Review

Les fans de survival encore profondément marqués par le traumatisme d’Amnesia : The Dark Descent attendaient cette suite avec une impatience non-feinte. Quand Frictionnal Games a laissé le champ libre au studio thechineseroom (à l’origine de Dear Esther, une aventure narrative et empirique pour ceux qui ne suivent pas), on pouvait s’attendre à des feux d’artifice. Pari gagné ?

Comme un cochon qu’on égorge

Bienvenue dans la Londres de l’époque victorienne!

Le pitch d’A Machine for Pigs n’est pas bien différent de l’épisode précédent : notre héros se retrouve amnésique dans un manoir aussi luxueux que glauque et part à la recherche de ses enfants qui semblent l’appeler à l’aide. Sans aucun rapport avec The Dark Descent, le joueur se retrouve dans la Londres victorienne à l’ambiance crasse, en pleine révolution industrielle baignant dans l’épais fog caractéristique de l’époque. Les enfants sont le seul souvenir vivace de notre héros, qui va donc parcourir le manoir dans ses moindres recoins, découvrir son esthétique peu rassurante et rencontrer de manière récurrente des figures porcines (des masques traînant ça et là) plombant pas mal l’ambiance.

Dans cette quête à la recherche de notre progéniture, c’est tout un background qui se dévoilera au joueur/personnage. Des textes disséminés dans les pièces, des coups de téléphone… nous permettront d’en apprendre plus sur l’origine de notre héros mais aussi sur les événements entourant la disparition des enfants… pour au final comprendre que l’on valse avec la folie depuis bien plus longtemps qu’il n’y paraît, le tout sur un rythme endiablé prenant aux tripes dès les premiers instants et les premières pièces à découvrir. Le spoil étant un crime d’état, nous ne vous révélerons rien de plus.

You’re just a pig inside a human body

L’ambiance du soft est travaillée et malsaine à souhait!

Qui dit scénario excellent, dit ambiance léchée. Et c’est là que l’on attendait thechineseroom, particulièrement après The Dark Descent. Ici, on se détache encore du canevas laissé par le prédécesseur, et le joueur pourra alors explorer à sa guise le manoir, mais aussi des environnements extérieurs (un abattoir, une église, les rues londoniennes). Le tout parfaitement couplé avec une ambiance travaillée et apportant un vrai souci du détail à chaque lieu. On regrettera un peu le moteur vieillissant avec lequel le jeu tourne (le même que l’opus précédent), mais rien n’est enlevé au design très pointilleux et original en fonction de l’endroit où l’on se trouvera. Pesante, malsaine, l’ambiance se veut palpable et créera cette sensation de peur et d’appréhension que l’on apprécie bien plus qu’un zombie surgissant de nulle part.

La bande-son est une nouvelle fois excellente et ajoute sa pierre à un édifice horrifique déjà bien stable. Très narratif cependant, on regretterait presque de se trouver dans un univers aussi riche (passant du victorien gothique aux vapeurs étiolées du steampunk avec un détour par la grande machine Lovecraftienne) et de subir une aventure très narrative au gameplay simpliste et à l’aspect « survie » quasiment inexistant. En effet, notre héros se retrouve sans inventaire, sans barre de vie et sans barre de santé mentale. Comptez d’ailleurs sur une lanterne illimitée, pas besoin de la recharger. Un peu dommage quand on sait que c’est ce qui faisait le suc sacré de The Dark Descent : la survie d’un être, proie de la moindre ombre et au psychisme fragile.

Raconte-moi Les Trois Petits Cochons

Les porcs sont omniprésents… et sacrément dérangeants

On ne pouvait pas attendre de thechineseroom autre chose que leur style habituel. Et peut-être n’était-ce pas vraiment adapté sur une franchise comme Amnesia, qui avait posé des bases très solides et efficaces en termes d’horreur dans son premier volet. A Machine for Pigs emmènera le joueur vers une narration ludique plutôt que de lui offrit un jeu d’aventure scripté. On trouvera alors très peu de challenge, en plus des différents points déjà évoqués (vie, santé mentale, lanterne). Notre héros meurt très rarement au cours de l’aventure, on se confrontera à quelques puzzles pas bien compliqués à résoudre et ce n’est pas de l’échec que l’on aura le plus peur. Plutôt de ce qui nous attend à chaque tournant, à chaque intersection. On remercie très fort l’ambiance sonore et visuelle car sinon, niveau trouille, on est bien loin du traumatisme de The Dark Descent.

Cependant, on précisera quand même que pour les petites natures (comme votre rédactrice), le niveau de frousse est déjà pas mal. Si la peur est amoindrie, la sensation de gêne, elle, restera constante. Comme oppressante avec une horreur distillée de manière subtile et intelligente. Alors oui, certes, on regrettera la simplification du gameplay, le temps de jeu pas folichon et la linéarité de l’aventure … mais l’effet reste tout de même saisissant et c’est en ça que la collaboration entre Frictionnal Games et thechineseroom prouve son efficacité : ce nouvel Amnesia nous marque au plus profond de nous. Surtout si vous avez peur des cochons, car ces salauds sont partout, avec leurs grognements, leurs couinements … vous ne regarderez plus jamais votre paquet de jambon de la même façon.

C’est de l’art ou du cochon ?

Un titre surprenant et pas vraiment comme on l’attendait, cependant Amnesia : A Machine for Pigs reste déconcertant et loin d’être décevant. On vous conseillera d’appréhender le soft comme une aventure à la Dear Esther plutôt que comme un survival à la Outlast. Linéaire, au gameplay simpliste, c’est surtout grâce à l’excellent scénario et au travail sur l’ambiance qu’on s’accrochera pour ces quelques heures de jeu. Expérience qui marquera les esprits, A Machine for Pigs nous embarque principalement dans un voyage narratif au cœur de la folie qui vaut le détour.

La bande-annonce

Réalisation: 15/20

Si la direction artistique est léchée et offre des lieux et un univers uniques et originaux, le titre souffre de son moteur graphique vieillissant alors qu’on pourrait s’attendre à des merveilles pour un jeu PC. Le tout est sauvé par une ambiance sonore et visuelle efficace et particulièrement réalisée.

Gameplay/Scénario: 13/20

Attention, pour ce nouvel Amnesia, gameplay et scénario sont à prendre séparément ! Le premier est ultra simplifié, voire trop et exclut les particularités qui avaient fait l’efficacité du premier titre de la franchise. Quant au second, il se veut excellent, très narratif et complexe, avec une rétrospective des événements plaçant le joueur et le personnage au même niveau. Malheureusement, il ne sauve pas le gameplay.

Bande-Son: 20/20

Ambiance sonore et musiques excellentes pour ce nouvel Amnesia, et qui apportent une réelle valeur au jeu.

Durée de vie: 10/20

Très courte, l’aventure d’A Machine for Pigs se rapproche plutôt du voyage narratif à la Dear Esther. Fort d’une toute petite dizaine d’heures, heureusement le jeu se rattrape avec son scénario prenant et son histoire, mais quelques heures de plus auraient été bienvenues.

Note Globale N-Gamz.com: 14/20

Amnesia : A Machine for Pigs n’est pas excellent mais n’est pas à mettre à la poubelle non plus. Il plaira avant tout aux fans d’expériences ludiques narratives plutôt qu’aux bourrins aimant démonter du zombie. Possédant d’excellents atouts comme son scénario et son ambiance, il offrira quelques heures de jeu intéressantes et qui sauront marquer les esprits. Avis aux amateurs.

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About the Author

Delilah
Étudiante en journalisme, je conjugue ma passion avec mon parcours scolaire et professionnel. Vous pouvez aussi me retrouver, dans le cadre de ma formation, chez Jeuxvideo.fr comme rédactrice. J’ai commencé à tâter du pixel très tôt, mon père étant lui-même joueur ... Mais mon premier « vrai » jeu a été Pokemon avec qui je continue de vivre une idylle passionnée. J’ai pu m’essayer à plusieurs styles de jeu, mais pour moi, rien ne vaut le RPG, l’action-aventure et … si on sait me convaincre (car je fais un peu la princesse) le FPS. Ne me parlez pas de Survival-Horror, je suis incapable d'y jouer, je prie toujours pour avoir une option générique dès le premier écran car même le menu me fait peur (mon voisin a peu apprécié peu mes hurlements sur Amnesia : The Dark Descent). Mais j'essaye, je retente l'expérience à chaque fois, je persévère !! Mon jeu culte est et restera Red Dead Redemption au point d’avoir un tatouage dédié à John Marston (mais je ne vous dis pas où, muahah), j’ai même arrêté de compter le nombre de fois où je l’ai fini ! Oh et useless fact : j’ai une passion bizarre pour les serial-killers^^.