Review

Après une campagne Kickstarter rondement menée et ayant dépassé les attentes, les français de Too Kind Studio sortaient l’année dernière le premier chapitre de leur platformer narratif Pankapu sur PC. Une première partie laissant apercevoir de vraies qualités, malgré la présence d’inévitables mais encombrantes erreurs de jeunesse. Alors que sortent aujourd’hui le second chapitre sur PC ainsi qu’une édition complète sur console, il est enfin temps de porter un jugement final sur les aventures du petit héros, sauveur du monde des rêves.

Djaha rêve

Djaha’Rell, un petit garçon au passé traumatisant, a bien du mal à trouver le sommeil, ses nuits étant hantées par des visions cauchemardesques. Heureusement, son père est là pour l’apaiser et se met à lui raconter l’histoire de Pankapu, le gardien des rêves partant à l’aventure pour sauver le Royaume d’Omnia de l’invasion des forces ténébreuses menées par l’ignoble Gangreyn.

« Le héros dispose de trois formes complémentaires alternables à volonté »

Pankapu prend la forme d’un jeu de plateforme conté comme une histoire pour enfants, avec ce que cela compte de bons sentiments, de gentils très gentils et de méchants très méchants. Très bavard (la faute à Chii, sorte d’araignée magique et sidekick dans la droite lignée de la fameuse Navi d’Ocarina of Time), le jeu est bardé de dialogues plutôt bien écrits mais au final relativement vains. De nombreuses coupes auraient pu être effectuées pour accélérer le rythme de la narration; de plus, les parallèles entre le conte et la vraie vie de Djaha’Rell auraient pu créer une alternative intéressante au classique combat du bien contre le mal. Dans les faits, vous récolterez des bribes de souvenir, et c’est seulement en ayant obtenu suffisamment de ces fragments que vous pourrez assister aux séquences dédiées au garçonnet.

Les fans d’exploration apprécieront la motivation supplémentaire, les autres crieront au potentiel gâché;  mais ne faisons pas inutilement la fine bouche, la trame de Pankapu réserve tout de même quelques rebondissements bienvenus… avant de s’achever sur un cliffhanger ô combien frustrant (mais justifié par une deuxième « saison » d’ores et déjà prévue). Mais pour en arriver là, il faudra en découdre avec les forces des ténèbres, et le petit gardien a bien des atouts dans sa manche pour convaincre les fans de plateforme.

Suivez l’Égide

Au départ, Pankapu ne possède qu’une seule forme, Bravoure, qui lui permet d’attaquer au corps à corps, de lancer des sorts magiques et de bloquer les attaques avec son bouclier. Le soft se présente comme un platformer on ne peut plus classique, où on se fraie un chemin tant bien que mal de la gauche vers la droite en déviant de temps à autre du chemin principal pour partir à la chasse aux secrets et aux power up de puissance et de santé.

« La gestion de la difficulté est parfois maladroite »

Tout en ne révolutionnant jamais la formule, Pankapu prendra davantage d’intérêt avec l’acquisition de deux nouvelles formes, appelées Égides, accessibles à n’importe quel moment d’une simple pression: Ardeur transformera le gardien en archer pouvant effectuer un double saut et poser des pièges sur le sol tandis que Foi lui permettra de manipuler de planer et de manipuler le temps, sans compter les différentes aptitudes que chaque Égide gagnera au fil du temps.

Ouvertement inspirée de Trine, source d’influence pleinement assumée par les développeurs, ce focus sur l’alternance entre ces trois styles complémentaires offre au soft ses plus beaux moments, Pankapu répondant au doigt et à l’œil; et tant mieux, au vu de certains pics de difficulté injustes face auxquels se retrouve parfois le joueur naïf s’attendant à un parcours de santé.

Si le jeu est un régal à parcourir pour les fans de plateforme, et que la mort se montre peu punitive grâce à la pléthore de checkpoints présents (on pestera juste contre le petit temps de chargement à chaque défaite), la courbe de difficulté s’avère par endroit très maladroite, enchaînant des phases enfantines avec des séquences demandant une concentration et une patience hors pair. Rien d’insurmontable, ceci dit, mais mieux vaut être prévenu.

Une réalisation de rêve

« Les screenshots ne rendent pas hommage aux très beaux graphismes et animations de Pankapu »

Le gameplay efficace et le level design classique mais bien pensé ne seront pas les seuls facteurs qui pousseront les joueurs à s’investir dans le monde de Pankapu: on s’est bien gardé de le mentionner jusqu’ici, mais les graphismes du soft sont un vrai régal pour les yeux. On parle ici d’une 2D somptueuse et ultra colorée en cohérence totale avec cet univers de conte, qui évoque également Rayman et les productions Ankama, chez qui certains membres du studio ont fait leurs armes. On sera un poil moins enthousiaste sur la direction artistique en tant que telle, le héros et les personnages qui l’entourent n’étant jamais d’une originalité et d’un charisme à toute épreuve; on se lassera notamment de combattre encore et toujours les mêmes ennemis, aussi colorés et bien animés qu’ils soient.

Si le premier chapitre avait été vivement critiqué pour un certain nombre de bugs techniques très handicapants, la copie finale s’en sort globalement avec les honneurs, même s’il faudra lutter contre de gros (mais rares) ralentissements. L’impossibilité de redémarrer au dernier checkpoint pourra aussi vous obliger à recommencer entièrement un niveau après vous être retrouvé bloqué sans possibilité de se sacrifier. Soyons honnêtes, ça ne m’est arrivé qu’une fois, mais cela devait être signalé.

Bilan impeccable en revanche au niveau de la bande originale, tour à tour sereine et épique, pour laquelle le studio s’est offert, le temps d’un thème, les services du compositeur Hiroki Kikuta, ayant œuvré entre autres sur le cultissime Secret of Mana. Excusez du peu.

Classique mais efficace

Affichant un classicisme qui pourra, au choix, être un défaut ou une qualité, Pankapu est donc une belle découverte certes pas inoubliable mais suffisamment enchanteresse visuellement et agréable à jouer pour capter l’attention des fans du genre à la recherche d’autre chose qu’un Metroidvania en pixel art.

La bande-annonce

Réalisation: 15/20

Coloré et enchanteur, Pankapu affiche une 2D de toute beauté qui évoque les livres de contes et les productions Ankama. Le revers de la médaille, c’est une direction artistique qui manque de personnalité et quelques faiblesses techniques qui polluent quelque peu l’expérience.

Gameplay/Scénario: 14/20

L’alternance entre les trois formes disponibles est utilisée intelligemment au sein de niveaux classiques mais bien conçus. Rien ne viendra réellement surprendre l’amateur de jeux de plateforme mais le tout est maîtrisé, si l’on excepte une difficulté parfois très mal dosée. Le scénario, prévisible, ne tire pas suffisamment avantage du concept de  »l’histoire dans l’histoire » et pâtit de nombreux bavardages qui tirent en longueur.

Bande-Son: 15/20

Tour à tour sereine et épique, la bande originale est de grande qualité et épouse à merveille l’univers coloré mais en détresse du jeu.

Durée de vie: 14/20

Sans partir à la chasse aux (nombreux) secrets, le soft vous occupera durant six ou sept heures. En sachant que le titre est proposé à un prix de lancement très bas, il n’y a vraiment pas de quoi pinailler.

Note Globale N-Gamz.com: 14/20

Pour son premier jeu, Too Kind Studio s’impose d’emblée comme un développeur de talent qui risque, s’il prête attentivement l’oreille aux critiques (constructives), de livrer une conclusion à l’histoire de Pankapu capable de mettre tout le monde d’accord. On a hâte… Allez les gars, au boulot !



About the Author

Guib
Guib
Accro (mais sainement ; et oui, amis journalistes, c’est possible) aux jeux vidéo depuis le jour où j’ai reçu ma Super Nintendo accompagnée de Super Mario All Stars à l’âge de 6 ans, je suis passionné par les jeux de plate-forme, mais pas uniquement. Peu importe le genre, je suis surtout intéressé par les titres qui ont une âme et qui dégagent une réelle personnalité. Quelques-uns de mes jeux cultes : Yoshi’s Island, Beyond Good & Evil, Ico et les jeux Rockstar (oui, ça tranche avec le reste mais ces gars-là m’ont rarement déçu). J’ai aussi une petite faiblesse moins avouable pour les jeux nanars descendus par la plupart des testeurs, mais chut. Etant fan de cinéma fantastique et écrivant depuis quelques mois des critiques de films, j’ai eu envie de me diversifier et de me lancer dans le test de jeux vidéo, et me voilà !