que les aficionados des Souls-Like connaissent bien, on retrouve aussi une gestion du sang qui pourrait s’apparenter à votre Mana. Sans sang (à dire vite), pas de pouvoirs ténébreux en vue, et la seule façon de récupérer votre dose d’hémoglobine, hormis via des seringues un peu chères à fabriquer, c’est… en vous approvisionnant directement sur vos adversaires! Petit souci: impossible de se servir à l’Open Bar tant que votre opposant n’est pas dans les vapes, ce qui n’arrive que si vous lui donnez un coup en traître grâce au camouflage brumeux ou via… une frappe lente. Vous l’aurez compris, les combats sont loin d’être évidents, d’autant que le système de lock flingue parfois un peu la donne, tout comme la caméra qui a de temps en temps bien du mal à suivre l’action. Dommage.

… et d’une réalisation Triple Indie…

« Ambiance lugubre à souhait au coeur de White Chapel. Visuellement, Vampyr assure! »

Visuellement, ce Vampyr se la joue triple A dans ses décors grâce à un énorme souci du détail et une tonne d’effets graphiques, comme la brume ou les particules, qui accentuent le côté sordide des aires de jeu. La modélisation de Jonathan n’est pas en reste non plus, et son look badass passe vraiment bien à l’écran. Dommage que certains NPC n’aient pas bénéficié du même soin, ni de la même synchronisation labiale. De plus, si le jeu se veut Open World, il souffre de temps de chargement entre les zones ou lorsque vous rentrez dans certaines habitations, ainsi que de chutes de framerate qui font un peu tâche. Si l’on compte en plus quelques soucis de finition au niveau des animations, on comprend que Vampyr n’atteint pas le stade du triple A, mais celui du très bon triple Indie sur le plan de la réalisation graphique, ce qui est quand même un excellent point.

Musicalement par contre, le titre de Dontnod est quasi inattaquable grâce à une bande-son composée par Olivier Derivière, homme de talent que l’on retrouve déjà derrière des softs tels que Remember Me, Obscure, Bound By Flame ou encore The Technomancer. Avec sa maestria habituelle, il nous entraîne à merveille en plein coeur de ce Londres décadent, à grands coups de sonorités mêlant rythmes sombres et violons mélancoliques, pour un résultat qui joue pour beaucoup dans l’ambiance gothico-classe de ce Vampyr. Les dialogues, pour leur part, sont très convaincants en anglais, mais on aurait vraiment adoré un doublage français pour augmenter encore l’immersion.

Pour une recette qui fonctionne avec brio!

Vampyr souffre de quelques tares que les développeurs auraient sans doute pu facilement éviter avec un peu plus de feedback et de temps: framerate pas toujours au top, soucis de caméra, combats un peu brouillons, … Mais malgré ces écueils, on ne parvient pas à lâcher la manette une fois les premières heures un peu « longuettes » passées et cet univers enfin imprégné en nous par le biais de ses NPC extrêmement fouillés auxquels on s’attache sans s’en rendre compte. En mettant au premier plan la narration non manichéenne et la notion de choix par le sacrifice, le jeu de Dontnod nous livre une recette unique dans un environnement visuellement réussi, qui nous prouve que prendre une vie, c’est s’exposer à de graves conséquences. A savourer comme il se doit tant l’aventure s’avère grisante une fois son background maîtrisé!

Le Vidéo-Test par Neoanderson

Réalisation: 16/20

Vampyr a tout du triple A en termes de qualité visuelle des environnements et de design artistique, le Londres du début de XXè qui nous y est présenté étant aussi sombre que sublime et détaillé, tandis que les brumes et autres effets de particules ajoutent une ambiance unique à l’ensemble. Par contre, le manque de finition de certaines animations, synchronisations labiales et de certains modèles 3D, ainsi que les chutes de framerate parfois incompréhensibles nous rappellent que le titre n’est effectivement pas un vrai AAA, mais quand même un excellent « Triple Indie » sur le plan graphique, à la façon d’un Senua’s Sacrifice avant lui.

Gameplay/Scénario: 17,5/20

Si vous cherchez un vrai Souls-Like vampirique, jetez votre dévolu sur Code Vein car ce Vampyr prend un tout autre pari, celui de faire primer la narration et l’impact de vos choix sur les combats hardcore. En résulte un mix que certains n’approuveront pas, mais qui se révèle étonnamment addictif une fois que l’on a passé les premières heures de jeu obligatoires pour questionner les NPC comme il se doit histoire d’étoffer leur background et la qualité de leur sang. Avec ses éléments de gestion de quartier via la santé des civils, ses sacrifices qui ont parfois des impacts violemment inattendus, son scénario non manichéen et terriblement intéressant et son héros charismatique à souhait, ce Vampyr réussit le tour de force de mixer la richesse d’une aventure narrative à un Open World où chaque combat peut devenir une vraie épreuve de force et de rapidité, même si on déplorera un système de lock rendant les rixes un peu brouillonnes. Une réussite si vous accrochez à ce nouveau genre made in Dontnod!

Bande-Son: 18/20

Olivier Derivière, que l’on retrouvait déjà derrières les excellents Obscure, Bound By Flame et The Technomancer, nous livre ici une bande-son gothico-mélancolique de haute volée qui sied à merveille à l’univers sombre, torturé et parfois étrangement « classe » de ce Vampyr. De quoi créer une redoutable atmosphère dans laquelle les doublages anglais résonnent à merveille, même si on aurait adoré une version française histoire d’immerger encore un peu plus les gamers ne parlant pas la langue de Shakespeare.

Durée de vie: 18/20

Avec un pléthore de districts et de NPC ayant tous un background distinct dont certains éléments sont bien cachés, vous allez en avoir pour un bon paquet d’heures avant de connaître les moindres recoins et personnalités peuplant ce Londres décadent de 1918. Ajoutez à cela des combats plutôt ardus pour qui n’y est pas préparé (ou refuse de sacrifier le moindre civil) et des décisions qui ont un réel impact sur votre cheminement, poussant à une bonne Replay Value, et vous comprendrez que ce Vampyr va vous tenir en haleine facilement entre 20 et 30h de jeu, avec le sourire narcissique d’un bon suceur de sang en prime.

Note Globale N-Gamz: 17,5/20

Si vous vous attendez à un Souls-Like pur et dur avec un scénario plus poussé qu’à l’accoutumée, Vampyr risque de vous surprendre quelque peu. En effet, le titre de Dontnod mise clairement sur un ratio avec 75% de narration et 25% d’action, cette dernière se révélant d’ailleurs parfois assez brouillonne, mais en aucun cas frustrante. Que du contraire, le niveau plutôt relevé des affrontements va même vous obliger à sacrifier des NPC auxquels vous serez vraiment attachés, et de voir l’impact sur le monde vous entourant, vous faisant réfléchir avant chaque décision. Une sensation grisante et unique pour un héros loin d’être manichéen, au sein d’un Londres visuellement très réussi malgré des chutes de framerate qui font un peu tâche. Si vous passez les premières heures un peu rébarbatives qui servent à poser le background et à connaître la population locale, alors c’est que vous accrochez au principe-même de ce Vampyr que l’on pourrait qualifier « d’Aventure Narrative x Souls-Like ». Si tel est le cas, vous comprendrez dès lors le plaisir aussi malsain que jouissif que nous avons eu durant nos longues heures passées en compagnie du chirurgien vampire Jonathan Reid!



About the Author

Neoanderson
Hardcore gamer dans l'âme, la trentaine, Je suis le rédacteur en chef autant que le rédacteur de news de ce site. Amoureux des RPG nourri aux Final Fantasy, Chrono Trigger, Xenogears, et consorts, je suis également fan de survival/horror. Niveau japanim, je suis axé shonen/seinen tels que Ga-Rei, L'Ile de Hozuki, Orphen, Sprite, Asebi, ... Enfin, je suis un cinéphile averti, orienté science-fiction, fantastique et horreur, mes films cultes étant Star Wars, Matrix, Sucker Punch et Inception. N'hésitez pas à me suivre via mon Facebook (NeoAnderson N-Gamz), mon Twitter (@neo_ngamz) et mon Instagram (neoandersonngamz)!