Review

L’histoire de Big Boss, Aka « Snake », héros déchu, torturé, mais ultimement ultra-charismatique et doté d’un sens moral peu commun dans ce monde de brutes n’est plus à rappeler pour les fans de la série Metal Gear Solid, même si celle-ci peut se targuer d’être l’une des plus complexes jamais écrite pour un jeu vidéo. L’univers si intense de la saga et la sensibilité particulière qu’y a introduit le « Papa » du jeu, Mr. Hideo Kojima, est depuis longtemps inscrit dans l’inconscient collectif mondial. Aussi, la sortie d’un nouveau Metal Gear rime souvent avec le fait de s’en prendre plein les mirettes. Afin de faire monter la pression, la Kojima Team nous sort donc, le plus naturellement du monde, un « Prologue » à Metal Gear Solid cinquième du nom. Préparez-vous, il est temps de remettre son cache-oeil pour partir dans une marée noire d’action tendue, de sentiments violents et de philosophie bouleversante qui risque, encore une fois, de nous coller à la peau pendant longtemps. « Kept you waiting, hum ?… »

« Boss…Nous n’avons pas de nouvelles de Chico. »

Le camp Oméga étant bourré de miradors, il va falloir être très prudent !

Dès la première cinématique du jeu, le ton est donné: Ground Zeroes sera beau, ou ne sera pas. Alors que Konami et Hideo Kojima lui-même n’ont cessé de nous chanter les louanges de leur nouveau moteur graphique, le « Fox Engine », ce dernier nous fait ses preuves avant même nos premières minutes de vrai gameplay, et cela quel que soit le support concerné (PC, Xbox 360, PlayStation 3, Xbox One ou PlayStation 4). Les cinématiques, toujours en temps réel selon la recette chère à Metal Gear Solid, sont ici bluffantes de réalisme. Les détails et les effets visuels comme les reflets, la pluie, le vent qui souffle sur les bâches en plastique du camp Omega qu’il va vous falloir infiltrer : on a presque l’impression de voir un film défiler devant nos yeux, et le photo-réalisme promis par Kojima nous émerveille les rétines. Certes, on sent le fossé qui sépare current-gen et next-gen (textures moins précises, météo moins réaliste, etc…) mais on a quand même affaire à du grand art de la part de l’équipe artistique de Konami.

En plus de graphismes au top, la réalisation signée Kojima marche toujours autant, tout en prenant des risques, en tentant, entre autres, de nouveaux cadrages, plans, ambiances, etc… Bref, du grand art qui fait en sorte que tout au long du jeu, que ce soit de jour comme de nuit, le camp Omega sera un endroit très agréable à regarder et à parcourir, malgré sa froideur et sa rigueur militaire évidente.

« Ici Delta-6. Je crois que j’ai repéré un intrus…. »

Et parlons-en, de ce camp Omega. Parodie évidente du camp américain de Guantánamo, au Sud-est de l’ile de Cuba, cette base militaire appartenant aux USA et n’ayant pas à respecter, de par sa géo-localisation, les lois et conventions internationales relatives à la détention et la torture, va vite devenir le terrain de jeu de Big Boss durant l’ensemble des missions proposées par MGSV:GZ. Passé l’épisode de la claque graphique évidente, ce camp va se révéler comme un endroit très animé ou soldats, véhicules et prisonniers transitent de manière réaliste. Mais cette impression de réalisme va vite vous ramener à l’idée que vous êtes un homme seul, dans l’une des bases les mieux gardées du monde…

La maniabilité de Big Boss est une réussite de fluidité

Heureusement pour vous, Big Boss est un véritable régal à contrôler et possède toute une panoplie de mouvements et techniques plus « Badass » les unes que les autres afin de vous en sortir face à cette adversité omniprésente. Les mécanismes de furtivité sont toujours bien présents (marcher en s’accroupissant, ramper, surprendre, étrangler, questionner, et j’en passe), mais Boss vous permettra cependant aussi de sprinter, tirer tout azimut, boxer les pauvres soldats et même utiliser un canon antiaérien sur des blindés si l’envie vous prend. Le gameplay vous laisse donc libre d’effectuer toutes les folies possibles et imaginables avec les soldats ennemis dans l’open world de la base, et révèle une maniabilité que l’on n’avait jamais connue auparavant dans la série des Metal Gear Solid. Exit le Snake qui se dirige comme un pétrolier : bonjour Big Boss qui se conduit comme une voiture de sport italienne ! Le jeu est donc bien plus accessible que les précédents vis à vis des nouveaux venus, grâce à une maniabilité très simple à prendre en main.

Les ennemis aussi ont bénéficié d’une belle refonte. Exit les soldats attardés et très, très myopes. Cette fois, les marines qui vous feront face ont une vue de 20/20 et n’hésiteront pas à lancer des recherches afin de vous débusquer après vous avoir brièvement aperçu à 50 mètres de distance. Leur comportement plutôt logique et un peu aléatoire en combat fera d’eux des adversaires coriaces, qui transformeront Big Boss en passoire si vous leur en laissez l’occasion. S’infiltrer dans le camp va donc vous demander d’être très prudent, et pour cela, un nouvel outil remplace l’habituel radar Soliton : les jumelles binoculaires. Celles-ci vous permettront de « Taguer » les ennemis avec un système qui rappelle très fortement celui de Farcry 3, vous donnant ainsi la possibilité de les visualiser à travers les murs tant que l’alarme n’est pas donnée. Cela permet de compenser le passage d’une saga qui a toujours fonctionné sur un modèle linéaire à un nouvel opus qui s’axe vers un monde ouvert, dans lequel la menace est présente à 360°…Un risque pris par Kojima qui, au final, se révèle être parfaitement géré. Éviter la détection n’aura jamais été aussi jouissif et réaliste ! Cependant, c’est bien lors des combats que vont s’annoncer les principaux défauts du jeu…

« Moi, quand j’ai mal, un coup de spray special « Militaires Sans Frontière », et ça repart ! »

Le système de « Tag » va vous permettre de garder un œil sur les soldats malgré le monde ouvert

En effet, s’il y a des points négatifs à mettre en évidence niveau réalisation et gameplay dans ce Ground Zeroes, c’est bel et bien dans cette liberté d’action qui peut paraître étrangement caduque pour les connaisseurs de la série. Premièrement, le système de la gestion des blessures va choquer les habitués. Alors que contrôler Snake s’est toujours accompagné de la gestion d’une barre de vie des plus classiques que l’on pouvait remplir à l’aide de rations ou d’autres items, ici, pour la première fois de la série, cette dernière disparaît pour laisser place à un système de régénération commun à tous les FPS militaires actuels. Bien que Big Boss sera obligé de se « Pshiter » un coup de spray soignant/antiseptique (disponible en illimité) si ses blessures sont trop graves, il lui suffira de respirer un petit peu à couvert pour voir ses blessures par balles disparaître comme par magie, détruisant à coup de marteau toute impression de réalisme qui pouvait s’être installée depuis le début du jeu. Bien que cette décision de la part des créateurs permette de garder un écran constamment libre de tout HUD, il est évident que ce parti pris ne va pas plaire à tout le monde, surtout qu’il parait être totalement en contradiction avec l’objectif premier du jeu: offrir du réalisme.

Autre objet de discussion, la liberté laissée au joueur dans le choix de son approche et de l’accomplissement de la mission, qui s’avère en inadéquation avec les possibilités qui lui sont données quant au choix de son équipement. Pour rappel, dans l’opus précédent nommé « Metal Gear Solid : Peace Walker » et découpé en différentes missions, le joueur avait comme possibilité d’entièrement customiser son équipement avant de partir sur le terrain, lui permettant de choisir de se spécialiser en fonction de son approche. Les jeux Metal Gear récompensant toujours l’approche non-létale et discrète aux pétarades bruyantes et sanglantes, le rang « S » dédié aux plus hauts scores ne vous sera disponible que si vous choisissez d’utiliser des munitions tranquillisantes plutôt que des balles réelles. Si Ground Zeroes respecte cet aspect, il oublie carrément de laisser le joueur s’équiper comme il l’entend en début de partie et vous lâche dans la nature avec un équipement « trop » polyvalent, qui vous obligera à endormir des soldats lointains avec un pistolet imprécis contenant peu de munitions. Là encore, pour certains, le problème ne semblera pas très important ; mais il est légitime de se questionner sur les choix de l’équipe créative quant à des aspects tordus du gameplay comme ceux-ci. On pourra aussi noter l’absence totale des boites en cartons pour se cacher, objet presque « Mythique » de la série, ainsi qu’un humour très peu présent comparé aux autres opus. Mais fini de chipoter, passons maintenant au scénario, l’un des points forts récurrents de la série jusqu’à aujourd’hui.

« Boss…On a des infos nous indiquant que Chico est détenu au camp Omega. »

Sur Xbox, la mission déblocable s’appelle «Jamais Vu» et met en scène…Raiden !

Suivant directement les événements de l’opus nommé Peace Walker, on retrouve dans Ground Zeroes un Snake qui abandonne enfin son nom de code pour accepter le titre de « Big Boss ». Le voilà alors aux commandes de Militaires Sans Frontières, un groupe de mercenaires privés sans idéaux ni nations qui a fini, grâce aux aléas du destin, par s’équiper de l’arme nucléaire alors que nous sommes en pleine guerre froide. Après avoir battu Paz Hortega, qui révèle alors son vrai visage d’agent secret à la solde d’une organisation nommée « Cipher » à la fin de Peace Walker, Big Boss et son quartier-maître Kazuhira Miller sont confrontés à un problème de taille : Cipher semble avoir révélé à la communauté internationale que leur organisation possède maintenant l’arme atomique, et la base va devoir être inspectée par les Nation Unies. Dans un même temps, Chico, enfant soldat loyal à MSF mais amoureux de Paz, est parti sauver cette dernière au camp Omega… et a été fait prisonnier.

L’objectif de la mission « Ground Zeroes » sera alors double : il vous faudra récupérer Chico puis Paz pour enfin les sortir de la base par hélicoptère pendant que Kaz et Huey, tous deux personnages de Peace Walker, gèreront l’inspection des Nations Unies au QG de Militaires sans Frontières, un ensemble de plate-formes marines reconverties appelé « Mother Base ». On retrouve donc au niveau de l’histoire des enjeux de taille, et qui vont cette fois-ci directement viser nos héros. Avec l’introduction d’un nouveau « Vilain » (Notion toujours très floue dans Metal Gear Solid) nommé Skullface, le scénario très sombre et court de cette mission va naviguer autour des thèmes de la torture et du malheur, avec un twist que l’on aura bien senti venir, tout spécialement si l’on a regardé les quelques bandes-annonces diffusées par Konami.

Cependant, rien à redire au niveau du scénario de cette mission qui donne son nom au jeu et se révèle être la mission « Principale » proposée en termes de gameplay. La recette de Kojima fait toujours mouche, bien que ce dernier s’avance vers des territoires à risques (Images « choc », scénario très mature et très dur). Il faut aussi noter la présence de « Cassettes » remplaçant les conversations codec interminables pour mettre en place le background très fort et bien pensé du jeu, système que l’on trouvait déjà dans Peace Walker. Avec des doublages toujours aussi parfaits… Excepté pour la voix de Big Boss pour laquelle le doubleur David Hayter a été remplacé par Kiefer Sutherland (24 heures chrono). Ce changement de casting qui a déchaîné les passions sur le net nous laisse, au final, très déçus. Le charisme de la voix de Big Boss n’est plus, et on en vient même à la confondre avec celle de Kaz (pourtant réalisée par un autre doubleur) durant les cinématiques. Avec ironie, on peut dire que c’est presque une chance que Big Boss parle beaucoup moins dans cet épisode… Et on espère que Kiefer saura nous épater dans le prochain opus, nommé « MGSV : The Phantom Pain ». Pour le reste de la bande son, le soft se montre très épuré niveau musiques, et ces dernières ne se révéleront qu’à des moments clés de l’action durant les missions ou lors des cinématiques, pour un effet des plus épiques. Hélas, au bout du compte, rien de totalement inoubliable cependant. Enfin, les effets sonores, quant à eux, collent parfaitement aux graphismes photo-réalistes du jeu.

« Chico, c’est moi…. »

Le soft remplit donc assez bien son rôle de « prologue » auprès des joueurs

Reste une dernière polémique de taille à propos de ce titre: sa durée de vie! Dès les premières previews publiées sur le net, il fut en effet annoncé le chiffre de « 15 minutes » pour finir la mission principale, la bien nommée « Ground Zeroes ». Info, ou Intox ?  Et bien en fait, les deux. En effet, Ground Zeroes en tant que tel est une mission qui peut se finir en moins de 15 minutes… pour les meilleurs « Speedrunners »! Cependant, elle risque de vous prendre bien plus de temps lors de votre premier essai, et les possibilités de rejouabilité sont tellement grandes qu’il est certain que vous retournerez bien vite au camp Omega. De plus, Ground Zeroes n’est pas la seule mission qui vous attend. Ainsi, vous pourrez vous adonner à pas moins de 4 missions annexes, en plus d’une mission spéciale à débloquer en récoltant 9 patches « XOF » disséminés dans Ground Zeroes.

Au final, la durée de vie dépendra beaucoup de votre goût pour le gameplay et l’ambiance du soft. Quant au contenu, on peut trouver ce dernier assez léger pour le prix de 30€, à tel point que certains joueurs proclament avec frustration que Ground Zeroes aurait dû être une démo gratuite plutôt qu’un jeu vendu en magasin. Néanmoins, le temps de jeu final, et surtout la qualité de ce temps ont convaincu votre humble testeur que le prix proposé n’est pas un vol d’argent éhonté. On se dit que Ground Zeroes est là pour nous mettre l’eau à la bouche en attendant sa suite, et qu’il remplit donc assez bien son rôle de « prologue » auprès des joueurs. Attention néanmoins, le reste de l’histoire doit veiller à ne pas nous décevoir, tout autant que le gameplay dans l’open-world immense que nous promet Hideo Kojima, sinon la sanction risque d’être unanime!

Le vidéo-test par Neoanderson

Réalisation: 19/20

Même sur Xbox 360 (notre console de test), le camp Omega nous épate les rétines, et l’ambiance d’un jeu Metal Gear Solid n’as jamais été aussi pesante, tendue et crédible. Plus qu’un jeu : Une expérience grâce à un Fox Engine qui en impose!

Gameplay/Scénario: 17/20

Beaucoup de risques ont été pris sur les nouvelles mécaniques de jeu et pour la plupart d’entre elles, ça passe ! Hélas, sur certains points précis du gameplay et du scénario, on ne peut que se sentir un poil déçu devant des éléments légèrement bancals.

Bande-Son: 13/20

Presque pas de musique, et rien de vraiment inoubliable. Le nouveau doublage de Snake par Kiefer Sutherland se révèle malheureusement très décevant. Les effets sonores, quant à eux, collent très bien avec les visuels et l’ambiance du jeu.

Durée de vie: 15/20

Qu’on ait envie de faire les missions annexes ou que l’on se replonge plusieurs fois dans l’aventure pour essayer de nouvelles folies dans l’open-world du jeu, il est certain que Ground Zeroes nous laisse, au final, sur notre faim. Heureusement que le prix est réduit !

Note Globale N-Gamz.com: 16/20

Metal Gear Solid V : Ground Zeroes nous donne vraiment l’impression d’être une question posée aux joueurs par Hideo Kojima : « Est-ce que la direction que je prends vous plaît ? ». La réponse est mitigée, pour les joueurs et pour moi-même. Avec une réalisation quasi-parfaite mais des défauts qu’on ne peut pas passer sous silence, un scénario sombre et dur… mais frustrant, et un choix de casting vocal principal qui laisse grandement à désirer pour le moment, Ground Zeroes reste néanmoins une expérience unique et forte, qui ne laissera personne indifférent. 



About the Author

Keyru

Jeune joueur conçu il y a 20 ans de cela qui remercie tout ce qui l’entoure à chaque occasion pour avoir eu l’opportunité de découvrir et d’expérimenter l’univers magique du jeu vidéo. Je vois le jeu comme un 8ème art, comme un moyen de nous faire ressentir de manière plus forte et plus colorée des expériences importantes pour notre évolution en tant qu’être. Je suis donc un grand amateur des jeux en open-world, des RPG et des softs qui se concentrent plus sur l’aventure et la sensation donnée au joueur plutôt que sur le scoring. En dehors de cela, je suis cosplayeur, airsofteur, rêveur, et j’aspire à devenir un agent secret avec une voix rauque et un bandana.