La rumeur n’a même pas eu le temps de sécher entre les allées de Cologne qu’à peine la Gamescom refermée, un circuit déjà rôdé s’est mis à colporter que Sony, sous la pression des éditeurs, reculerait sur l’arrêt du disque prévu pour 2028, mais aussi qu’un partenaire majeur menacerait de basculer vers Xbox et Nintendo, pendant que la Xbox Helix arriverait, elle, fièrement équipée d’un lecteur.
Ces infos à deux balles, on les doit à Nash Weedle, Insider espagnol foireux, qui a nourri le récit sur base de « bruits de couloir » qui ont certainement eu lieu dans sa tête : des studios tiers qui éviteraient d’être associés à la marque PlayStation ou encore une communication que Sony retoucherait parce que la grogne en ligne aurait enfin atteint les partenaires. Rubén Mercado, de la rédaction espagnole d’Eurogamer, a poussé plus loin dans un podcast : Sony qui hésiterait, Microsoft qui aurait promis aux éditeurs une Helix « tout physique », tout en précisant, au moins, qu’il s’agissait de bruits de couloir et non d’une certitude. Le mélange a fait le tour des fils des réseaux sociaux en quelques heures. Heureusement, il n’a pas survécu à la première vérification un peu sérieuse.
Richard Browne, professionnel passé par Sony, Psygnosis, THQ ou Tencent, a ainsi coupé court à cette mascarade émanant d’Ultras Xbox dès hier. Il n’y a eu, écrit-il, AUCUNE discussion à la Gamescom sur un revirement de stratégie de Sony ; les éditeurs suivent TOUS la feuille de route du tout-dématérialisé pour 2028 ; et Microsoft, SI il lance une nouvelle machine, le fera également sans lecteur ! Il ajoute même un détail qui dégonfle le ballon de Mister Weedle mieux qu’un communiqué : la « source » de ces bruits n’a même pas publié l’information sur son propre compte !!!
Autrement dit, le canular made in « Gamescom » circulait déjà plus vite que son auteur ! Du côté matériel, Jez Corden répète depuis juillet qu’il ne faut pas attendre de tiroir optique sur Helix. Kepler_L2 a balayé un post viralisé à plus de deux millions de vues qui affirmait le contraire. Asha Sharma, interrogée par la BBC sur le salon, a refusé de confirmer un lecteur, a parlé d’une « famille d’appareils » et a renvoyé vers Positron, ce programme qui transforme un disque Series ou One en droit numérique — précisément le genre de passerelle que l’on construit quand on s’apprête à quitter le plastique, pas quand on en commande des millions.
Le fond économique n’a jamais collé au roman. Sony a dit à ses partenaires que les réimpressions des titres parus avant 2028 resteraient possibles, tout en maintenant la coupure pour les nouveautés. Digital Foundry et Windows Central décrivent une chaîne d’approvisionnement des lecteurs en train de s’effondrer, les lignes se reconvertissant parce que les joueurs achètent déjà très majoritairement en ligne — près de 82 % des ventes PlayStation en début d’année, selon la firme. Inventer une Helix « 100 % physique » pendant que Microsoft teste la conversion des catalogues, c’est inverser le film. Ce n’est pas un scoop. C’est un souhait habillé en fuite.
Reste la mécanique sociale, plus intéressante que le bobard lui-même. Une frange ultra-hardcore de Xbox a pris l’habitude, depuis plus de dix ans, de transformer chaque rumeur contraire en planche de salut. Game Pass érigé en religion, exclusivités bradées puis devenues multiplateformes, Series S qui bride les ambitions des gros jeux, studios fermés, Phil Spencer qui promet le « choix » pendant que la part de marché console s’effrite : le bilan est assez lisible pour qui consent à le lire.
Refuser de le voir, c’est avoir besoin, périodiquement, d’une Helix miraculeuse, d’un Sony « lâché par les éditeurs », d’un lecteur qui réapparaît comme un totem. Les comptes parodiques font un million de vues ; les démentis de Browne ou de Kepler font moins de bruit, parce qu’ils n’offrent pas la revanche. Relayer du vent n’est pas de l’investigation. C’est une anesthésie, et les Ultra Xbox sont déjà tous dans le couloir des soins palliatifs.
Sony n’a pas démenti mot à mot chaque phrase de Weedle — la maison de Tokyo parle rarement aux rumeurs. Elle n’en a pas besoin : la ligne 2028 tient, les éditeurs s’y calent, et Helix, d’après ceux qui suivent vraiment Microsoft, n’aura pas de tiroir magique pour rassurer les nostalgiques. Jeudi, le State of Play parlera de jeux et uniquement de jeux. Le support physique, lui, n’a pas changé de destin entre deux allées à la Gamescom, loin de là !




