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Jamais deux sans trois. Après avoir décliné l’univers du slasher Until Dawn, belle petite surprise d’aventure narrative sur PlayStation 4, en shoot sur rail avec Rush of Blood, l’un des meilleurs jeux du genre sur PSVR, Supermassive Games lance The Inpatient. Cette fois encore exclusive au casque VR de Sony, cette préquelle située 60 ans avant les événements d’Until Dawn renoue avec les choix, les conséquences et le fameux effet papillon chers à son aîné. Avec autant de succès ?

L’asile dont vous êtes le héros

« Fans d’Until Dawn, bienvenue à l’Asile Blackwood! »

Les fans d’Until Dawn le savent: l’asile psychiatrique de Blackwood a connu une fin des plus mouvementées, que l’on évitera de détailler ici par respect pour les nouveaux venus. Mais 60 ans avant les aventures de Mike, Ashley et compagnie, l’institution était toujours sur pied et ses patients sujets bien malgré eux aux expérimentations de son directeur, l’inquiétant docteur Jefferson Bragg. Manque de bol, le cobaye du jour, c’est vous. Amnésique, attaché à une chaise roulante et soumis à des électrochocs, vous allez vous souvenir peu à peu des événements qui vous ont mené là, que vous le vouliez ou non. Seul dans votre cellule, vous aurez tout le temps qu’il vous faudra pour faire le point sur vos souvenirs et lutter contre les cauchemars qui viennent vous hanter chaque nuit. Enfin, si tout se passe comme prévu…

Là où Until Dawn vous faisait enchaîner les points de vue, The Inpatient opte pour un gameplay à la première personne, dans la peau d’un(e) patient(e), sexe et couleur de peau au choix, dont vous dicterez les décisions, verbales comme physiques. Lors des dialogues, deux choix de réponses s’offrent à vous, avec à chaque fois le ton employé: sarcastique ou sincère, calme ou agressif, à vous de modeler la personnalité de votre avatar comme bon vous semble. Pour ce faire, les développeurs ont eu l’excellente idée de vous confier le rôle de doubleur: lisez à voix haute la réponse désirée et elle sera sélectionnée, le système étant sans faille; pas de panique si le concept vous semble ridicule, vous pourrez aussi sélectionner la réponse en la fixant du regard et en appuyant sur X.

Grâce à cette intégration du micro combinée à une excellente utilisation de la réalité virtuelle, la sensation de présence au sein de cet environnement inquiétant est réussie; on croirait presque sentir l’haleine rance de Bragg quand il se penche d’un peu trop près lors de votre interrogatoire. Tout cela serait-il suffisant rendre l’expérience indispensable ?

Des jump scares à ne plus savoir qu’en faire

« L’horreur prend trop souvent la forme de jump scares, à défaut d’une vraie ambiance malsaine »

La réponse est non. Clairement, non. Très maladroit au niveau de sa construction, le soft se découpe en deux parties: l’isolement au sein de votre cellule et l’exploration de l’asile. La première, si elle dépeint de façon efficace les sensations d’isolement et de désespoir, souffre d’un rythme bien trop lent et d’une structure trop répétitive. Vos journées s’achèveront chaque fois par un cauchemar hallucinatoire: baigné dans une lumière verte, le soft opte alors pour l’horreur la plus basique et cheap.

Oui, vous l’avez deviné: The Inpatient use et abuse des jump scares, ces soudaines claques dans la gueule visuelle et sonores auxquelles il est tout simplement impossible de ne pas réagir par un sursaut. Comme tout réalisateur de film d’horreur sans idées, le studio se contente durant ces séquences de multiplier les apparitions soudaines et les bruits assourdissants pour créer la terreur, là où l’on aurait pu espérer une vraie ambiance habilement installée et un minimum subtile. Comme nombre de softs du genre en VR, on devine vite avec amertume que tout ça vise aussi, voire surtout, les Youtubeurs et leurs fans qui s’en donneront à cœur joie au grand jeu du « qui criera le plus fort » et des titres de vidéo du type « JE ME SUIS FAIT CACA DESSUS ». Certains apprécieront.

En seconde partie, cette tendance s’estompe fort heureusement et nous emmène voir ce qui se passe réellement hors de votre cellule. A l’aide d’une excellente ambiance sonore (utilisez un casque, vous ne le regretterez pas), le jeu joue alors davantage la carte du hors champ et se révèle du coup plus prenant… jusqu’à un final abrupt, et ô combien frustrant.

« Quelles surprises renferme l’asile ?… Très peu, malheureusement. »

Oui, plusieurs fins sont bien évidemment au rendez-vous, mais le soft gère bien assez mal son effet papillon. Comme dans Until Dawn, un passage dans le menu vous permettra de consulter quelles chaînes d’événements vos choix ont déclenché; mais si, dans ce dernier, le tout se montrait cohérent et que l’on se sentait vraiment responsable des saloperies qui s’abattaient sur nous, The Inpatient est nettement moins réussi sur ce plan. On ne parle pas que de conséquences risibles n’ayant aucune vraie incidence si l’on excepte une ou deux lignes de dialogues (« Machin vous fait la tête »), mais carrément d’incohérences énormes. Expliquons sans spoiler: lors d’une séquence bien précise, un personnage me fait une proposition. Si je refuse, le menu « Effets papillons » m’explique que j’ai « résisté à la tentation », avec une autre conséquence à la clé. Et lorsque, durant ma deuxième partie, j’accepte la même proposition…le résultat est inchangé, j’ai « résisté à la tentation ».

Les décisions ayant un véritable effet (signalées cette fois encore par la présence de papillons à l’écran) étant très peu nombreuses, et les choix de dialogues faisant office de seuls réels éléments de gameplay si l’on excepte la marche, l’ouverture de portes et la recherche d’items déclenchant des flashbacks (seul moyen de rompre un minimum le cheminement en ligne droite), il est difficilement acceptable qu’un bon nombre d’entre elles soient au mieux insignifiantes, au pire carrément incohérentes. Et même si l’on met de côté ce point, le scénario souffre d’une écriture très maladroite et, surtout, de la filiation avec Until Dawn: si vous y avez joué, vous connaissez déjà le gros du déroulement de l’histoire. Les scénaristes n’ont pas su se distancer de ce qui avait déjà été établi par le passé, et ce ne sont pas les origines de votre personnage et les raisons de sa présence dans l’asile qui viendront renverser la tendance: convenues et révélées d’une manière plate au possible, ces explications ne pourront vous empêcher de prononcer ces quelques mots une fois qu’arrivera le clap de fin: « tout ça pour ça ? ».

Un joli pétard mouillé

« La modélisation des visages est convaincante et la sensation de présence impressionnante »

Comme bon nombre de productions VR, la durée de vie de The Inpatient est très courte, comptez entre 2H et 2H30 lors de votre première partie. Le concept du soft encourage bien évidemment d’y retourner pour en explorer les différents embranchements, mais la redondance, le rythme très mou de la première partie et la grande lourdeur des déplacements (à la manette ou aux PS Move, pour une fois pas synonymes de téléportation) risquent de décourager les moins patient(e)s.

Et c’est bien dommage, vu ce que le titre a à offrir comme qualités, graphiques tout d’abord. Si, une fois le casque sur la tête, le tout est moins impressionnant que ce que les bandes-annonces (visiblement bien retouchées) annonçaient, la faute à un aliasing très important sur certaines parties des décors et des personnages et à une animation des visages pas toujours optimale, la modélisation des différentes ailes de l’asile et des protagonistes s’en sort tout de même avec les honneurs, compte tenu des limites techniques du PSVR.

Comme dit précédemment, la bande-sonore est impeccable, la menace souvent invisible se faisant oppressante grâce à un excellent travail sur les bruitages. Le jeu se déroulant dans les années 50, quelques chansons aux sonorités de l’époque sont présentes et apportent un vrai cachet à l’ambiance. En ce qui concerne les doublages, si les doubleurs français font un boulot correct, on déplorera peut-être un manque de nuances qui vous fera switcher la console en anglais, une option VOSTFR n’étant malheureusement pas disponible (des sous-titres anglais sont tout de même présents si vous optez pour la VO).

Attendu de pied ferme comme LA grosse exclusivité PSVR de ce début d’année, The Inpatient saura sans doute combler les amateurs de frissons faciles en réalité virtuelle. Pour de la profondeur et une expérience mémorable, il faudra malheureusement repasser.

La bande-annonce

Réalisation: 14/20

Moins impressionnant qu’espéré, le jeu se paie tout de même le luxe de bien belles modélisations de personnages et d’environnements très détaillés. Dommage qu’une grosse dose d’aliasing et une qualité aléatoire des animations des visages viennent entacher le plaisir visuel, sans oublier de nombreux temps de téléchargement qui gâchent l’immersion durant certains passages clés.

Gameplay/Scénario: 12/20

Comme Until Dawn avant lui, The Inpatient ne propose pas de réelles mécaniques de gameplay autres que l’exploration et le choix de ses réponses lors des dialogues, cette fois possible grâce à une reconnaissance vocale sans faille. Ce choix de la passivité étant assumé, il ne serait pas un défaut si seulement les déplacements n’étaient pas aussi lourds (par pitié Supermassive, rajoutez une touche de déplacement rapide via un patch) et si les conséquences des choix se montraient plus cohérentes. Le scénario, maladroitement écrit et très prévisible, ne surprennent à aucun moment et s’achève sur un final très décevant, peu importent les choix qui vous y ont mené.

Bande-Son: 16/20

Les chansons aux sonorités 50’s côtoient un travail sonore exemplaire apte à créer un vrai sentiment de paranoïa (jouez-y au casque ou aux écouteurs). Le doublage français, correct, manque de nuances face à aux doublages anglais; si vous voulez en profiter, il faudra néanmoins sacrifier les sous-titres français.

Durée de vie: 10/20

Vendu 40 euros, le soft ne vous occupera que durant deux grosses heures lors de votre première partie. Le concept du jeu encourage d’y retourner à plusieurs reprises pour explorer les divers embranchements du scénario (et décrocher le Platinum pour les fanas de trophées); encore faudra-t-il avoir la patience nécessaire…

Note Globale N-Gamz.com: 12/20

Supermassive Games maîtrise le PSVR, et ils nous le prouvent une fois de plus. Malheureusement, aussi immersif soit-il, leur dernier bébé n’est pas à la hauteur des attentes suscitées par ses alléchantes bandes-annonces. Bref, c’est pas la folie.



About the Author

Guib
Guib
Accro (mais sainement ; et oui, amis journalistes, c’est possible) aux jeux vidéo depuis le jour où j’ai reçu ma Super Nintendo accompagnée de Super Mario All Stars à l’âge de 6 ans, je suis passionné par les jeux de plate-forme, mais pas uniquement. Peu importe le genre, je suis surtout intéressé par les titres qui ont une âme et qui dégagent une réelle personnalité. Quelques-uns de mes jeux cultes : Yoshi’s Island, Beyond Good & Evil, Ico et les jeux Rockstar (oui, ça tranche avec le reste mais ces gars-là m’ont rarement déçu). J’ai aussi une petite faiblesse moins avouable pour les jeux nanars descendus par la plupart des testeurs, mais chut. Etant fan de cinéma fantastique et écrivant depuis quelques mois des critiques de films, j’ai eu envie de me diversifier et de me lancer dans le test de jeux vidéo, et me voilà !